Mercredi soir, j’ai discuté avec un ténor des Républicains, l’un des plus cinq ou six plus importants de ces dix dernières années, dont je ne donnerai pas le nom… Nous étions bien d’accord sur presque tout: la déliquescence de la politique, sa fuite dans la communication et la manipulation, le renoncement face au réel, la démence narcissique, l’obsession électoraliste, la dictature des annonces, des postures, des leurres… En revanche nous divergions sur l’essentiel: lui pense qu’il suffit de changer la personne du président de la République et tout ira mieux. Sous-entendu: moi à sa place, plus rien ne sera pareil. Là, je suis en désaccord total. C’est le système présidentialiste qui est devenu fou, qui a plongé dans la démence. Confondre l’intérêt d’un pays avec celui d’un homme est une pure aberration. Le modèle français de l’actuelle VIème République, ou Vème bis, mélange le sort de la Nation avec les soubresauts personnels d’un homme, quel qu’il soit. Se considérant comme l’incarnation du pays, celui-ci est obsédé de sa popularité, soit pour la protéger, soit pour la reconquérir, le cas échéant dans la perspective d’une réélection. Il entraîne l’ensemble des pouvoirs publics dans le culte de sa personnalité. La vie publique déserte le monde des réalités, glisse dans l’obsession de la communication, de la mise en scène, de la manipulation médiatique. La « trace dans l’histoire » tourne à la névrose. Et c’est ainsi que peu à peu, la France s’enfonce dans l’abîme pendant que les autres pays Européens travaillent et se réforment. La seule solution est de sortir une fois pour toute de cette logique mortelle en réhabilitant la démocratie, autour d’un chef de l’Etat non rééligible, qui préside dans la discrétion et la modestie, s’adresse au peuple une fois par an ou dans les périodes de crise, puis disparaît pour faire son boulot, et un Premier ministre qui gouverne sous le contrôle du Parlement, sur la base d’un programme précis, d’objectifs, d’engagements chiffrés et d’une obligation de résultats. Refaire de la France une démocratie: cela paraît tout simple mais dans leur crise de démence narcissique, ils ne voudront jamais! Quand l’ivresse de soi a tourné au coma éthylique…
Maxime TANDONNET


