Les sifflets à l’encontre d’Alain Juppé, lors du meeting de Bordeaux samedi, dont la presse et les médias font leurs choux gras, sont de bien mauvais augure. Ils rappellent les haines viscérales et autres conflits d’intérêts personnels qui hantent le parti républicain en France – Giscard-Chirac, Chirac-Balladur, Copé-Fillon – qui permettent aux socialistes d’occuper le pouvoir et au parti lepéniste de monter dans les sondages et les élections intermédiaires. Les Français attendent de l’opposition qu’elle se penche sur l’avenir du pays, son redressement économique, son indépendance, sa sécurité, son unité, le futur de ses enfants. On n’imagine pas, quand on est au sommet de la France dite « d’en haut », de sa vie politique et médiatique, à quel point les batailles d’ego répugnent la France « dite d’en bas ». Personnellement, je suis pour une transformation radicale du système de gouvernement français: application – enfin- de la Constitution de 1958 avec un président qui préside et un Premier ministre qui gouverne sous le contrôle du Parlement, reconquête du politique face à la toute puissance des juridictions, référendum, décentralisation poussée. Je pense sincèrement que les dirigeants du pays et ceux de l’opposition ne sont pas assez lucides ni visionnaires pour comprendre à quel point cette révolution républicaine est nécessaire. Il faut donc faire avec ce que l’on a, c’est-à-dire un système totalement impuissant et dévoyé, centré autour de la perspective de l’élection présidentielle de 2017 qui produira un nouveau chef de l’Etat semi-fantôche et bouc émissaire de toutes les frustrations nationales. Mais au moins, que cela se fasse dans la dignité. Alain Juppé, même s’il a comme tout le monde des défauts que nous lui connaissons, a toute légitimité pour se présenter à l’élection présidentielle de 2017, autant que n’importe quel homme politique français. Il est bien d’avoir un débat d’idées, un échange sur le fond, une confrontation des désaccords. Mais les marques de mépris et de rage envers lui sont lamentables, donnent une image mesquine et honteuse de la politique, révulsent les Français qui ne sont ni idôlatres de personne, ni militants politiques mais attendent que les politiques s’interessent à leurs problèmes et à ceux de la France.
Maxime TANDONNET


