
Quels sont les signaux envoyés par le gouvernement lors de ce remaniement ? Répondent-ils aux attentes des Français inquiets pour leur avenir avec la crise du coronavirus ?
Dans les grandes lignes, c’est la continuité qui prime, en l’absence des « prises de guerre » annoncées à droite. La composition de ce gouvernement exprime donc plutôt l’autosatisfaction avec une légère inflexion vers le centre droit. La nomination de M. Darmanin, LR au ministère de l’Intérieur, qui remplace deux anciens socialistes, M. Collomb et M. Castaner est un signal à l’électorat conservateur préoccupé par les questions d’immigration et de sécurité […] Les ministères sociaux et l’Ecologie sont en revanche confiés à des personnalités issues de sensibilité « progressistes ». Le principe du « en même temps » est donc respecté. C’est donc un équilibre très politique au sens d’électoraliste qui prévaut à travers ce gouvernement avec un horizon clair et précis : l’échéance présidentielle de 2022.
- Certaines prises de poste vous ont-elles surpris ?
Oui, bien sûr. Deux nominations fracassantes qui apportent le frisson de la nouveauté et de l’étonnement : M. Dupont-Moretti garde des sceaux, et Mme Bachelot à la culture. Il faut y voir les deux annonces sensationnelles, emblématiques, de ce gouvernement qui masquent la continuité […] Dans les deux cas, il n’y a pas de véritable logique de fond. Deux personnalités médiatiques et non politiques sont promues au plus haut niveau. Nous sommes dans la politique spectacle, la recherche de l’événement, la société du buzz, qui se substitue à l’action publique. Telle est la politique de l’avenir : les ministres ne se recruteront plus au parlement, parmi les élus de la Nation, mais parmi de grandes figures médiatiques.
- Comment imaginez vous la suite du quinquennat Macron avec ce gouvernement en place ?
Le facteur explicatif de l’évolution de la politique française est sa dérive dans l’obsession présidentialiste. Elle donne le sentiment qu’une seule chose compte et l’emporte sur toute autre considération : la réélection de 2022. Tout le reste, au fond, devient secondaire. Il faut y voir le paroxysme de l’ère du vide, ou la société ultra-narcissique annoncée par Gilles Lipovetsky en 1983. L’équipe qui vient d’être désignée n’a pas vocation à entreprendre de grandes réformes mais à mener à bien l’objectif de la réélection en 2022. Elle sera chargée d’accompagner et de valoriser la communication présidentielle d’ici là, en évitant les nouveaux drames comme ceux qui ont secoué le quinquennat (gilets jaunes et mouvement social). Pourtant, elle va être confrontée à une situation explosive avec la hausse fulgurante du chômage et de la pauvreté due à la crise du covid 19. La présence d’une forte personnalité à la Justice s’annonce aussi source de polémique. Les deux ans qui viennent seront donc très agités, sinon chaotiques, à l’image de tout le quinquennat.


