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Lecture: Mousseline la sérieuse de Sylvie Yvert

dimanche 12 juin 2016 - 8:06

41EBeKjQKnL._SX332_BO1,204,203,200_Voici un bel ouvrage à la fois littéraire et historique qui donne un aperçu nouveau sur l’histoire de la Révolution. Sur la base d’une documentation inédite, d’archives auxquelles elle a eu accès, l’auteur, Sylvie Yvert, reconstitue le journal intime de Marie-Thérèse, Charlotte de France, la fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Nous assistons ainsi, au jour le jour, à la tragédie d’une famille martyrisée. Le récit de la souffrance endurée par deux enfants qui voient leurs parents emportés par le flot de l’histoire est extrêmement poignant. Nous découvrons ainsi une autre facette de la Révolution vécue à travers l’émotion de la fille aînée de Louis XVI. Il est impossible de résumer ce livre qui se présente comme une narration à la première personne. J’en citerai un passage particulièrement révélateur de ses qualités littéraires et de l’atmosphère envoûtante qui s’en dégage:

« Il avait neigé durant la nuit; un drap blanc semblait façonner le linceul de la monarchie. A l’aube brumeuse de ce fatal 21 janvier 1793, nous entendîmes une grande agitation. Des pas résonnaient. A six heures, on vint brutalement s’emparer d’un missel de ma tante pour la dernière messe du condamné. Puis les battants se refermèrent lourdement. Le roi, mon père, qui venait de lire une dernière fois le récit de la décapitation de Charles Ier, n’avait plus que quelques heures à vivre […] Au loin, le martèlement des sabots des chevaux, le brut des armes, le transport des canons et les roulements de tambour se rapprochaient pur nous l’enlever à jamais. A neuf heures, le bruit augmenta encore, des portes s’ouvraient avec fracas. Puis le son des trompettes s’éleva. Cette fois, mon père s’éloigna dans le brouillard et la boue sans que nous ayons pu le revoir. Il paraît qu’il a longuement regardé par deux fois dans notre direction avant de disparaître pour toujours […] Les sinistres roulements de tambours se firent de nouveau entendre, puis s’éloignèrent lentement; le silence, atroce, revint […] Les Français allaient-ils se montrer indifférents? Les monarchies européennes s’opposer? Nous ne pouvions croire que, sans même sembler s’émouvoir du danger, tous laisseraient un tel crime se commettre de sang-froid. Hélas, nous ignorions combien une minorité déterminée peut l’emporter sur une majorité terrorisée […] L’impuissance dans laquelle nous étions confinés ajoutait encore à notre lamentable état. Nous étions plongés dans une terrible attente. Mais à dix heures et dix minutes le son du canon signa son exécution. Il y eut un instant de consternation. Incrédules, nous ne pouvions nous représenter que le régicide était consommé. Seuls les cris de joie nous le confirmèrent […] Ma mère étouffait de douleur, mon frère éclata en sanglots, tandis que je jetai des cris de désespoir d’un accent tel que l’on crut que j’avais également trépassé.  On venait d’assassiner le roi, mais aussi le meilleur des pères. »

Sylvie Yvert, Mousseline la sérieuse, éditions Héloïse d’Ormesson 2016.


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