Estimant que Google accorde une faveur injustifiée à son assistant d’intelligence artificielle Gemini, la Commission européenne engage une série de procédures destinées à garantir un accès équitable aux concurrents, dans un marché en pleine recomposition.
Android occupe une place majeure dans l’économie numérique européenne. Présent sur la majorité des smartphones, le système d’exploitation constitue un point d’entrée privilégié pour les services d’intelligence artificielle, notamment les assistants vocaux et contextuels. C’est précisément cette position que la Commission européenne entend encadrer, estimant que Google bénéficie d’un avantage concurrentiel lié à l’intégration poussée de Gemini.
La Commission a ainsi ouvert une procédure dite de « spécification » afin de déterminer comment Google doit garantir une interopérabilité effective d’Android avec les assistants IA concurrents. Cette démarche vise à préciser les obligations prévues par l’article 6 du Digital Markets Act, sans constituer à ce stade une sanction formelle. Pour Bruxelles, il ne s’agit pas seulement de corriger une situation actuelle, mais d’anticiper l’évolution rapide des usages. À mesure que l’intelligence artificielle s’impose comme interface principale entre l’utilisateur et son smartphone, le contrôle d’Android devient un facteur déterminant de domination technologique.
De son côté, Google conteste l’idée d’un verrouillage technologique. Le groupe affirme qu’Android est ouvert par conception et rappelle qu’il partage déjà certaines données avec des acteurs concurrents dans le cadre du Digital Markets Act. Toutefois, l’entreprise se dit préoccupée par l’impact potentiel des exigences européennes sur la sécurité, la protection de la vie privée et la capacité d’innovation. Sur le plan réglementaire, Google dispose d’un délai maximal de six mois pour se conformer aux orientations que formulera la Commission. Celle-ci doit, dans les trois premiers mois, préciser les mesures techniques attendues, avant d’évaluer leur mise en œuvre effective.
Les enjeux économiques sont considérables. En cas de non-respect avéré, Google pourrait être exposé à des sanctions financières pouvant atteindre 10% de son chiffre d’affaires mondial. Une perspective qui confère à ces procédures une portée stratégique majeure, tant pour le groupe américain que pour l’ensemble du secteur de l’intelligence artificielle.
Pour la Commission européenne, l’objectif dépasse le seul cas Google. Il s’agit de poser un cadre durable afin que Android, en tant qu’infrastructure essentielle, ne devienne pas un verrou empêchant l’émergence de solutions concurrentes en intelligence artificielle sur le marché européen.


