L’hystérie

sans-titrePersonnellement, je voue une passion au sport en général et le football en particulier, sous réserve qu’ils restent à leur place. « Bonheur absolu, union nationale, patriotisme, liesse populaire, miracle français, renouveau de l’espérance, héroïsme » : les superlatifs ne manquent pas dans les milieux de la presse et des dirigeants politiques, pour célébrer la qualification de l’équipe de France de football. Les intellectuels et les experts se prennent la tête pour décrypter le sens profond d’un tel triomphe national. On passe d’un extrême à l’autre: quatre jours auparavant, après la défaite, cette équipe incarnait "la France en crise", mais aujourd’hui, elle rejoint nos gloires historiques! Cette hystérie médiatique autour de onze bonshommes qui courent derrière un ballon, me semble tout simplement ridicule. « Ce qui est excessif est insignifiant », comme disait l’autre (Talleyrand je crois). Nous retrouvons justement ce phénomène de culte fanatique de l’insignifiance, du vide, du néant et de l’absurde, propre à notre temps. La récupération politicienne généralisée, du gouvernement jusqu’aux partis anti système, dans un grand élan mimétique, n’est pas à l’honneur de la classe dirigeante qui se raccroche à tout ce qui lui permet de fuir les réalités. Confondre à ce point chauvinisme et patriotisme n’est-il pas un signe de dégénérescence intellectuelle ? Où va une société qui mélange à ce point l’essentiel et l’accessoire ? L’idolâtrie a de beaux jours devant elle, et l’opium du peuple aussi. « Le football-spectacle n’est donc pas simplement un « jeu collectif », mais une politique d’encadrement pulsionnel des foules, un moyen de contrôle social qui permet la résorption de l’individu dans la masse anonyme, c’est-à-dire le conformisme des automates » (Le football la peste émotionnelle, de Brohm et Perelman, folio 2006).

Maxime TANDONNET

Author: Redaction