Après plusieurs années de progression, l’aide publique au développement connaît un recul brutal en 2025. Selon les dernières données de l’OCDE, cette contraction révèle des arbitrages budgétaires profonds dans les pays donateurs et pose de lourdes questions sur l’avenir du financement du développement.
Dans le détail, le montant global de l’aide tombe à 174,3 milliards de dollars en 2025, soit environ 160 milliards d’euros, contre 212,1 milliards de dollars en 2024 (près de 195 milliards d’euros). Cela représente une chute de 23% sur un an, une variation d’une ampleur rarement observée.
Ce retournement s’inscrit dans un contexte macroéconomique tendu. En effet, les grandes économies donatrices — États-Unis, Allemagne, France ou encore Royaume-Uni — ont simultanément réduit leurs enveloppes budgétaires dédiées à l’aide internationale. L’OCDE observe que ces décisions reflètent des arbitrages internes, liés notamment à la montée des déficits publics et à la réorientation des priorités nationales.
Par ailleurs, la baisse de certaines dépenses exceptionnelles explique aussi ce recul. Les financements liés à des crises spécifiques, comme le soutien à l’Ukraine ou les coûts d’accueil des réfugiés, avaient contribué à gonfler artificiellement les niveaux d’aide les années précédentes. Leur diminution mécanique accentue désormais la contraction globale.
D’autre part, les aides bilatérales subissent également des coupes significatives. Les projections évoquent une diminution comprise entre 13% et 25% pour les pays les moins avancés. Une tendance encore plus marquée pour l’Afrique subsaharienne, où la baisse pourrait atteindre entre 16% et 28%.
Cette évolution traduit une priorisation accrue des dépenses nationales dans les pays donateurs. En parallèle, l’aide est parfois redirigée vers des objectifs domestiques, notamment la gestion des flux migratoires ou l’accueil des réfugiés, ce qui réduit mécaniquement les montants effectivement transférés vers les pays bénéficiaires.
Dans ce contexte, l’OCDE appelle à une utilisation plus efficace des ressources restantes. Son secrétaire général, Mathias Cormann, fait valoir que l’optimisation de l’aide disponible est essentielle pour aider les pays en développement à faire face aux pressions budgétaires croissantes.
Selon cette même source, les coupes opérées en 2025 pourraient entraîner jusqu’à 695.238 décès supplémentaires dès cette année. À plus long terme, le bilan pourrait atteindre plus de 9,4 millions de morts d’ici 2030 si la tendance se prolonge. Ces chiffres traduisent l’impact direct de la réduction des financements sur les systèmes de santé, l’accès à l’eau potable ou encore les programmes alimentaires. Les pays les plus dépendants de l’aide internationale, notamment en Afrique subsaharienne, apparaissent particulièrement exposés.
Dans un contexte déjà marqué par des crises multiples — conflits, changement climatique, instabilité économique —, la contraction de l’aide publique au développement risque ainsi d’aggraver des situations déjà critiques. L’OCDE rappelle d’ailleurs que les besoins mondiaux restent à un niveau élevé, malgré la diminution des financements disponibles.
Ensuite, une transformation qualitative de l’aide pourrait s’opérer. L’accent pourrait être davantage mis sur l’efficacité, la sélectivité et l’effet de levier des financements, notamment via des partenariats public-privé ou des mécanismes innovants.
Enfin, la question de la soutenabilité du modèle actuel se pose avec acuité. La part de l’aide dans le revenu national brut des pays donateurs reste limitée — 0,33% en 2024 selon l’OCDE —, bien en deçà de l’objectif international de 0,7%. Dans ce contexte, la capacité à mobiliser de nouvelles ressources devient un enjeu central.
Ainsi, l’année 2025 pourrait marquer un point d’inflexion durable. Entre contraintes budgétaires, recomposition des priorités et pressions humanitaires croissantes, l’aide publique au développement entre dans une phase d’incertitude, dont les implications dépasseront largement le seul cadre financier.


