Mis en place en 2014, le régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétés, de l’expertise et de l’engagement professionnel (RIFSEEP) devait simplifier le paysage indemnitaire de la fonction publique. Douze ans plus tard, l’Inspection générale des finances et l’Inspection générale de l’administration révèlent un constat sévère : 543 dispositifs subsistent encore, dont 10% possèdent une référence juridique antérieure à 1970. Le coût total atteint 19,1 milliards d’euros en 2025, soit une hausse de 61,8% en dix ans. Les primes représentent désormais 25% de la rémunération moyenne des agents de l’État, contre 20% en 2015.
Le paysage indemnitaire actuel résulte d’une sédimentation historique jamais remise à plat. Certains dispositifs datent d’avant 1970 et n’ont jamais été révisés malgré l’évolution radicale des métiers et des conditions de travail. Le gel du point d’indice (stagnant depuis trois ans, avec une progression de seulement 6,3% entre 2015 et 2025 face à une inflation de 21%) a transformé les primes en variable d’ajustement du pouvoir d’achat. L’État a préféré multiplier les indemnités ciblées plutôt que revaloriser le traitement de base. Résultat : une architecture illisible où la rémunération dépend davantage du ministère d’affectation et de la capacité de négociation corporatiste que de critères objectifs de qualification ou de responsabilité.
Dans un contexte de contraintes budgétaires accrues, le gouvernement Lecornu privilégiera probablement l’approche cosmétique. Le RIFSEEP 2.0 risque de ressembler au premier : une réforme qui simplifie à la marge sans résoudre les contradictions systémiques. La question demeure : combien de rapports faudra-t-il avant qu’une véritable refonte intervienne ?


