
En 2017, Emmanuel Macron voulait dépasser le clivage gauche-droite et parlait de nouveau monde. Face au relatif échec de sa stratégie, il s’est posé en rempart contre le RN. Affirmant d’un côté que le parti n’était pas républicain et qu’il était en mesure de gagner. A la lumière des élections régionales, cette rhétorique est-elle encore tenable ? Est-il encore possible d’utiliser le RN comme épouvantail ?
Les élections régionales peuvent en effet avoir un impact important sur l’équilibre politique des forces en présence. S’il se confirme que le RN ne gagne aucune région, pas même PACA, cela jette un fort doute supplémentaire sur les chances de Mme le Pen aux élections présidentielles. Un tel résultat risque de dessiller les yeux de nombreux électeurs qui voyaient en elle la chance essentielle d’éviter un second quinquennat Macron. Il infirmerait le matraquage médiatique à l’œuvre depuis dix ans sur la « dédiabolisation » et la « fin du plafond de verre ». Si tout cela est confirmé au second tour des régionales, l’utilisation macronienne du RN comme épouvantail devient en effet beaucoup plus incertaine. Les cartes peuvent être rebattues dès lors que LR redeviendrait aux yeux d’une grande partie de l’opinion le principal opposant au pouvoir macronien. Encore que cela ne soit pas gagné : les LR doivent éviter de retomber dans le danger de la guerre des chefs en vue de la conquête de l’Elysée et s’entendre sur une ligne claire répondant aux préoccupations de la majorité des Français sur la sécurité, la maîtrise des frontières, le chômage et un thème fondamental, celui de la démocratie et des libertés, délaissé par tous les partis. Nous n’en sommes pas encore là.
Sans la menace du RN, Emmanuel Macron dispose-t-il encore d’arguments pour séduire un électorat de gauche et de droite qui ne lui sont pas acquis ?
Le macronisme est avant tout un mode de communication fondé sur une image de jeunesse, de modernité et de réformisme. De fait, l’élection du président Macron en 2017 reposait sur quelques mythes, la transformation de la France, l’exemplarité et le combat contre le « populisme ». Or, le « nouveau monde » promis semble à des années-lumière après les affaires (Benalla), la crise des GJ et l’épidémie de covid 19. Au centre de cette vision, la lutte entre le bien progressiste et le mal nationaliste devait se substituer au vieux clivage droite gauche. Cette approche reposait sur une extrême personnalisation, une auto sublimation de lui-même en tant que héros du bien face au RN comme incarnation du populisme. Les élections régionales ont souligné les limites de ce schéma. De fait, l’expérience actuelle repose sur une mystification. Le fond de la politique est dans la continuité du socialisme : explosion de la dépense publique et de la dette, aveuglement en matière de sécurité et d’immigration, libéralisme sociétal. Cependant, la posture est en revanche plutôt de droite à travers une image autoritaire, sous réserve de clins d’œil lancés aux jeunes comme l’invitation des youtubeurs à l’Elysée. M. Macron peut difficilement choisir de pencher d’un côté ou de l’autre. Il ne peut être réélu qu’en mordant sur les deux électorats, de gauche et de droite fidèle au « en même temps » et en pariant sur son rayonnement personnel pour transcender ce clivage.
A l’approche de 2022, et face à l’échec relatif de ces stratégies, que peut inventer ou utiliser Emmanuel Macron pour l’emporter à l’élection ?
Il sera difficile au président Macron de renouer avec les chimères de 2017 en particulier le renouvellement de la classe politique au regard de l’échec de LREM. En 2017, il a opportunément pris appui sur le « dégagisme » qui imprégnait l’air du temps après la déstabilisation de la candidature Fillon. En 2022 l’air du temps est à la résignation, au fatalisme, au scepticisme et au triomphe de l’abstentionnisme. M. Macron peut compter sur l’indifférence pour l’emporter. Pourquoi un autre plutôt que lui ? A cet égard, sans doute va-t-il persévérer dans la personnalisation à outrance et tenter d’incarner un autre personnage, garant de la continuité et de la stabilité face au risque du chaos. Il ne pourra pas rejouer l’air du nouveau monde et de la transformation de la France. Il peut en revanche compter sur le désenchantement général et le désintérêt des Français envers la politique et espérer que par routine, ils voteront pour le candidat en place faute d’alternative crédible. Se présentant en garant de l’ordre, le « chef de guerre » qui a fait traverser à la France l’épreuve du covid 19, il peut ainsi séduire les 22% de premier tour qui lui permettront d’être présent au second et pourquoi pas, toujours face à Mme le Pen même si cette perspective est moins assurée depuis les régionales.


