Le Congrès et l’hyperprésidentialisme

La possibilité pour le président de la République de s’exprimer devant le Congrès, l’Assemblée et le Sénat réunis à Versailles, a été introduite dans la Constitution en 2008. Cette réforme a une apparence toute sympathique. Elle met fin à un cloisonnement entre l’autorité élyséenne et le pouvoir législatif. Elle va dans le sens de la fluidité, de l’échange, de la transparence. Mais dans les profondeurs du mode de gouvernance du pays, elle était gravement nocive, consacrant l’hyper-présidentialisation du régime, un chef de l’Etat qui se substitue au Premier ministre, y compris dans ses rapports avec le Parlement. Le président devient ainsi le Gouvernement à lui tout seul, l’incarnation d’un programme, d’une politique, ou d’une non politique. Il s’impose comme le seul comptable des échecs et des déceptions inévitables, donc le bouc émissaire naturel du pays. Il perd la hauteur et la distance, source d’une sagesse, d’une vision, d’une impartialité, qui devraient faire la richesse naturelle de la fonction présidentielle. Pendant 5 ans, il incarne à lui seul le pouvoir mais il est irresponsable de ses actes, de ses paroles et de ses décisions – ou de ses non-décisions. Le pouvoir, ou l’apparence du pouvoir, sans la responsabilité personnelle, est le cercueil de toute démocratie. Pour échapper à la mise à mort programmée, dans un monde aussi difficile et complexe, où les miracles n’existent pas, il n’a pas d’autres ressources que de fuir dans la communication, la posture médiatique ou la polémique jouer sur le lavage de cerveau médiatique, sur la supposée crédulité ou naïveté ambiante. Mais cela n’a qu’un temps car – c’est toujours la même chose – les Français, les « gens » comme on dit dans les hautes sphères, sont bien plus lucides qu’on ne le croit généralement.  La logique vénéneuse d’un système politique rendu débile est déjà à l’œuvre.

Maxime TANDONNET

Author: Redaction