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Lecture: A la droite d’Hitler, Mémoires 1937-1945, Nicolaus Von Below, Perrin 2019

vendredi 28 juin 2019 - 9:50

Pour qui s’intéresse à l’histoire de la fin des années 1930 et de la Deuxième Guerre Mondiale, voici un document d’un intérêt hors du commun. Ce sont les Mémoires, publiés en Allemagne en 1970, traduits pour la première fois en français, de l’un des plus proches collaborateurs d’Hitler,  son conseiller personnel pour l’Armée de l’air (la Luftwaffe). Officier pilote de l’Armée de l’Air, issue de l’aristocratie allemande, il exerce un rôle d’intermédiaire entre le Führer et Göring, ministre de la Luftwaffe, bras droit et successeur désigné du dictateur allemand.

Cet ouvrage pourrait aussi s’intituler « de la banalité du mal ». L’auteur est un personnage a priori tout à fait normal, bon mari, bon père d’une famille nombreuse qui ne cesse de s’agrandir. Oui, mais voilà, dans ce témoignage, il suit le Führer partout: à la Chancellerie à Berlin, à l’Obersalzberg, le poste de commandement bâti par d’Hitler au dessus de sa villa du Berghof, dans les Alpes, à la Tannière-du-loup, le bunker d’où ce dernier dirige l’invasion de l’URSS à compter du 21 juin 1941 – opération Barbarossa. Il est un de ses intimes, de ses proches, fréquente Eva Braun, emmène sa femme en vacances chez Hitler. Oui, la banalité du mal, l’emprise de la démence et de la folie sanguinaire sur des cerveaux totalement déstructurés, qui n’ont plus la moindre idée du bien et du mal, ni de la raison.

Von Below se montre au fil de cet hallucinant récit, comme un courtisan. Il est écartelé entre le désir de plaire au Führer et la prise de conscience – quand même – de l’abîme dans lequel il entraîne l’Allemagne, l’Europe, l’humanité. « A mon retour, alors que je me trouvais dans la petite pièce précédant le salon, dissimulé aux regards par un rideau, j’entendis le Führer parler de moi: il faisait mon éloge parce que j’étais le seul à parler devant lui ouvertement et sans crainte. Ce propos entendu incognito me conforta dans mon idée de garder cette même attitude […]. »

Von Bülow est le témoin de scènes d’une horreur indescriptible comme le rassemblement de centaines d’hommes, de femmes et d’enfants en Ukraine dans une clairière par la SS et leur massacre méticuleux, systématique, les uns après les autres (la Shoah par balle). Il dit en avoir ressenti une affreuse nausée, mais cela ne l’empêche pas de retourner  dans le bunker auprès de son maître dont il sait qu’il est le principal responsable d’un crime épouvantable. C’est toujours la courtisanerie qui l’emporte.

Dans les moments les plus cruciaux – l’annexion de l’Autriche, l’invasion de la Tchécoslovaquie, les attaques contre la Pologne, l’Europe occidentale,  Barbarossa, et jusqu’à l’effondrement dans l’apocalypse, Von Below est le confident privilégié du Führer qui se méfie comme de la peste de la hiérarchie militaire: « Nous ne capitulerons pas, jamais! Nous pouvons périr. Mais nous emporterons un monde avec nous. » Je n’ai jamais oublié ces paroles du Führer. Jusqu’à ce jour, je n’ai parlé de cet entretien à personne. Il m’a fait définitivement comprendre alors qu’Hitler ne céderait jamais et qu’il entraînerait au besoin tout avec lui dans l’abîme. »  Von Below fut gravement blessé dans l’attentat contre Hitler dans son bunker de la Tannière-du-loup en juillet 1944. Pourtant, tout en déplorant les excès de la répression contre la hiérarchie militaire, il fait de son mieux pour reprendre le service le plus vite possible. Un document bouleversant sur les ravages du fanatisme, mais aussi de l’obséquiosité et de la courtisanerie, qui peuvent conduire un être humain, dans certaines circonstances, à l’aveuglement le plus criminel.

Maxime TANDONNET

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