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Qui est responsable?

samedi 31 mars 2018 - 8:45

Une étude a été menée par Marc Hecker, directeur des publications de l’Institut français des relations internationales (Ifri) et enseignant à Sciences Po. Il s’est penché sur les jugements de 137 personnes majeures condamnées en France dans des affaires de jihadisme entre 2004 et 2017.

Il ressort de cet échantillon que les radicalisés sont âgés de 26 ans en moyenne. On compte en effet 131 hommes et six femmes. Dans 90% des cas, ces jihadistes sont nés dans des familles nombreuses ou très nombreuses, et fréquemment disloquées. 40% sont issus de quartiers défavorisés. Près de la moitié n’a aucun diplôme. Par ailleurs, les situations de chômage (36%) et d’emplois précaires (22%) sont majoritaires. 40% des individus étudiés avaient déjà été condamnés au moins une fois pour des faits de violences, vols, escroqueries, trafic de stupéfiants ou délits routiers. 69% des cas examinés sont français. 59% des personnes ont des parents originaires du Maghreb. Par ailleurs, on compte 74% de musulmans de naissance et un quart (26%) de convertis à l’islam.

L’étude n’a relevé, dans son échantillon, aucun cas de « loup solitaire ». Elle dépeint plutôt des hommes souvent guidés par une dynamique de groupe, via une fratrie ou des amis qui se connaissent parfois depuis les bancs de l’école. Et internet seul, selon l’étude, ne suffit pas à la radicalisation : il permet surtout les rencontres, la communication et la préparation d’actions. L’enquête montre des jeunes gens qui étaient plus instruits religieusement dans la première décennie des années 2000 que ces dernières années, même si « dans les groupes plus récents, il arrive qu’un individu se distingue par ses connaissances religieuses », note l’auteur.

Depuis trois ans,  la France est ensanglantée par une vague terroriste islamiste qui a fait 250 morts. Elle est d’assez loin, la nation européenne la plus touchée. Sans doute est-ce là, dans une relative apathie et un climat d’inconscience, le pire drame de l’histoire de France depuis la fin de la guerre d’Algérie. Tout ceci n’est pas tombé du ciel, n’est pas le fruit d’une quelconque fatalité. La capacité d’oubli, de déni du réel, de distraction et détournement des esprits – penser à autre chose – est vertigineuse.  Cette tragédie, nous le voyons bien, à des causes liées à un certain état de la société, donc elle est la conséquence de politiques ou  de non-politiques. Pour sortir en sortir, il faudra un jour, inéluctablement, poser la question des responsabilités.

Rien n’est plus stupide et délirant que d’accabler les seuls dirigeants actuels. La responsabilité, de toute évidence, est collective et de très long terme. Les gouvernants, à des degrés divers, qui se sont succédé à la tête du pays depuis plusieurs décennies, ont une part de responsabilité. Dans l’aveuglement, ils ont favorisé ou laisser faire des volumes de flux migratoires excédant les capacités d’accueil du pays, sans les politiques d’intégration nécessaire, et se traduisant par des phénomènes d’exclusion dans les cités de non droit qui sont la source du malaise présent. Les faiseurs d’opinion, et donneurs de leçons des médias, de la presse, des universités, ont sublimé pendant des décennies le communautarisme en ignorant les dangers de créer une société fragmentée – donc violente. Les partis politiques, de l’extrême gauche à l’extrême droite, ont aussi leur part de culpabilité: les uns cultivant le politiquement correct pour gagner les élections et fermant les yeux; les autres prônant, dans la plus grande hypocrisie, l’ouverture intégrale des frontières sans le moindre intérêt pour ses conséquences; ou encore diabolisant ces sujets par une surenchère de provocations haineuses à des fins électoralistes.

Comme toujours, ce sont les hommes et les femmes de la majorité silencieuse qui payent de leur sang et de celui de leurs enfants les aberrations, les lâchetés, les abandons de la France dite « d’en haut ». Il en est ainsi dans toute les guerres.  Le mot responsabilité est maudit dans la France officielle. Il fait peur. Un jour, il faudra bien poser la question de la responsabilité.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

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