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La République assassinée

vendredi 9 décembre 2016 - 12:02

xvm8c617720-bd66-11e6-98b1-8273aa744392Voici ma contribution d’hier au Figaro Vox. Je le vois bien à travers les commentaires qui suivent la contribution qui m’était demandée: cette obsession de ma part envers la question des institutions politique est largement incomprise. Et pourtant, elle ne cesse de se renforcer chez moi… J’en parle souvent, parce que j’y vois le nœud du problème, le centre névralgique des difficultés de la France. Les institutions sont le cerveau d’une République dont tout le reste de la vie publique dépend. Elles permettent de gouverner, de commander, de donner une direction au pays. La plupart des autres enjeux en dépendent: les conditions de la croissance (fiscalité, prélèvements, droit du travail), la sécurité, l’autorité de la loi, la maîtrise des frontières, l’éducation nationale, la cohésion nationale. Je suis en désaccord avec le raisonnement consistant à dire que les problèmes viennent de l’extérieur: « mondialisation », « capitalisme financier », Union européenne, etc. D’autres pays soumis aux mêmes contraintes s’en sortent beaucoup mieux et il est trop facile d’accuser les autres. En outre, la capacité de dire non à des sujétions extérieures abusives – que je ne nie pas –  ne saurait provenir que d’une volonté intérieure. De même, il est plus facile d’accabler les individus, de les traîner dans la boue et de leur faire porter le chapeau à titre individuel. Penser que le bien est à droite et le mal à gauche, ou l’inverse, ne règle rien non plus: depuis 4 décennies, tout le monde se plante, tout le monde échoue. Pourquoi le système politique français est-il si mauvais? Le présidentialisme irresponsable est à l’origine d’une plongée sinistre du monde politique dans la démence narcissique, détruisant tout ce qui se rapporte à une bonne gouvernance: sens de l’intérêt général, parole et politique tournées vers le bien commun, priorité au destin collectif. Sauf quelques héros de l’histoire, les hommes et les femmes de pouvoir ne sont pas plus intelligents, ni courageux, ni désintéressés que la moyenne. Ce n’est qu’en France que l’on assiste à un tel spectacle: ni en Allemagne, ni en GB, ni en Italie. Moi aussi j’ai envie de pester contre nos neuneux mégalos qui poussent comme les champignons, d’extrême gauche à l’extrême droite, de la droite, de la gauche et du centre, gesticulent, disent les pires insanités pour se faire remarquer. Mais je me dis qu’il y a une cause à cette démence de a France d’en haut. Elle est à chercher dans la dérive des institutions politiques. Le régime politique français actuel, véritable négation de la Ve du Général de Gaulle, mais aussi des bons principes de la IIIe et de la IVe – responsabilité et sanction des échecs – me semble favoriser la folie mégalomaniaque de la politique française dont chaque jour offre une nouvelle illustration et nous entraîne dans le gouffre. .

Maxime TANDONNET

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Lors des débats sur les primaires de la droite et du centre, les candidats ont évacué la question des institutions et de la réforme constitutionnelle, en déclarant tous ou presque que la Constitution donnait largement satisfaction. De fait, cette question intéresse peu les Français. Il est plus ou moins acquis dans l’opinion que la faillite d’un système politique est de la seule responsabilité des hommes et femmes chargés de le faire fonctionner et non de la règle du jeu suprême. Erreur monumentale: les institutions servent justement à pallier les carences, les faiblesses et les dérives des personnes. Les hommes d’Etat, réunissant dans leur personne une vision historique, un caractère bien trempé et le désintéressement personnel, ne sont pas légion aujourd’hui. Il faut donc se contenter d’un personnel politique qui, sauf exceptions, ne brille ni par l’intelligence ni par le tempérament. C’est à cela que servent les institutions: corriger, neutraliser, sanctionner les imperfections des hommes.

Tout l’édifice reposait sur un chef de l’Etat souverain, incarnant l’unité nationale et le destin du pays.

Or aujourd’hui, il n’est pas de plus grande hypocrisie que de parler encore de la Ve République du général de Gaulle. Celle-ci est morte, détruite, fracassée, ensevelie. Tout l’édifice reposait sur un chef de l’Etat souverain, incarnant l’unité nationale et le destin du pays, demeurant au-dessus de la mêlée politicienne et des soubresauts de l’actualité, responsable de la politique de grandeur sur le plan international. L’autorité présidentielle repose en principe sur son prestige et la confiance du peuple. Le Général de Gaulle ne concevait pas que le président puisse être impopulaire. Dans l’hypothèse d’un doute sur sa popularité, il lui revenait de présenter la question de confiance, à travers un référendum, et de démissionner en cas d’échec. L’idée même d’un président discrédité, à l’image de la situation actuelle, était inconcevable dans l’esprit de la Ve république. Quant au Premier ministre, il était tout le contraire d’un collaborateur du chef de l’Etat ou d’un concurrent de ce dernier, comme il en est aujourd’hui. L’article 21 de la Constitution fait de lui l’unique chef de gouvernement en charge de la politique économique, sociale, sécuritaire et par conséquent de la communication autour de son action, sous le contrôle de l’Assemblée nationale.

Le Premier ministre est devenu la doublure et le concurrent du président de la République.

Le schéma actuel n’a plus aucun rapport avec cette organisation initiale. Le Chef de l’Etat surmédiatisé incarne désormais le pouvoir politique dans sa globalité, président touche-à-tout, super communiquant et omniprésent, en première ligne sur tous les sujets. Le Premier ministre est sa doublure et son concurrent, tous deux bataillant pour occuper le devant de la scène médiatique, comme d’ailleurs les ministres à un niveau inférieur, obnubilés par leur destin personnel. L’ensemble de la vie gouvernementale se concentrant à l’Elysée, la conquête de la présidence, devient l’obsession de la classe politique. Plus rien ne compte désormais et la vie publique semble emportée dans un tourbillon de narcissisme généralisé au détriment de l’action gouvernementale et du bien commun.

Le quinquennat a banalisé la fonction présidentielle.

Les derniers développements de l’actualité politique ont achevé de détruire les institutions de la Ve république, déjà abîmées par le quinquennat qui a banalisé la fonction présidentielle. Celle-ci fut conçue en 1958 pour réduire le «régime des partis». Mais les partis sont de retour, non à travers le Parlement, mais à travers la présidence de la République dont ils ont fait la conquête en 1981. Le chef de l’Etat est désormais avant tout un chef de parti. La généralisation des primaires comme mode de désignation des candidats à l’élection suprême achève de transformer le président de la République en homme d’un camp contre un autre, d’un parti au sens large, bafouant l’image du chef de l’Etat impartial et protecteur de l’unité nationale.

Le renoncement de François Hollande marque le paroxysme de cette désintégration de la Ve République.

Le renoncement de François Hollande à présenter une seconde candidature, sous la pression de ses amis et (semble-t-il) du Premier ministre marque le paroxysme de cette désintégration de la Ve République. Détrôné, ayant renoncé à la hauteur de sa mission en s’occupant de tout et en communiquant en permanence, il devient de facto le comptable des échecs et des déceptions d’une politique nationale dont seul, en principe, le Premier ministre devrait porter la responsabilité. Les rôles sont inversés: non seulement le Premier ministre ne protège plus le président de la République, mais il revient à ce dernier d’assumer des échecs, par exemple sur l’emploi, qui incombent, selon la Constitution au seul Premier ministre… Au-delà des fautes personnelles, la logique est imparable: le président de la République, réputé tout puissant et responsable de tout, ne dispose d’aucune baguette magique pour régler les problèmes des Français. Il devient le parfait bouc émissaire. Dès lors, en voulant sauver son image, il parle à tort et à travers et ne fait que s’enfoncer jusqu’à l’irréparable.

Parler d’un retour à la IIIe ou à la IVe République pour décrire la faillite actuelle du régime est une aberration.

Parler d’un retour à la IIIe ou à la IVe République pour décrire la faillite actuelle du régime est une aberration. Ces deux Républiques avaient certes le défaut de l’instabilité en certaines périodes. Pourtant elles ont engendré de grands hommes d’Etat, tels Pierre Waldeck Rousseau, George Clemenceau, Raymond Poincaré, Léon Blum, Antoine Pinay, Pierre Mendès-France, Charles de Gaulle (en 1958). Elles avaient l’immense avantage de préserver le lien entre l’exercice du pouvoir et la responsabilité. Tout dirigeant qui échouait ou dérapait dans son comportement se voyait aussitôt sanctionné et remplacé. Elles ont ainsi permis à la France des victoires et des progrès gigantesques. Elles avaient certes de graves imperfections, mais sans commune mesure avec la déchéance radicale d’un régime qui a sombré dans la confusion, l’impuissance, la personnalisation narcissique et que plus rien désormais ne permet d’appeler la Ve République.

Oui, la réforme de la Constitution, pour rendre à la fonction présidentielle sa hauteur, replacer le Premier ministre au cœur de l’action gouvernementale sous le contrôle d’un parlement déterminé à le sanctionner en cas d’échec ou d’écart de comportement, restaurer le principe de responsabilité et de sanction, devrait être la grande priorité de l’heure. Le retour au septennat est une possibilité qui est loin de faire l’unanimité, mais il faudrait au moins clarifier le partage des rôles entre le chef de l’Etat et le chef de Gouvernement, restaurer le principe de responsabilité devant le Parlement de ce dernier et de sanction en cas d’échec de la politique dont il a seul la charge. Sinon, tout recommencera comme avant et les Français ne tarderont pas à s’en rendre compte.

 


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