Le débat en France sur l’instauration d’un fort droit de douane contre la Chine a franchi un cap. En proposant une taxe générale de 30% sur les importations chinoises ou, à défaut, une forte dépréciation de l’euro, le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan a relancé une controverse sensible.
Selon le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, l’Europe fait face à un choc d’une ampleur inédite. Dans son analyse, l’institution décrit un « rouleau compresseur » industriel chinois, alimenté par des coûts de production inférieurs de 30% à 40% à ceux observés en Europe. Ce différentiel, combiné à des capacités de production massives, fragilise de nombreux secteurs européens. Ainsi, près de 25% des exportations françaises seraient directement exposées à cette concurrence, tandis qu’en Allemagne, jusqu’à 66% de la production industrielle pourrait être concernée. Dans ce contexte, le droit de douane apparaît, aux yeux des économistes du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, comme un outil de rééquilibrage possible, mais politiquement explosif.
Pour répondre à cette situation, le rapport met en avant deux options radicales. D’une part, l’instauration d’un droit de douane généralisé de 30% sur l’ensemble des produits chinois entrant sur le marché européen. D’autre part, une dépréciation de l’euro comprise entre 20% et 30% face au renminbi, afin de restaurer artificiellement la compétitivité des entreprises européennes. Dans les deux cas, l’objectif affiché est clair : freiner la progression des exportations chinoises et protéger l’appareil productif européen. Toutefois, le document souligne aussi les risques économiques et diplomatiques associés à de telles mesures, notamment en matière d’inflation et de représailles commerciales.
Dans ses déclarations publiques, le ministre a insisté sur la nécessité de distinguer concurrence et concurrence déloyale. Plutôt qu’un droit de douane uniforme, il plaide pour des mesures sélectives, ciblant précisément les secteurs où des subventions massives ou des pratiques de dumping seraient avérées. Cette approche, déjà privilégiée par la Commission européenne dans les dossiers liés aux véhicules électriques ou aux technologies vertes, permettrait selon lui de défendre l’industrie européenne sans déclencher une guerre commerciale ouverte. En filigrane, le gouvernement français cherche ainsi à ménager ses partenaires européens tout en évitant une escalade avec Pékin.
Du côté de Pékin, la réaction a été rapide et ferme. Les autorités chinoises ont averti que toute instauration d’un droit de douane massif sur leurs produits serait perçue comme une mesure protectionniste injustifiée. Elles ont évoqué la possibilité de mesures de rétorsion commerciale, notamment sous la forme d’enquêtes anti-dumping visant certains produits européens emblématiques, comme le vin ou les produits agroalimentaires. Cette réponse s’inscrit dans une stratégie plus large de défense des intérêts chinois, alors que le pays cherche à maintenir l’accès de ses exportations aux marchés européens, essentiels à sa croissance.


