Maxime Tandonnet

Social ne veut pas dire socialiste

Ci-dessous, mon article pour le Figaro Vox au sujet de l’avenir de la « droite ». Le papier est intitulé: « la droite sera populaire et sociale ou ne sera plus ». Nombre de commentaires lui reprochent le mot social, assimilé à assistanat. Erreur d’interprétation : social voulait dire dans mon esprit respect intangible de la société, du peuple ou de la nation par ses dirigeants, notamment en lui donnant les moyens de vivre dignement par son seul travail – le contraire de l’assistanat…

A la veille d’échéances importantes – le campus des jeunes et surtout l’élection du président de LR en décembre prochain – La droite dite « classique » ou « de gouvernement » joue probablement son avenir dans les mois à venir. Après son effondrement des présidentielles de 2022 et son relatif échec des législatives – perte d’une soixantaine de sièges – sa survie en tant que pilier de la vie politique française sur le plan national est probablement en jeu.

Certes, l’opinion n’a « jamais été aussi à droite » comme le confirme l’étude récente de Fondapol, conduite par M. Dominique Reynié, sur les mutations politiques en cours. Mais la droite au sens de LR et de ses alliés, est menacée dans son existence même à l’échelle nationale – et ce malgré sa forte implantation territoriale.  Elle court le risque d’être reléguée au second plan par un RN en voie de « dédiabolisation », devenu le premier parti d’opposition parlementaire. Elle est rongée de l’intérieur par le macronisme : selon la même étude, 47% des électeurs du chef de l’Etat s’identifient aux valeurs de la droite et 19% du centre… Pire : seulement 16% des Français ont en ce moment une opinion favorable de LR.

Le positionnement de la droite classique est complexe. Elle se veut une « force charnière » à l’Assemblée nationale, certes ancrée dans l’opposition mais prête à apporter son soutien à l’exécutif en cas de nécessité. Cette situation, perçue comme ambiguë, rend son discours difficilement audible pour l’opinion et peu propice à un regain de popularité : les électeurs de M. Macron lui reprocheront sa versatilité envers l’exécutif et ses opposants farouches prêteront davantage l’oreille aux saillies des chefs de LFI ou du RN.

Une droite classique ou « modérée » (comme on disait jadis) a-t-elle encore sa place en France, sur le plan national ? Une politique dite de droite, associant respect scrupuleux des équilibres financiers de l’Etat, la liberté d’entreprise, la défense des libertés individuelles, le retour à l’autorité de l’Etat sur les sujets régaliens (sécurité, maîtrise des migrations), la valorisation du travail et la lutte contre l’assistanat, l’indépendance nationale (gaullienne) et le renouveau industriel, a-t-elle une chance de retrouver un jour la faveur de l’électorat ?  

Ce n’est pas en imitant les autres que la droite classique retrouvera le chemin du pouvoir. Miser déjà, cinq ans avant l’élection présidentielle, sur la quête du sauveur providentiel dans le contexte de la succession du président Macron, est la voie la plus sûre qui conduit au cercueil, en nourrissant une image d’ivresse carriériste, en ravivant la guerre des chefs et en désignant une cible aux pires mauvais coups. Quant à fabriquer un programme détaillé de gouvernement – un de plus ! – cela paraît tout aussi prématuré.

La question fondamentale est celle de la ligne politique et de l’identité du mouvement. Qu’est-ce que la droite classique peut proposer aujourd’hui qui la distingue de la démagogie extrémiste, d’une part, et de l’esbroufe autocratique comme paravent de l’impuissance, d’autre part ?

La même enquête de Fondapol établit que lors des dernières élections nationales de 2022, le comportement de rejet du système, en additionnant le vote protestataire (RN, LFI), vote blanc et abstentionnisme, atteignait presque 80% du corps électoral. Cela signifie que le vote d’adhésion aux partis dits de gouvernement, les fréquentables avec lesquels l’exécutif s’autorise à dialoguer, dépassait à peine un cinquième de l’électorat…

La droite classique, si elle veut retrouver le chemin du pouvoir, doit être une droite populaire et sociale. Il lui revient de tendre de nouveau la main aux 80% de cette majorité silencieuse, victime du mépris de sa classe dirigeante (des « sans dents » à « ceux qui ne sont rien » ou « qu’on a très envie d’emmerder ») et qui ne se reconnaît plus dans les courants politiques traditionnels auxquels elle reproche de n’avoir pas tenu leurs promesses.

Sa critique du bilan des dix dernières années d’exercice du pouvoir (aujourd’hui quasiment inaudible) doit être sans la moindre concession face à un authentique désastre aux multiples facettes : libertés, éducation nationale, énergie, sanitaire, régalien, dette publique, désindustrialisation (record absolu du déficit extérieur), influence internationale, exemplarité, etc…  

Retrouver le chemin de la confiance passe par le renouveau d’une image de désintéressement et de sincérité. La politique peut-elle être autre chose qu’un naufrage dans l’exubérance narcissique, la fuite dans la démagogie, les provocations et la manipulation de l’opinion ? La politique peut-elle redevenir une forme d’action humble et honnête au seul service de la France et de convictions ? A voir…  Aujourd’hui, la droite n’a pas besoin d’un candidat aux présidentielles dans cinq ans ni d’un programme de gouvernement détaillé, mais pour commencer, d’un message de respect adressé au peuple. Elle sera populaire ou ne sera plus…

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Author: Redaction