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Discussion politique

dimanche 8 avril 2018 - 10:25

J’ai eu récemment un long échange téléphonique avec une personnalité politique du camp des républicains. Mon compte-rendu, reconstitué de mémoire, en est strictement authentique, je le certifie sur l’honneur. Il est important car il témoigne de la difficulté des jours à venir.

  • Mon cher,  que pensez-vous de la situation générale?
  • Elle est dramatique. Nous avons un pouvoir politique qui ne cesse de fuir dans l’illusion et les manipulations, jouant sur l’effet d’abrutissement d’un pays qui ne croit plus en rien et qui fait naufrage.
  • C’est-à-dire?
  • Vous le savez comme moi: la situation catastrophique des banlieues, dont plus personne ne parle, le chômage de masse, la pauvreté, l’endettement public, l’explosion du communautarisme islamiste, le terrorisme, 250 morts en France sur trois ans, la crise migratoire, l’effondrement général du niveau  scolaire… Tout n’est plus que gesticulation, polémique et mensonge pour faire croire au mouvement alors que la politique du pays s’enfonce dans les pires travers qui l’ont entraîné là où il est, laxisme financier, écrasement fiscal, négation  de l’Etat de droit, renoncement face à la violence.
  • Vous êtes un peu pessimiste…Les gens attendent autre chose que du pessimisme.
  • Qualifier de pessimisme ce qui n’est que réalisme, simple constat factuel, est la quintessence de la bêtise moderne. Un peu comme la masse et les élites qui ne voulaient rien voir entre 1933 et 1940, bref, le troupeau bêlant.
  • Vous proposez quoi au fond?
  • Je suis pour une révolution de l’intelligence politique. Il faut dénoncer l’effondrement intellectuel de la France, à travers le culte de la personnalité, le culte du chef,  l’effondrement de la culture politique dans l’émotionnel, d’amour ou de haine, qui se développe sur le terreau de la bêtise politique et qui interdit la réflexion et les débats de fond.
  • Les Français ont toujours eu besoin d’un chef pour les guider. Il n’y a pas qu’au Front national ou chez LREM que le chef incarne l’avenir. Nous aussi devons nous donner un chef. Le besoin d’un chef à aimer, à adorer et auquel obéir est partout, au coeur de toute vie politique aujourd’hui comme hier.
  • Les Français ne sont pas aussi cons que vous ne semblez le penser.
  • Ce n’est pas ce que je dis, mais je vois bien les militants au quotidien, il veulent un leader, un chef à aimer, à applaudir, à aduler, auquel confier leur destin, c’est ce qu’ils attendent de nous. Il en a toujours été ainsi.
  • Les militants ne sont pas la France.
  • Qu’est-ce que vous proposez?
  • Je propose qu’on arrête de se ridiculiser en pensant tout le temps en termes du prochain président de la République. Organisez la politique autour du débat d’idées et du projet d’avenir, c’est la seule chose qui doit compter aujourd’hui!
  • Du débat d’idées, il en faudrait! Mais ce n’est pas là que les choses se jouent. Vous n’empêcherez pas que toute la vie politique  est de fait en train de s’organiser autour de la prochaine élection présidentielle! Il y aura le Pen et Macron en 2022. A nous aussi de trouver notre chef pour proposer une alternative. C’est le chef qui compte. Et chez nous, des écuries sont en train de se constituer en vue des prochaines échéances autour des chefs, chacun est en train de choisir son camp! Il y a déjà les écuries P…, W…, R…, B… C… Tout le monde choisit son camp. Une lutte titanesque se prépare. C’est la vie que voulez-vous.
  • Même C se prépare…?
  • Ben oui, lui aussi, qu’est-ce que vous croyez?
  • Mais enfin, il faut se projeter dans 4 ans! Il y aura une gigantesque rejet  du pays envers le culte narcissique de la personnalité et l’idée de chef providentiel. Les Français seront au fond du gouffre. Ils demanderont autre chose qu’un chef providentiel. Ou alors ils préféreront l’original à la copie! On ne peut pas jouer en permanence sur l’indifférence, l’apathie, la perte de l’intelligence politique. Il y a des limites à ce qu’un pays peut supporter! Et puis, si l’on en revient, en 2022 à une nouvelle bataille de pitres vaniteux, ce sont quoi qu’il arrive,  les médias et les juges  qui choisiront leur champion, comme en 2017! Vous vous ferez niquer une fois de plus. Et le dégoût des Français atteindra de nouveaux sommets.
  • Mais ce sont les institutions qui reposent sur l’idée du chef et qui veulent cela!
  • Si les institutions entraînent la France à l’abîme, il faut les changer, sauf à vouloir marcher à l’abattoir comme un troupeau de moutons.  D’ailleurs, les institutions ont été trahies, dévoyées, bafouées, empoisonnées, tout ceci n’a plus rien à voir ni avec la Ve République, ni même avec l’idée de République d’ailleurs, res publica, la chose publique, l’intérêt général. Nous n’avons qu’une chose à faire pour l’instant: repenser collectivement les fondements mêmes de la politique française.
  • Mais il y a quand même eu de Gaulle!
  • Tout individu osant se prendre pour le Général, aujourd’hui, où espérant l’imiter d’une manière ou d’une autre, est mûr pour l’hôpital psychiatrique et la camisole de force. Je le dis comme je le pense.
  • Et puis, le débat d’idées est secondaire en politique moderne. Quant au mot « collectif », il est devenu maudit, il les révulse, ils en ont horreur. La politique est devenue une affaire de leader charismatique, d’image et de spectacle. Et c’est le meilleur qui gagne.  Le mot collectif leur donne la nausée à tous. Tous n’ont pas le moindre doute d’être le meilleur. Ils sont chacun dans son coin à préparer son accession inéluctable à l’Elysée. Que voulez-vous que je vous dise?
  • Au fond, nous sommes dans le système Badinguet.
  • Badinguet?
  • Oui, Louis-Napoléon Bonaparte, Napoléon-le-petit. Et je pense aussi à bien pire dans l’histoire.
  • Je vous ai compris.
  • Au fond, la France, tout le monde s’en fout.
  • Pourquoi me dites-vous cela à moi et sur ce ton? Je sais que vous avez raison…

Maxime TANDONNET

 

 

 

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