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2017, la vraie question

samedi 28 mai 2016 - 8:41

DSC01257Ci-dessous, un échange prélevé sur un « réseau social », entre moi-même et deux intervenants, A et B, à la suite de mon billet d’hier (le chaos politique). Je le cite sans prétendre avoir raison ni détenir la vérité:

  • A : Le pauvre écoute trop les nouvelles. Combien de gens ont dit depuis 30 ans « cette fois ça va péter » il terminera pas son mandat » … et…rien. la crise de la représentation est un cliché. Sinon les candidats ne demanderaient pas d’investiture.
  • B : La posture de l autruche est sûrement plus sécurisante que cette analyse…
  • A : Ce n’est pas une analyse et ce n’est pas l’autruche. Entre la politique de l’autruche et le café du commerce, il reste beaucoup de place pour la réflexion.
  • Moi : C’est dommage, vous savez, on apprend des choses intéressantes au « café du commerce », par exemple pourquoi 89% des Français sont écoeurés de la politique (cevipof), 30% votent le pen ou mélenchon, 50% ne votent plus du tout… Je ne dis pas que c’est aussi intelligent que vos « réflexions » bien sûr…
  • A : Pardon du caractère désobligeant de mon message un peu rapide. Je lis souvent vos analyses que je partage plus ou moins mais généralement denses. J’ai le plus grand respect pour l’opinion populaire qui est pour moi la source de la vérité politique. Mais en revanche, c’est votre texte qui ne m’a pas convaincu. Depuis 30 ans, combien de gens ont écrit la même chose, que le désaveu est immense, que ça ne peut plus durer et …il ne s’est rien passé.

Mon sentiment est que tout ce que l’on voit en ce moment n’est pas à la hauteur des enjeux: la prolifération des candidats aux élections présidentielles les morceaux de programmes qui sortent un peu partout, notamment à travers des livres. Tout cela passe à côté de l’essentiel. Le seul vrai sujet est celui de la nature de la politique, le gouvernement de la cité. Nous vivons en permanence dans la posture et la communication. Même dans la crise sociale et le blocage actuel du pays, l’enjeu fondamental, pour ses dirigeants du pays, est d’essayer de paraître en hommes d’autorité, comme lors du débat autour de la déchéance de nationalité. Je crois, en mon fors intérieur, que le fond n’a strictement plus la moindre importance. Nous voyons ainsi le sens du bien commun et de l’intérêt général pris en otage par l’obsession de l’image personnelle. Ce phénomène ne s’explique pas seulement par l’appétit des privilèges et des prébendes, l’obsession de conserver une place dans les Palais de la République, les palaces, les voyages, les indemnités. C’est une erreur de le penser. Cela va beaucoup plus loin, de l’ordre du psychisme, sinon de la psychiatrie: une manière de s’éterniser en « inscrivant son nom dans l’histoire », nonobstant toute prise en compte du monde réel.  Les investitures, les projets et le programmes ne servent strictement à rien dès lors qu’ils sont tacitement destinés à servir une image personnelle quelle qu’elle soit. Il suffit alors d’un coup de gomme pour les effacer une fois au pouvoir et de passer à une autre histoire, une autre légende, ou bien d’une jolie manipulation pour faire semblant d’agir sans rien changer (rien de plus simple). Autrefois, la politique était bien davantage tournée vers la volonté de servir son pays. Je songe à l’époque des Léon Gambetta, Pierre Waldeck Rousseau, Raymond Poincaré, André Tardieu, Jules Moch, PMF, de Gaulle, Pompidou. Les institutions, la présidentialisation à outrance de la vie politique au détriment de tout le reste (qu’est-ce qu’un ministre? qu’est-ce qu’un parlementaire?) sont en partie responsable de cette dérive qui s’explique aussi par la sur- médiatisation des choses et l’évolution générale de la société vers l’individualisme narcissique auquel les politiciens n’échappent pas. Or ce phénomène de fuite dans l’ego, l’intuition populaire le perçoit. L’impression qui s’en dégage est celle que responsables politiques se servent avant tout eux-même. D’où le rejet viscéral du politique qui monte dans le pays. Bien sûr le sujet est extrêmement complexe. Il ne se traduit pas en promesses ou en programme, mais dans un état d’esprit général, une prise de conscience: en finir avec la personnalisation du pouvoir, la mégalomanie politicienne  et replacer l’intérêt général au cœur de la vie publique, le faire avant le paraître. Cette sensibilité, pour ma part, je ne la retrouve aujourd’hui dans aucun des politiciens qui hantent nos écrans de télévision.

Maxime TANDONNET

 

 

 

 


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