La richesse mondiale a connu en 2025 sa plus forte progression depuis plusieurs années. Selon le Global Wealth Report 2026 publié par UBS, le patrimoine des ménages a augmenté de 10,8%, tandis que près d’un million de nouveaux millionnaires ont fait leur apparition. Derrière ces chiffres spectaculaires se dessine une recomposition silencieuse de la géographie du patrimoine.
Cette dynamique dépasse largement les seuls effets de la croissance économique. Elle reflète avant tout l’appréciation des actifs, qu’ils soient financiers ou immobiliers, ainsi que l’évolution des devises. Malgré les tensions géopolitiques, le ralentissement de plusieurs grandes économies et la persistance de taux d’intérêt élevés dans une partie de l’année, la valorisation du patrimoine privé a poursuivi son ascension.
Cette domination s’explique par plusieurs facteurs convergents. La profondeur des marchés financiers américains, l’importance de l’actionnariat individuel, le poids des fonds de pension et la spectaculaire progression des valeurs technologiques, portée notamment par l’intelligence artificielle, ont fortement soutenu les patrimoines des ménages.
La Chine continentale reste la deuxième puissance mondiale avec plus de 5,3 millions de millionnaires. Le Japon complète le podium, tandis que l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France confirment le poids historique de l’Europe occidentale dans la constitution de patrimoine privé.
Au total, l’Amérique du Nord représente près de 45 % des millionnaires de la planète. En y ajoutant la Chine continentale, plus de la moitié des grandes fortunes mondiales sont concentrées dans ces seuls marchés. L’Europe occidentale, quant à elle, rassemble environ un quart de la population mondiale des millionnaires.
Ces performances illustrent une réalité souvent négligée : le nombre de millionnaires ne dépend pas uniquement du niveau de revenu national. UBS souligne que plusieurs variables structurelles jouent un rôle déterminant : la propriété immobilière, les dispositifs de retraite par capitalisation, les incitations fiscales à l’investissement et, plus largement, la culture financière des ménages.
La structure même du patrimoine diffère fortement d’un pays à l’autre. Aux États-Unis, près de 79% de la richesse des ménages est constituée d’actifs financiers. Cette exposition aux marchés explique pourquoi les phases de hausse boursière se traduisent rapidement par une augmentation du nombre de millionnaires.
À l’inverse, plusieurs pays européens, dont la France, présentent un patrimoine davantage orienté vers l’immobilier. Les actifs financiers y représentent moins de la moitié de la richesse privée. Cette composition offre généralement davantage de stabilité, mais limite les effets d’enrichissement rapide lorsque les marchés actions connaissent une forte expansion.
Le contraste est particulièrement visible aux États-Unis. Le pays figure parmi les économies les plus riches du monde tout en présentant un coefficient de Gini patrimonial de 0,77, l’un des plus élevés des grandes économies. À l’inverse, plusieurs pays européens affichent une distribution plus équilibrée de la richesse, même si les écarts continuent de s’accroître progressivement.
Cette concentration apparaît également au sommet de la pyramide patrimoniale. UBS recense désormais plus de 3.300 milliardaires dans le monde, soit une progression d’environ 13% en un an. Leur patrimoine cumulé a augmenté d’environ 25% sur la même période, un rythme nettement supérieur à celui de la richesse mondiale dans son ensemble.
La géographie mondiale de la richesse apparaît ainsi plus contrastée que jamais. Les économies développées conservent leur avance, les marchés émergents poursuivent leur montée en puissance, tandis que les très hauts patrimoines continuent de croître plus rapidement que le reste de la population. Plus qu’une photographie des fortunes mondiales, le rapport d’UBS illustre une transformation profonde des moteurs de la création de richesse, désormais largement portée par la valorisation du capital privé.


