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[Tribune] Pierre Gentillet : LR, pour quoi faire ?

Si l’évènement est plutôt passé inaperçu du grand public, il a mobilisé quelques initiés et observateurs : le second tour de l’élection à la présidence des LR doit donner ce dimanche un chef au parti qui cherche à incarner la « droite du panache ». L’évènement est passé inaperçu car depuis 5 ans, LR est comme sonné, paralysé, bloqué dans une boucle temporelle dont il n’a pas su ou voulu sortir.

La réalité du jeu politique s’écrit aujourd’hui sans eux.

Emmanuel Macron n’est ni un météore ni un feu de paille comme l’espéraient les dirigeants de la droite, mais a su fidéliser un électorat en partie originaire des Républicains. Et le système politique devient tripartite : avec un bloc de gauche illibéral et libertaire, un de centre libéral-libertaire, et un autre de droite (ou national diront certains) illibéral et plutôt conservateur, les LR n’ont plus la possibilité d’occuper une place de premier plan dans ce nouvel espace.

Les Républicains nous rappellent que les partis mettent du temps à mourir

Le parti doit sa relative exposition médiatique à son enracinement dans ce qu’il est désormais convenu d’appeler « les Territoires ». Sauvés par le COVID et les 30 % de participation aux élections locales, ses maires tiennent. Premier groupe au Sénat, premier réseau de maires, de conseillers départementaux, de conseillers régionaux… Les Républicains est un vaste parti d’élus. Comme l’était l’UDF après la présidence de Giscard d’Estaing. Comme l’est encore, d’une certaine manière, le parti communiste ou plus franchement le parti radical de gauche. Comme le fut le CNIP sous le Ve République… Les Républicains nous rappellent que les partis mettent du temps à mourir.

L’attachement au député, au maire et à la figure rassurante de l’élu local, assure le maintien d’un réseau et d’une empreinte médiatique. On le constate au Sénat où les Républicains possèdent le groupe le plus important.

Or, passé ce constat, depuis 2017 le socle électoral du parti a fondu et ne cesse de décroitre quand on parle d’élections dépassant 50% de participation. Déroute de François-Xavier Bellamy (8%) aux européennes de 2019, crash mémorable de Valérie Pécresse (4%) et division par deux du nombre de ses députés en 2022.

LR est un astre mort qui s’ignore.

Si l’asphyxie est électorale, elle est aussi idéologique. Sur le fond, rien ne sépare plus le discours de LR de celui de Macron. A l’exception notable d’une thématique qui pourrait faire le lit de son évolution : l’immigration. « Urgence à reprendre le contrôle des flux migratoires » pour Retailleau », crainte d’un « Grand Remplacement » selon Eric Ciotti : sur le sujet, les lignes ont bougé.

L’identité heureuse d’Alain Juppé a définitivement disparu, même le très insipide Aurélien Pradié souhaitait réduire l’immigration a minima de moitié lors de la campagne interne. Mais LR est-il encore audible ? Les électeurs savent gré au RN d’avoir été en pointe sur ces questions depuis quarante ans. Quelle légitimité reconnaitront-ils aux LR qui ont failli lorsqu’ils étaient aux affaires ? A priori, aucune.

Ce parti ne semble plus aujourd’hui avoir d’autres finalités que sa propre subsistance

Leur reste-t-il dès lors un espoir ? Pourquoi le cadavre est-il toujours debout avec autant de volonté de vivre ? Ce parti ne semble plus aujourd’hui avoir d’autres finalités que sa propre subsistance. Il se réclame encore du gaullisme – alors que cet héritage politique que représentait le RPR avait déjà été dilué à la fondation de l’UMP en 2002. Qu’il révise alors ses livres d’histoire. Quand le général de Gaulle fondait le RPF en 1947, il lui attribuait non pas un programme mais des objectifs. Le parti n’était qu’un outil pour la réalisation d’un but politique.

Quel but politique poursuivent aujourd’hui les Républicains ? Quels sont ses objectifs ? Dans l’incapacité de répondre à ces questions élémentaires, c’est tout simplement sa finalité à exister- et finalement son existence- qui est aujourd’hui mise en cause.

Un parti n’est pas une conviviale d’élus locaux, ni un refuge de carriéristes, ni le fourre-tout de la complaisance politicienne. C’est par nature une grande individualité collective qui advient par des circonstances particulières et, redisons-le, en vue d’atteindre des objectifs précis – car l’époque nous place face à des défis qui lui sont propres. Au XXe, la droite dût tour à tour affronter le risque communiste et conjurer la déliquescence de l’Etat. Et elle y parvint avec un certain succès.

L’époque nous défie de nouveau mais la menace est différente.

La droite doit désormais affronter la submersion migratoire de l’Europe, le déclassement général de la France, la crise de l’inflation et la frénésie égalitaire woke qui secoue l’Occident. Marqués par ses renoncements, ses forfaitures lorsqu’il était aux affaires, son incapacité à renouveler son discours et ses hommes et l’archaïsme de son discours, il est probable que les Républicains n’incarnent pas la droite du XXIe siècle.

Le 6 décembre dernier, Bruno Retailleau annonçait que s’il était élu, une grande consultation interne serait organisée pour savoir si les militants approuveraient l’alliance avec le macronisme. Chiche pour la même question de l’autre bord de l’échiquier politique ?

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Author: Valeurs Actuelles