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Lectures d’été

jeudi 12 juillet 2018 - 17:09

Aucune envie de commenter l’actualité, dans le grand maelström de bêtise qui caractérise en ce moment le pays. Non, non, non, ce n’est pas du mépris, mais de la défiance envers l’instinct de meute sous toutes ses formes. Pour tenter de résister à la  loi du troupeau (pour tenter), à chacun sa méthode. Et la mienne  n’est sûrement pas meilleure qu’une autre. Besoin de solitude, de silence, d’infini, sauf le murmure du vent et le crépitement des vagues, de coucher de soleil sur la mer et d’horizon. Et de lecture. Voici 10 ouvrages de résistance intellectuelle, courts essais d’environ 200 pages,  à emporter en vacances. Leur présentation ici ne signifie pas adhésion envers les thèses de leurs auteurs, mais simplement que leur lecture m’a un jour bouleversé (il y a parfois longtemps) et que je recommande très chaleureusement:

  • Penser la Révolution française, de François Furet: la Révolution puis la Terreur sont nées de l’idéologie de la table rase à la source d’un enchaînement d’événements  échappant à toute maîtrise et conduisant à l’apocalypse, une révolution se dévorant elle-même.
  • Le totalitarisme, Hannah Arendt: la société industrielle et urbaine engendre un homme déraciné, privé de repères traditionnels, intellectuels, éthiques, manipulable à merci et récupérable par les pires fanatismes sanguinaires qui se rejoignent dans l’atrocité des camps de concentration (soviétisme et nazisme).
  • La violence et le sacré, René Girard: la concurrence des désirs, fondement de la nature humaine, est la source d’une violence exacerbée que la société parvient à régler en la canalisant sur un bouc émissaire, qui devient par là-même sacralisé.
  • Mythes et mythologies politiques, de Raoul Girardet: la culture politique contemporaine est dominée par quatre mythes ou mythologie: l’âge d’or, l’unité nationale, la conspiration (le complot), et le sauveur.
  • Le fil de l’épée, de Charles de Gaulle: l’autorité et le prestige d’un homme dépendent du silence, de la discrétion, de la distance, du mystère dont il enveloppe sa personne. Un groupe d’hommes minoritaire, déterminé et éclairé – une élite – est l’outil indispensable de toute action collective.
  • L’ère du vide, de Gilles Lipovetsky: l’époque contemporaine se caractérise par son nihilisme, l’effondrement des valeurs traditionnelles, de solidarité, de patriotisme, ou religieuse, se traduisant par un narcissisme exacerbé.
  • La psychologie des foules, de Gustave le Bon: dans la grande foule qui caractérise la vie moderne, la raison s’efface et laisse la place au despotisme des passions et des émotions qui entraînent l’humanité dans la folie.
  • Malaise dans la civilisation, de Sigmund Freud: la civilisation c’est-à-dire la morale et la culture, servent à contenir les instincts profonds des hommes qui laissés à eux-mêmes les conduiraient à s’entre-tuer. Mais quand la pression est trop forte, le couvercle explose et cela donne les guerres et les révolutions.
  • L’étrange défaite, Marc Bloch: la débâcle (de 1940, mais au-delà, toute débâcle), est avant tout intellectuelle: une société s’affaiblit et se désintègre quand elle ne dispose plus des fondements de l’intelligence qui lui permettent de comprendre l’évolution du monde et de s’y adapter.
  • Qui sommes-nous? Samuel Huntington: une vision prophétique du monde moderne ou les conflits d’identités et de religions l’emportent sur les conflits frontaliers traditionnels, les guerres civiles l’emportant sur les guerres internationales.

Résistance intellectuelle: ce que j’appelle l‘intelligence n’est en aucun cas l’érudition, mais la curiosité, l’envie d’en savoir et d’en comprendre davantage. « Tout ce que je sais est que je ne sais rien ». Au fond, tout livre bien écrit est une pépite de bonheur et d’intelligence. Ce point est fondamental: un bon livre doit obligatoirement donner du plaisir, plaisir du dépaysement, de l’évasion, du sentiment de s’instruire. Il n’existe pas de bon livre sans le plaisir. Il doit être accessible, bien écrit avec des phrases simples et claires: sujet, verbe, complément. Surtout, ne jamais perdre de temps avec un livre mal écrit, ennuyeux ou incompréhensible. En matière de lecture la forme et le fond se rejoignent.

Maxime TANDONNET

 

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