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Comment M. Fillon peut-il gagner l’élection présidentielle?

mercredi 21 décembre 2016 - 5:41

000_ig3exVoici ma dernière contribution pour le site Atlantico. Elle concerne les élections françaises de 2017 et la candidature de M. François Fillon. Même s’il apparaît aujourd’hui comme le favori du scrutin présidentiel, sa position est fragile et complexe comme le soulignent de nombreux sondages. Le site d’information me demandait comment, de mon point de vue, il pouvait parvenir à dépasser les inquiétudes que suscite son projet économique et social et dépasser les contradictions qui nuisent à son image dans l’opinion. Les événements de Berlin ne font que me renforcer dans mes convictions: les présidentielles se joueront dans 5 mois avant tout sur le régalien, la sécurité, les frontières. Il faut d’ailleurs s’attendre à de nouvelles tragédies dans les mois qui viennent, en Europe, peut-être en France et à de nouvelles secousses telluriques dans l’opinion. Mais ne jamais perdre de vue qu’un président de la République, sans majorité parlementaire, est privé de quasiment tout moyen d’action. Les législatives, dont nul ne parle et ne paraissent intéresser personne car moins propice au grand spectacle médiatique, de fait, comptent au moins autant que les présidentielles.

Maxime TANDONNET

Dans un sondage Ifop pour Le JDD paru ce dimanche, le programme de François Fillon est jugé inquiétant par 62% des Français et 50% des sympathisants LR. Cette inquiétude est-elle justifiée ?

La France est dans une situation économique et sociale désastreuse avec ses 5,5 millions de chômeurs, ses gigantesques déficits et sa dette publique, le poids de ses prélèvements obligatoires, 47%, en hausse vertigineuse ces dernières années, son phénoménal matraquage fiscal. A côté, l’économie allemande est florissante, en situation de plein emploi, dégageant des excédants considérables. Sur le fond, François Fillon a profondément raison de vouloir rétablir le sérieux dans la gestion du pays et se rapprocher du modèle allemand. Aucun pays au monde ne peut consommer plus qu’il ne produit, sauf à sombrer dans la dépendance.Toutefois, la raison et la rationalité ne font pas toujours bon ménage avec la politique. Les propositions économiques et sociales de François Fillon ne sont pas l’essentiel en soi d’un point de vue politique. Ce qui compte sur le plan politique et ce qui jouera en définitive, c’est la manière dont elles seront perçues. Or, à cet égard, la position de M. Fillon est fragile. Il suffit d’un chiffre, d’une image, d’une sensation, pour provoquer des basculements vertigineux de l’opinion. Pour les oppositions de gauche ou d’extrême droite, il sera aisé de brandir un chiffon rouge et de manipuler l’opinion au point de provoquer un mouvement de rejet. Aujourd’hui, certaines des propositions de François Fillon font peur à une majorité de Français qui n’ont pas voté à la primaire, y compris du côté d’un électorat du secteur privé acquis à la droite modérée. C’est un fait indéniable dont il faut prendre acte. La France est une société malade, fragile, déchirée, profondément traumatisée par la vague d’attentats terroristes, par les scandales politiques, par l’exclusion due au chômage. Le terreau de la révolte et de vertigineuses surprises électorales existe. Ne pas en tenir compte serait une attitude suicidaire.

Par quels moyens François Fillon peut-il parvenir à rassurer ? Renoncer à la radicalité et à la rupture – qui sont ses principales marques de fabrique et qui lui ont permis de remporter la primaire de la droite – ne serait-il pas une stratégie risquée ?

En restant lui-même! En cultivant ce qui a fait sa force pendant la primaire. Le succès de François Fillon n’est pas tellement lié aux détails des propositions de son programme. Celui-ci était connu dès septembre 2015 avec la publication de son livre « Faire ». Or, la réussite de M. Fillon s’est affirmé dans les semaines qui ont précédé les primaires. Elle repose sur une impression forte qu’il a su imposer pendant la « guerre éclair » des primaires, notamment lors des débats télévisés: attachement aux valeurs traditionnelles de la France, à travers son soutien aux chrétiens d’Orient, image de sérieux de son projet économique et social et dans sa vision de la diplomatie, axée sur le dialogue avec la Russie, projet d’Europe des Nations, autorité et sécurité, une apparence de sobriété, de modestie et de probité contrastant avec les exubérances vaniteuses de la classe dirigeante que les Français ne supportent plus. C’est tout cet ensemble, de l’ordre de l’impression, qui explique sa réussite. Il doit donc s’ancrer dans cette image de modération, de capacité d’écoute des Français, d’attachement aux principes nationaux, à la source de son succès. Cela ne signifie en rien qu’il lui faille renoncer aux mesures nécessaires pour le redressement du pays. Toutefois, il ne faut pas qu’il apparaisse dans un rôle autocratique, déterminé à imposer unilatéralement un catalogue précis et détaillé préconçu à l’avance qui donnera prise à toutes les manipulations des oppositions de gauche et d’extrême droite. Sa réussite finale passe par l’explication et la volonté de dialogue avec les Français. La hauteur de la mission présidentielle doit guider sa politique. D’ailleurs, il semble fondamental , au regard des expériences récentes, de sortir de la confusion des rôles. Le chef de l’Etat fixe un cap, protège les Français et prépare le destin du pays. Le programme détaillé et précis du futur quinquennat législatif ne peut procéder, dans une démocratie normale, que d’une majorité parlementaire et d’un futur Premier ministre. Retrouver cette hauteur présidentielle, dans le discours et la pratique, est la clé de la réussite d’un futur chef de l’Etat.

Cette entreprise visant à rassurer les Français et une partie de son électorat sur son programme ne risque-t-elle pas d’être rendue difficile par certains candidats à la présidentielle qui pourraient surenchérir en un front commun sur la casse du modèle social ?

Nous allons vers une période extrêmement difficile pour François Fillon et tous ceux qui le soutiennent. Il sera pris dans le feu croisé de la gauche socialiste et de l’extrême droite. Il va devenir de toute évidence le nouvel épouvantail des milieux politiciens et tous les coups seront permis. Rien ne va lui être épargné. Son projet économique et sociale sera passé au crible de ses deux adversaires. On va évidemment l’accuser de thatchérisme, et dénoncer ses supposées intentions de casser le modèle social. Il va être insulté en permanence, traité de réactionnaire par la gauche et de faux jeton par l’extrême droite. Même sur le plan personnel, il sera inévitablement traîné dans la boue. Il va devenir le point de mire des attaques de l’ensemble des autres candidats. L’avalanche de critiques et d’accusation qu’il risque de subir pourrait ensevelir assez vite le souvenir de sa victoire aux primaires. En somme, son élection en mai 2017, dans un climat où l’opinion est extrêmement volatile et imprévisible, est loin d’être acquise. Sa grande chance est justement le statut de paria qui ne va pas manquer d’être le sien. Sans avoir besoin de s’autoproclamer « anti-système » à l’image de nombreux politiques actuels, il pourrait, à force de devenir le souffre-douleur de la classe politique, de l’extrême gauche à l’extrême droite, s’attirer la sympathie de l’opinion ce qui serait son meilleur atout en mai 2017.


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