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Verdun, leçons d’une polémique (suite et fin)

samedi 14 mai 2016 - 7:15

XVM860e09d4-1752-11e6-a38d-8a6c5a1589e5 (2)La polémique de cette semaine autour du concert de Black M à Verdun –  puis son annulation finale –  me semble constituer un événement important dont il convient de tirer quelques leçons:

  1. Le poids du conformisme idéologique dans la société médiatique demeure phénoménal. J’ai beaucoup lu et écouté les commentaires de ces jours-ci. Partout strictement le même refrain, comme un mot d’ordre idéologique: la contestation envers le concert de rap aux cérémonies de Verdun procéde d’une « réaction de l’extrême droite raciste »: RTL, Europe 1, le Point, l’Obs, l’Express, les chaînes de télévision à l’unisson, le Parisien… A l’exception du Figaro bien sûr, je n’ai trouvé qu’un son de cloche vraiment différent, une voix dissidente et critique venu d’un magazine connoté « gauche républicaine »: l’hebdomadaire Marianne à travers un superbe éditorial plein de bon sens et de courage. Merci à lui.
  2. La dilatation du champ de « l’extrême droite » atteint un niveau sans précédent. Est considéré comme « extrême droite », aujourd’hui, tout ce qui se différencie du discours normé et des standards de la mode médiatique. On en arrive à une situation absurde. Se déclarer choqué ou indigné par des paroles telles que « les pédés doivent périr (sic) » , proférées dans une ancienne chanson de Black M, serait assimilé à une prise de position d’extrême droite… Un jeu de miroir entre le monde médiatique et le FN bat son plein: dans une telle polémique, les médias n’ont aucune autre obsession que de jeter les projecteurs sur le parti lepéniste pour diaboliser la cause qu’ils veulent desservir.
  3. La droite républicaine, en dehors de quelques individualités, est à côté de la plaque. Ses principaux ténors n’ont pas senti ou voulu sentir la gravité de l’enjeu sur le plan des valeurs et des symboles. Ils martelaient leur discours sur la libéralisation de l’économie tandis qu’une partie du pays s’enflammait sur un sujet qui la touchait au cœur. Sans doute ont-ils craint de se « ringardiser » ou de se  « diaboliser auprès des médias » en partant sur ce terrain. Mais la peur est mauvaise conseillère. S’ils continuent ainsi, ils sont voués à disparaître. Ils gagneront peut-être en 2017, mais perdront pied en 2017-2022 (comme aujourd’hui le pouvoir socialiste), laisseront la place aux socialistes en 2022 et seront ensuite broyés en tant qu’opposition par un FN tout puissant, à la grande satisfaction du monde socialiste et médiatique dont tel est l’objectif ultime.
  4. Le chaos n’est pas seulement social (5 millions de chômeurs, banlieues, violence, zones de non-droit, communautarisme), il est avant tout intellectuel. Je l’ai décrit dans ma tribune au Figaro Vox, largement reprise et diffusée. Verdun, le massacre, les souffrances indescriptibles de 700000 jeunes européens, le deuil de leurs parents, de leur femme et de leurs enfants, appellent le recueillement, c’est-à-dire le silence du respect, ou bien une musique discrète et solennelle. Songer à s’amuser, à danser, à faire la fête  sur de pareilles circonstances est incompréhensible. Jusqu’où ira-t-on? Du rap, de la techno ou du metal aux cérémonies de la Déportation le 24 avril, aux commémorations d’Oradour-sur-Glane, ou encore le 11 novembre sous l’Arc-de-Triomphe? A l’occasion du transfert des cendres de Jean Moulin aux Panthéon s’il était à refaire? Des rave-parties dans les cimetières? C’est insulter « les jeunes » que de penser les attirer à Verdun par la démagogie et la facilité. Ce triomphe de l’absurde et de l’idiotie est révélateur. Nous subissons aujourd’hui l’effondrement intellectuel des élites politiques et médiatique.
  5. La force de la mobilisation sur Internet est un élément nouveau: les canaux officiels de la propagande sont débordés. La radio, la télévision, les magazines ont beau marteler un message unique, exercer un rouleau compresseur, cela ne prend plus. L’information et les idées circulent à la vitesse de la lumière en dehors des voies normales… Cette fois-ci, la résistance n’est pas venue des intellectuels connus et traités habituellement de « néo-réac », car on ne les a guère entendus comme si eux aussi avaient été dépassés par l’événement. Elle est venue, massive, des réseaux sociaux. Le mépris des élites politiques et médiatiques pour « les gens » et leur sensibilité est désormais voué à l’échec.  Sauf à détruire Internet, nous sommes entrés dans une ère nouvelle. La parole est ouverte à la société, une pyramide est en train de se renverser. Il n’y a plus « de France d’en haut et de France d’en bas » car l’ancienne France d’en bas est en train de prendre le pouvoir. Il reste à donner une traduction politique à ce phénomène.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 

 

 

 


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