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[Tribune] La corrida est une exception cruelle : elle n’est ni la ruralité, ni notre identité !

Je mange de la viande avec plaisir, je m’oppose résolument à la fin de la pêche et de la chasse, je suis pour le nucléaire et pour le rétablissement de frontières nationales protectrices. Je suis contre la régularisation des clandestins. De plus, je ne vénère pas les moustiques… Tout m’oppose à Aymeric Caron, de près de loin, sur le fond comme sur la forme, à pied, à cheval ou en voiture diesel, je n’ai pas le début du commencement d’un semblant d’affinité pour le député de La France Insoumise, apôtre d’un antispécisme décomplexé et outrancier. D’ailleurs, ce dernier est illégitime à porter le combat de la condition animale, refusant de s’engager pour interdire l’abattage sans étourdissement préalable.

Pourtant, je voterai sa proposition de loi pour abolir la corrida en France.

La corrida est une anomalie de l’Histoire et de notre culture. Elle est un fossile des âges sombres qui bouge encore malgré les avancées et les progrès de notre civilisation. Certains y voient le « noble » et ancestral combat entre l’Homme et la nature, quelques autres tentent de justifier maladroitement cette pratique par la mise en scène théâtrale et « magnifiée » de la mort. Dans la bouche du pathétiquement célèbre Olivier Marleix, capitaine en guenilles du radeau des députés LR à l’Assemblée nationale, le taureau est même desanimalisé et serait un fauve qui ne souffre pas : « le seul qui risque sa vie dans l’arène c’est le torero ! » Comme disait ma grand-mère : il vaut mieux entendre ça que d’être sourd !

Ce débat sur la corrida ne date pas d’hier. Il n’est pas né dans les programmes écologistes ou dans les salons parisiens de quelques bobos écervelés.

Pour des millions de Français lucides et attachés à la dignité animale, la corrida est une infâme cruauté.

La corrida n’est pas seulement la mise à mort d’un bovin. Depuis que l’Homme est Homme, il a toujours tué des animaux pour se nourrir, se vêtir ou se défendre. Ce qui vient choquer et percuter notre époque, c’est la souffrance animale érigée en spectacle. Aucun esprit raisonnable ne songerait à martyriser un chat dans un bac à sable en lui plantant des aiguilles dans le dos, en attendant qu’il se vide de son sang pendant vingt minutes avant de l’achever de plusieurs coups de couteau. Si cette scène effroyable était diffusée sur les réseaux sociaux, elle ferait hurler au rétablissement de la peine de mort les plus plus pacifiques des boudhistes. Cette même barbarie est pourtant toujours autorisée en France dans quelques territoires avec des taureaux comme victimes.

Victor Hugo écrivait : « Torturer un taureau pour le plaisir, pour l’amusement c’est beaucoup plus que de torturer un animal, c’est torturer une conscience ! ».

En effet, au-delà de la question fondamentale du bien-être animal, le maintien de cette invraisemblable séance de torture vient souiller notre humanité et dégrader le rapport que nous entretenons avec le vivant. Quel est l’exemple que nous renvoyons au jeune public ? Quelles valeurs de civilisations défendons-nous quand des applaudissements viennent rythmer l’agonie d’un animal sacrifié ?

Ce débat sur la corrida ne date pas d’hier. Il n’est pas né dans les programmes écologistes ou dans les salons parisiens de quelques bobos écervelés. La première condamnation de la corrida remonte à 1567 quand le Pape Pie V dans une bulle pontificale « De salute gregis dominici » condamne de façon très claire et même violente toute personne, de quelque statut social ou royal, qui participe ou assiste à une corrida avec mise à mort. Il faudra attendre le 21 août 1853 pour que les Français découvrent la corrida  » à l’espagnole » introduite par l’épouse ibérique de l’empereur Napoléon III. En définitive, la corrida n’est pas une tradition ancestrale et n’est pas française.

L’interdire ne fragiliserait pas notre édifice identitaire ou notre roman national.

La défense de nos terroirs, de notre « vivre-en-France », de notre culture, de notre mode de vie, de notre patrimoine, de nos racines chrétiennes, ne passera jamais par le maintien de cette exception cruelle.

Si nos compatriotes du Gard, des Pyrénées Atlantiques, des Landes ou de l’Hérault sont légitiment attachés à leurs ferias, il convient de dissocier la préservation souhaitable des fêtes locales de cette corrida qui ne résume pas les festivités chamarrées.

C’est un mensonge d’affirmer que l’abolition de la corrida viendrait miner les traditions locales et plomber l’économie des territoires concernés. En effet, les villes de Bayonne, d’Arles et de Nîmes n’ont guère besoin des aficionados pour vivre du tourisme chaque année. Et ces mêmes aficionados pourraient trouver plaisir à faire vivre leur culture locale sans passer par la case d’une arène ensanglantée.

Autre confusion entretenue par les pro-corrida : elle serait le symbole de la ruralité qui lutte contre la France des villes et le centralisme parisien. Non ! La ruralité n’est pas la souffrance animale ! Non ! La défense de nos terroirs, de notre « vivre-en-France », de notre culture, de notre mode de vie, de notre patrimoine, de nos racines chrétiennes, ne passera jamais par le maintien de cette exception cruelle. Au-delà des projets parallèles délirants de l’auteur de cette proposition de loi, l’abolition de la corrida n’est pas le prélude à l’interdiction de la chasse ou à la fermeture des élevages.

Alors que la société française semble avoir tranché sur la corrida avec 70 à 80% de concitoyens favorables à l’interdiction selon les différentes enquêtes et études d’opinion, alors que tous les électorats sont partisans de l’abolition, il serait regrettable que le Parlement n’entende pas la voix et la sagesse des Français.

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Author: Valeurs Actuelles