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Lecture: La chute de Nixon, Georges Ayache, Perrin 2020

dimanche 25 octobre 2020 - 18:55

Voici un ouvrage passionnant publié à quelques jours des élections présidentielles américaines. Cette histoire de l’ascension et de la chute de Richard Nixon est éclairante sur la réalité de la politique Outre-Atlantique. Le scandale du Watergate est un événement clé de la politique de ce pays mais aussi un élément d’explication de la vie publique française telle qu’elle est devenue. La société du spectacle, de l’hystérie, des lynchages que nous subissons est née Outre-Atlantique, avec plusieurs décennies d’avance sur la France. Eternel mystère, pourquoi la France  ne cesse de singer le pire des Etats-Unis, son narcissisme présidentiel exubérant, sa politique spectacle, son goût du scandale, son nihilisme politique, et ignore ce qu’il y a de meilleur dans ce pays, son dynamisme, sa mobilité, son enthousiasme?

Nixon est un petit avocat Californien, parti de rien: « L’existence ne lui avait guère fait de cadeau depuis ses débuts à Yorba Linda, une localité anonyme aux portes du désert californien, où il était né par un jour glacial de janvier 1913. En cet endroit perdu, la nature était d’une aridité hostile, la vie empreinte de tristesse […] Et la famille du jeune Richard, désespérément dans le besoin. Un père méthodiste, une mère quaker, une épicerie parvenant à peine à faire vivre la maisonnée. Et Dieu partout. [L’Amérique des politiciens et des publicistes, n’était pas faite pour les Nixon. »

Timide, réservé, introverti, il doit son ascension au parti Républicain et son élection à la Chambre des représentants en 1946, au Sénat en 1950, à la ferveur de son anticommunisme, sa parfaite maîtrise des dossiers, à son talent d’orateur, mais aussi à ses qualités de communicant, celles qui font un grand de la politique américaine. Dans les années 1950, Nixon est pourtant un véritable gibier de potence du parti démocrate, des élites politiques, financières et médiatiques américaines. Il est sans cesse accablé de scandales. La presse, en majorité sous influence du parti démocrate, guette chacun de ses faits et gestes et pourchasse ses moindres faux pas.

Mais elle ne parvient pas enrayer sa popularité qu’il doit à son style simple et populaire quand il s’adresse au peuple américain: « Je crois qu’il est très bien qu’un homme comme  le gouverneur Stevenson, qui a hérité une fortune de son père, puisse concourir pour la présidence. Mais je pense aussi qu’il est essentiel dans notre pays qu’un homme aux moyens modestes ait tout autant la possibilité de se présenter. » Nixon leur parla de lui et de son épouse Pat, qui n’avait pas de manteau de vison mais un manteau respectable de « bonne laine républicaine »… Il termina sur une note sentimentale: « lorsque je dis que je n’ai jamais accepté un don, ce n’est pas tout à fait exact. En fait un supporter du Texas nous a offert récemment un petit cocker spaniel que notre fille Tricia, qui a six ans, a baptisé Checker. Je dois avouer que nous comptons le garder quelles qu’en soient les conséquences. » Ce discours plaît, bouleverse l’Amérique populaire, pousse Nixon à la hausse dans les sondages.

Devenu l’une des personnalités phares du parti Républicain, il s’impose comme vice-président d’Eisenhower de 1953 à 1961, qui pourtant se méfie de lui mais ne parvient pas à l’écarter. En butte à la dynastie des Kennedy, qui bénéficie d’un vaste soutien des élites américaines, il échoue en 1960 contre John Kennedy à l’issue d’un débat où il apparaît terne et mal rasé, contre le fringant jeune quadragénaire. L’auteur formule les plus grands doutes sur la régularité du scrutin: « Dans l’un des Etats clés le résultat final donnait une avance en faveur de Kennedy de 8858 voix sur un total de votant de 4 657 394 voix. Comment pouvait-on être assez naïf pour croire que le scrutin s’y était déroulé régulièrement? »

Puis il prend sa revanche en novembre 1968, élu président des Etats-Unis. Confronté à la tragédie du Vietnam, les médias et la presse américaine l’en tiennent pour unique responsable alors que l’engagement américain est dû à Kennedy et surtout, son successeur Johnson. Le Watergate qui a pulvérisé en plein vol le second mandat de Nixon n’est rien d’autre que l’aboutissement d’un travail de harcèlement permanent des élites, des médias et de la presse américaine dans son ensemble, toute acquise aux Démocrates, contre ce « parvenu » qui n’appartient pas aux grandes dynasties américaines.

L’auteur ne cherche pas à l’excuser: lui et son entourage sont bien à l’origine d’une absurde et inutile tentative d’espionnage des locaux du parti démocrate. Mais comme le souligne l’auteur, la pratique des enregistrements clandestins était banale à l’époque aux Etats-Unis, « N’était-ce pas Bobby Kennedy, alors alors Attorney général qui avait ordonné de faire mettre sous écoute Martin Luther King? N’était-ce pas les frères Kennedy qui, les premiers, avaient fait écouter des journalistes ainsi que des personnalités tenues pour hostiles? » En tout cas, à partir de là « ce fut un véritable hallali: un déchaînement des défenseurs des libertés, de la Constitution, et en somme, du bien, contre le villain. Un déchaînement manichéen, sans la moindre nuance. Les éditoriaux de presse devinrent des réquisitoires et les condamnations médiatiques et politiques se firent sans appel. » L’auteur raconte la collusion des élites américaines, dans la justice, l’administration, le FBI,  la presse, les médias télévision, pour mener une chasse au gibier de potence, l’acculant à la démission inévitable le 8 août 1974 malgré de formidables réussites diplomatiques à l’image des accords de désarmements avec l’URSS et la réconciliation entre les Etats-Unis et la Chine.

A lire, sans faute, pour comprendre la misère politique américaine et comment elle a contaminé la France.

Maxime TANDONNET

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