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Lueur de dignité

samedi 4 juin 2016 - 8:19

4184552lpw-4184598-jpg_3584268Nous vivons une période de chaos mental phénoménal. Tous nos repères intellectuels et politiques sont brouillés. La France politique n’est que trahison, manipulation, polémique, mensonge, amalgame, gagnée par un sentiment de nihilisme, de destruction des valeurs, de l’éthique, du sentiment d’un bien commun. Il nous semble, aux uns et aux autres, que la France est entrée dans une phase totalitaire où toute considération s’efface devant le culte d’une poignée de personnages médiocres, imbus d’eux-mêmes, d’un ego boursouflé, obsédés par la conquête ou la préservation des attributs du pouvoir, prêts à n’importe quel sacrilège, crime contre l’intérêt général et destruction,  pour satisfaire leur instinct de vanité.  Le saccage de la mémoire, c’est-à-dire le socle de l’identité collective, tel qu’il s’est exprimé autour des polémiques de Verdun ce mois dernier, en est un signe patent. Mais pourtant, dans ce maelström destructeur, des voix raisonnables se font entendre. Il est plaisant et agréable d’entendre où de lire des paroles d’individus qui gardent la tête froide refusent de sombrer dans la folie collective. Sur un sujet qui ne fait pas la une de l’actualité, j’ai aimé cette interview de Tristan, petit-fils de Pierre Mendès France. Il s’indigne de ce que la droite extrême s’amuse à récupérer la mémoire de son ancêtre. Il a profondément raison. Je trouve moi aussi ce genre de récupération d’un mort à des fins politiciennes ignoble. Je comprends sa colère et la partage.   Ce type de procédé – faire voter un mort – se rattache au climat de folie nihiliste ambiante qui déferle comme un tsunami sur le pays.  Mais surtout, j’ai beaucoup apprécié la leçon de respect, de modestie et d’intelligence qui nous est donnée à la fin de cette interview:

« Selon vous, qui incarne le mieux l’ambition réformatrice de PMF en 2016 ?

J’en reviendrai à ce que je vous disais au début. Dans ma famille, nous nous interdisons de nous exprimer en lieu et place de PMF. Pour une raison simple : nous ne savons pas ce qu’un mort aurait pu penser de la France, plus de trente ans après sa disparition (PMF est décédé en 1982, NDLR). Si l’on veut préserver la puissance d’un personnage public, défendre l’intégrité de son message, nous ne saurions interpréter sa pensée. C’est aux historiens de le faire. Quand on est de la famille d’un homme tel que Pierre Mendès France, on ne peut se permettre de parler en son nom. »

Je trouve cette conclusion magnifique de réserve, de calme et de raison, par contraste avec la démence qui s’est emparée « de la France d’en haut ». Et si tout commençait par le respect dû aux morts?

Maxime TANDONNET

 


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