L’homme et le système (essai de réflexion sur la politique actuelle)

Aujourd’hui, l’exaspération se focalise sur la personnalité d’EM auquel est reproché, à titre personnel, de transformer la politique en un grand-guignol vaniteux et narcissique pour recouvrir un effondrement général (financier, économique, moral, scolaire, sanitaire, démocratique, sécuritaire, diplomatique, intellectuel etc.). Se contenter de cette approche est une erreur. La question n’est en aucun cas de nier la responsabilité individuelle, mais justement de dépasser cette exaspération et de réfléchir à ce qu’elle recouvre. S’en tenir à la seule question de la personnalité d’un individu est, de mon point de vue, superficiel. Car derrière, il y a un système, un mode de fonctionnement, qui est à la source du malaise.

Le système politique (englobant les institutions, la puissance économique et financière, les médias, le jeu des partis, la technostructure, l’opinion), en l’état, ne peut pas produire autre chose qu’un président sur le modèle de l’actuel ou son équivalent. D’abord, pour vouloir être chef de l’Etat, dans le contexte présent, c’est-à-dire le rayonnement de la politique spectacle, il faut une mentalité particulière dominée, restons correct, par un hubris démesuré, écrasant toute autre considération, notamment de bien commun. Dans le contexte d’aujourd’hui, il est sans doute presque impossible d’imaginer un honnête homme, simplement désireux de servir efficacement et utilement son pays, candidat pour cette fonction.

En outre, compte tenu de l’influence des médias dans l’élection présidentielle (les chances d’être élus sont proportionnelles à l’exposition médiatique d’un individu), cette personnalité doit être conforme à l’homo-médiaticus, la moyenne de ce que sont les dirigeants ou influenceurs médiatiques (radio-télé). Ils choisiront toujours quelqu’un qui leur ressemble: une capacité de séduction hors du commun (vendue comme une « intelligence exceptionnelle ») comme couverture d’une authentique médiocrité morale et intellectuelle.

Ensuite, comment pourrait-il en être autrement? L’élection présidentielle s’accompagne à chaque fois d’une espérance de renouveau. En 2017, ce fut la « transformation » et le « renouvellement », puis en 2022, la « refondation ». Mais il se trouve qu’élu dans un sorte de feu d’artifice vaniteux, vendu comme un sauveur providentiel, un héros ou protecteur, le président (en général) ne dispose absolument pas des outils lui permettant d’accomplir ses promesses illusoires qui l’ont fait élire en thaumaturge. L’essentiel des compétences normatives a été transféré à Bruxelles de même que la compétence monétaire et le contrôle des frontières. Et au-delà, le mur des réalités – constant – fait obstacle au rêve engendré par le scrutin présidentiel (FM en 1981). Dès lors, la fuite dans le grand Guignol gesticulatoire n’est rien d’autre qu’une manière sans doute inéluctable, de compenser l’impuissance et de combler la déception collective.

Mais là n’est pas l’essentiel: le personnage, tel qu’il a été sélectionné par le pouvoir médiatique, est un personnage de séduction – un style, une prestance, un narcissisme – en aucun cas un décideur, un responsable capable de prendre des risques, de risquer sa place, d’opérer des choix authentiques, de parler un discours de vérité. Par définition, de par son mode de désignation – en principe par le peuple mais de fait, par l’influence du pouvoir médiatique – il ne peut faire autrement que de privilégier son image personnelle sur l’intérêt collectif – et ainsi entraîner le pays dans sa chute. Dès l’origine, il est désigné pour cela.

Me comprenez-vous? Je n’essaye pas de nier l’importance de la personnalité – personnelle -, mais de comprendre ce qui la façonne. La réflexion doit nous conduire à ne pas viser une solution idéale, inconcevable et surtout à bannir le rêve. Le système tel qu’il est en ce moment, ne produira jamais autre chose que ce que nous vivons aujourd’hui – le tandem esbroufe/impuissance et indécision – même sous une forme un peu différente.

La politique doit redevenir l’art du possible et la France doit renouer avec un régime parlementaire où l’Assemblée nationale redevient le creuset de la souveraineté politique avec un Premier ministre responsable de ses actes et de ses paroles, chargée d’accomplir la volonté collective et un chef de l’Etat au-dessus de la mêlée, autorité morale et intellectuelle, responsable de la représentation internationale. Certes, aujourd’hui, la médiocrité parlementaire n’a rien à envier à la médiocrité élyséenne ou gouvernementale, mais supprimer l’interdiction des cumuls, permettre l’élection de l’AN, avant celle du président, aurait un effet de réhabilitation de la représentation parlementaire et de susciter des vocations dignes de la démocratie française. Surtout, cette démocratie doit être référendaire: toute décision de portée nationale, engageant le destin du pays, doit être soumis à référendum. Le peuple n’est pas moins intelligent et éclairé que les élites dirigeantes et c’est à lui qu’appartient le pays. Aujourd’hui, le mépris du peuple est l’envers de la grandiloquence. Et le respect du peuple, la clé du redressement.

MT

Author: Redaction

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