Bouc émissaire

(Ci-dessous, un texte de M. Thierry Lentz qui soulève une question essentielle)

Alors comme ça, on a trouvé le bouc-émissaire : l’administration, l’Etat obèse, les fonctionnaires. Même le président le dit, d’ailleurs relayé par ses copains du JDD, ses génuflecteurs béats et les anti-Etat qui en font leur miel. Tout ceci est à la fois un peu vrai et largement inexact. Trop facile pour les chefs de se défausser sur les subordonnés… tout en les laissant en place.
Nous assistons bien à une certaine déliquescence de l’Etat mais la faute en revient principalement à ceux qui le dirigent, et depuis des lustres : les Premiers ministres et les ministres ont depuis longtemps renoncé à donner des ordres et à exiger des résultats. Et comme on devient ministre aujourd’hui seulement parce qu’on a une belle gueule et moins de 40 ans, que l’on ne sait rien de rien (tout en croyant tout savoir de tout), on se laisse facilement dominer par la haute et même la basse fonction publique. Pis : on se réfugie derrière ses avis et on la laisse freiner les initiatives pour mieux pouvoir pleurnicher ensuite. Pourtant, bien dirigée, bien commandée, notre administration a toujours été d’une efficacité précieuse.
Ajoutons qu’il a bonne mine le président, qui rejette la faute sur les autres, alors qu’il a lui-même pris le pouvoir total avec son conseil de Défense dévoyé, ses théories fumeuses et son manque total d’autorité. Rêvons qu’il dise à son ministre : si dans un mois vous n’avez pas vacciné tant de millions de personnes, je vous mets dehors; le ministre répercute sur les préfets et les ARS avec la même menace… ça changerait au moins l’ambiance. Il ne le fera pas, donc cessons de rêver.
Taper seulement sur les exécutants -sans jamais en tirer les conséquences, comme le montre le maintien à son poste du directeur général de la santé- est une nouvelle preuve de la démission et de l’irresponsabilité de ceux qui ne sont capables que de conquérir l’opinion (je concède que c’est de moins en moins vrai… mais rappelez vous de l’élection).
Lorsqu’il n’y a plus de grands chefs, il ne reste que le pouvoir des petits chefs, des ouvreurs de parapluie et des paperassiers.
C’est exactement ce qui arrive.

Thierry LENTZ, écrivain, historien

Author: Redaction