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Au-dela du brouillard

vendredi 10 février 2017 - 11:54

téléchargementIl n’est pas toujours facile de s’élever au dessus du brouillard de bêtise, de haine et de propagande, qui nous enveloppe en permanence. Ce n’est pas le matraquage anti-Fillon qui m’étonne, mais son intensité, sa durée, sa réussite, le succès d’une telle déferlante de haine et surtout la faiblesse des résistances intellectuelles face au lynchage. Pourquoi lui, et pas les autres? Telle est la question interdite. La tempête politique française fait partie d’un ouragan qui dévaste la vie politique de l’Europe et du monde occidental. Pardon d’utiliser un ton qui peut paraître prétentieux et tellement en décalage avec la gesticulation quotidienne, mais je ne fais qu’essayer de me repérer dans le brouillard. Je crois que nous avons complètement changé d’époque,  mais la vie politique continue à avancer sur les schémas anciens, un peu comme un canard décapité. Nous avons eu l’époque des princes qui régnaient leur vie durant et transmettaient le pouvoir à leurs enfants, dans le contexte de sociétés traditionnelles stables. Puis est venu la grande fracture de la révolution industrielle, la destruction des valeurs et des structures traditionnelles, l’ère des masses urbaines déracinées, l’essor des grands médias, radios et télévisions, qui assenaient un message unilatéral et qui ont engendré des chefs politiques, à la tête des nations pour une durée temporaire, soit élus démocratiquement, soit dictateurs, incarnant en tout cas, dans leur personne, le pouvoir. Mais aujourd’hui, nous sommes dans un autre monde, celui d’Internet et des réseaux sociaux. La parole appartient à tout le monde. Toute personne qui émerge de l’anonymat a vocation à être moquée, ridiculisée, traînée dans la boue. La sagesse, la connaissance, la vérité sont noyées dans un océan d’insultes et de mensonges. Les idées d’autorité, d’intérêt général, de bien collectif s’incarnant dans un homme ou une femme ont sombré dans le néant: elles se font encore entendre mais plus personne n’y croit. Toute personne qui prétend porter en elle-même un message sérieux ou un projet de société a vocation à être prise pour cible et démolie. Bien sûr, dans ce contexte, des trublions vaniteux, braillards et démagogues, peuvent faire illusion quelque temps. Mais diriger un Etat en plongeant dans ridicule est inconcevable. Sans l’autorité naturelle et sans la confiance, les ordres, transmis à une bureaucratie se perdent dans le grand marécage de l’indifférence ou de la mauvaise volonté. C’est pourquoi nous devons repenser le pouvoir politique en profondeur. Il doit prendre de nouvelles formes, moins personnalisées, plus collectives, impersonnelles, anonymes. Il est plus compliqué de discréditer et de couvrir de grotesque un gouvernement de 15 hommes et femmes qui décide collectivement ou une Assemblée qu’un personnage ultra médiatisé supposé incarner à lui seul l’autorité voué à sombrer dans le ridicule et l’impuissance. Qu’il me soit pardonné d’essayer de réfléchir…

Maxime TANDONNET


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