« Le seul et capital témoignage de la vie à Sainte-Hélène », affirme l’historien et homme politique anglais Lord Rosebery. Après avoir présenté l’an dernier le Mémorial de Las Cases, je viens de terminer la lecture du Journal intégral de Gaspard Gourgaud (1783-1852), premier officier d’ordonnance de Napoléon, qui fait le choix de l’accompagner en exil avec une poignée de fidèles jusqu’au bout, Las Cases, le Grand Maréchal Bertrand et Montholon avec leurs épouses.- « Et que tout soit fini. Détestez-vous si vous voulez dans l’âme, mais que je n’en vois rien et que personne ne s’en aperçoive; l’essentiel est de m’égayer. Croyez-vous que lorsque je m’éveille la nuit, je n’ai pas de mauvais moments quand je me rappelle ce que j’étais et où je suis à présent?
- « Ah, si j’avais gouverné la France durant quarante ans, c’eût été le plus bel empire qui n’eût jamais existé! » La Montholon dit: « Qui sait si Votre Majesté ne fondera pas un jour un vaste empire en Amérique? » Ah, je suis bien vieux! »
- « Sa Majesté se monte de plus en plus et dit: « je préfère Montholon à vous! » Les bras m’en tombent, les pleurs me suffoquent. Voilà donc, pauvre Gourgaud, la récompense de ce que tu as fait en abandonnant mère, patrie, fortune, pour suivre celui qui te traite ainsi […] SM se radoucit: « c’est que Lannes et les autres vous ont vu brave et actif sur le champ de bataille parmi le officiers d’artillerie. Lariboisière vous a présenté à moi. Je vous ai trouvé actif, brave, ayant du mordant. »
- « Sa Majesté demande à quelle époque nous croyons qu’Elle a été le plus heureux. Je réponds: « Lors du mariage ». Mme de Montholon: « Premier Consul ». Bertrand: Naissance du roi de Rome ». SM dit: « Oui, j’étais satisfait du mariage, à la naissance du roi de Rome. Consul, je n’avais pas assez d’aplomb. Peut-être que c’est à Tilsitt; je venais d’éprouver des vicissitudes, des soucis, à Eylau entre autre, et je me trouvais victorieux, dictant la paix, ayant des empereurs, des rois pour me faire la cour! Et tout cela n’est pas encore ma plus grande jouissance. Peut-être ai-je réellement plus joui après mes victoires en Italie. Quel enthousiasme, que de cris de « Vive le libérateur de l’Italie! ».
- « Je vous répète que je ne vous ai jamais prié de vous en aller! Ce n’est pas tout mon ami, je vous ai dit que si vous ne vous habituiez pas à Sainte Hélène, si vous ne supportiez pas cette situation, il vaudrait mieux vous en aller! – Sire, ce qui est insupportable, ce n’est pas Sainte Hélène en elle-même mais les mauvais traitements de Votre Majesté -Cependant, je ne vous traite pas mal et je ne veux pas me fâcher! «


