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Lecture d’été, Aventures en mer rouge

samedi 9 juillet 2016 - 11:23

imagesMes livres de chevets ne sont pas toujours les derniers best seller! Par hasard, je suis tombé sur un chef d’œuvre vieux de presque un siècle et que je ne connaissais  pas: Aventures en mer rouge, d’Henri de Monfreid. Le récit, haletant, nous entraîne au cœur de la féérie des paysages de la Mer Rouge et de l’Abyssinie. Le narrateur nous emporte dans la magie d’une aventure qu’il a réellement vécue, à mi-chemin entre Arthur Rimbaud et Pierre Loti. Dans le monde policé et normé qui est le nôtre, le personnage fascine par sa course perpétuelle à la transgression, à la fois immense écrivain et marginal. Contrebandier,  chercheur de perles, trafiquant d’armes et de drogue, toujours de bonne foi, adversaire acharné des ronds de cuir de la « coloniale », magistrats et fonctionnaires, en butte aux trahisons de ses amis et aux pièges de ses ennemis, à l’hypocrisie, incompris dans la solitude, il finit toujours par se tirer des pires pétrins. Le talent éclabousse son œuvre; qu’on en juge:

« Les hauts mimosas épineux étalent leurs parasols au-dessus de ces pierres anonymes, et le vent tiède de la brousse passe sur elles comme une caresse d’apaisement. Il va vers la mer, tout chargé des senteurs chaudes de la terre, et la grande mousson du large l’emportera dans la solitude. La mer scintille entre les branches basses sous la lueur de la planète rousse qui monte dans le ciel. Le bruit strident des grillons invisibles s’exhale de toute la terre et remplit l’espace d’une immensité sonore […] Autour de nous, maintenant, les grillons se sont tus; il se fait comme un trou de silence dans ce frémissement qui semble unir les étoiles à la terre […] Tout d’ailleurs, porte à de sombres pressentiments: le vent qui siffle dans la mâture et la mer qui gronde autour de nous en brisant sur le récif tout proche. Des gerbes d’écume surgissent comme des fantômes désespérés, retombent et étalent sur l’eau d’étranges monstres blancs. Le cône de basalte de la montagne de Syian se dresse dans la nuit, impassible, comme s’il attendait que la pauvre chose fragile que nous sommes vienne se briser sur les roches cachées sous l’eau noire ».

L’œuvre compte des milliers de pages splendides de cet acabit! Je viens d’achever le premier tome (Les secrets de la mer rouge). J’emporte les deux autres en vacances. Si vous cherchez la magie d’une évasion absolue, la fascination de l’aventure, un dépaysement radical, la musique et les visions d’un beau texte de littérature, faites comme moi, prenez le dans vos bagages cet été!

Henry de Monfreid, Aventures en mer Rouge (trois tomes), Grasset 1988 (la première édition est de 1921).

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

 

 


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