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Impact politique de la victoire de M. Fillon aux primaires

mercredi 30 novembre 2016 - 13:21

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Ci-joint mon entretien de ce matin avec le site Atlantico, concernant les suites de la victoire de M. François Fillon aux primaires.

Le volet économique et social du programme de François Fillon est souvent critiqué car il serait incompatible avec les intérêts des classes populaires et moyennes. Dans quelle mesure cette analyse réduit-elle les personnes défavorisées à leur seule condition sociale ? L’économie est-elle vraiment la dimension qui détermine en priorité le vote de ces catégories ?

Il faut s’attendre bien sûr à ce que le programme économique et social de François Fillon soit caricaturé par ses adversaires et présenté comme « défavorable » à la classe moyenne et populaire. Le chiffon rouge qui sera agité à ce propos sera par exemple la suppression de l’ISF. Or, tout le projet du vainqueur de la primaire est axé sur une volonté de lutte contre le chômage et la relance de l’initiative privée et des créations d’emplois. Dès lors, il est bien dans l’intérêt des classes moyennes et populaires les plus touchées par ce fléau, en particulier les jeunes et les femmes. Pourtant, on ne peut pas nier que le projet économique et social de M. Fillon suscite des inquiétudes dans le pays, notamment sur les retraites, la sécurité sociale, la fonction publique. Le rejet du pouvoir socialiste est infiniment plus fort que cette inquiétude aujourd’hui. Mais jusqu’à quand ? Il ne faut jamais oublier que l’opinion est versatile. Dès lors, ce serait s’aveugler que d’ignorer cette inquiétude et de ne pas la prendre en compte. Qu’est-ce qui motive le vote des catégories populaires ? C’est l’attitude de l’Etat face à leurs situations personnelles ou familiales. Elles votent en fonction de leur perception de la manière dont l’Etat prend en compte leurs difficultés quotidiennes, leurs préoccupations et notamment leur angoisse sur l’avenir de leurs enfants. Elles attendent un Etat qui assume ses responsabilités en matière d’emploi, d’éducation, de retraites, de santé, de pouvoir d’achat, de logement, de sécurité, de cohésion nationale, de maîtrise des frontières. A l’inverse, elles condamnent des dirigeants qui à leurs yeux, faillissent à cette mission de protection. Elles votent en fonction de leurs attentes à cet égard.

Au regard de la sociologie électorale du référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, du référendum sur le Brexit et de l’élection de Donald Trump, peut-on considérer que les catégories les plus défavorisées, considérant qu’elles n’ont plus rien à perdre, optent pour la solution la plus radicale ?

Oui, tous ces événements ont un point commun. Et on pourrait aussi parler, auparavant, du non à la Constitution européenne par la France et les Pays Bas en 2005. Il faut y voir un geste de défiance envers le discours dominant des milieux dirigeants, une vision qui prône l’ouverture des frontières, la mondialisation, la société multiculturelle, la valorisation des minorités, l’individu roi, interchangeable, la table rase, et l’argent comme une valeur dominante. Il est clair que nous assistons dans le monde occidental à une réaction des milieux populaires, exclus des bienfaits de la mondialisation, contre ce mode de pensée dominant. Le drame du monde occidental tient au fait que les milieux dirigeants n’ont pas voulu entendre cette détresse. Cette indifférence ou cet aveuglement ont donc favorisé des expressions extrêmes dominées par les provocations, un discours de haine ou de fuite dans la démagogie ou le nationalisme de repli. Nicolas Sarkozy, en 2007, a tenté d’y apporter une autre réponse. Aujourd’hui, le succès de François Fillon correspond de toute évidence à l’espérance d’un discours et d’une politique qui tiennent compte du malaise populaire, à travers notamment la réhabilitation de l’Etat, des frontières, de l’autorité, de la nation, une nation à la fois ouverte sur le monde et protectrice. Le défi est immense car il n’a pas le droit de décevoir.

Quelles leçons pourrait-on en tirer pour la France ? Alors que le Front national semble désormais défendre le modèle existant, François Fillon peut-il, d’une certaine manière, paraître aux yeux de l’électorat populaire plus radical que Marine Le Pen ?

La difficulté de l’expérience Fillon, tient au fait qu’elle doit répondre à deux exigences d’apparence contradictoire: la libéralisation de l’économie française, pouvant être ressentie comme une variante de la mondialisation et la défense des valeurs traditionnelles, y compris autour de l’identité de la France. Il me semble dangereux, pour cette raison, de vouloir imposer soudain par le haut des réformes économiques et sociales nécessaires mais difficiles. Leur réussite passe par l’explication, la communication, le dialogue et surtout le respect du travail parlementaire, donc forcément la prise en compte des réalités de terrain et de la sensibilité populaire. Le recours au « 49-3 » ou à des formules expéditives serait suicidaire. En voulant trop bien faire, trop vite, le risque est d’aboutir à l’effet inverse recherché, de gigantesques mouvements sociaux, une succession de reculs dans une situation de chaos, un désastre politique entre 2017 et 2022, débouchant sur l’arrivée au pouvoir d’une forme ou d’une autre d’extrémisme démagogique en 2022, c’est-à-dire la destruction de toute l’œuvre accomplie. Attention : cinq années passent si vite…


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