Valeurs Actuelles relais de brèves

[Stainville] Macron, les éditocrates et ChatGPT

Faut-il s’en indigner ? Y voir un scandale démocratique ? La presse a toujours eu table ouverte à l’Élysée. François Hollande, qui se faisait fort d’être un président normal, textotait avec le premier plumitif venu. Il était si certain d’avoir les bonnes grâces de ces journalistes de révérence, qu’il eut l’imprudence de croire que Gérard Davet et Fabrice Lhomme – pour ne citer qu’eux –, ne feraient rien des confidences qu’il leur livrait souper après souper.

On ne connaît que trop la suite : Un Président ça ne devrait pas dire ça (Stock), livre dévastateur pour le petit télégraphiste de l’Élysée, bientôt obligé d’abdiquer l’idée de pouvoir se représenter. Les Français, en même temps qu’ils découvraient les prophéties apocalyptiques de leur président – « la partition », c’est maintenant – voyaient étaler au grand jour l’extraordinaire schizophrénie d’un pouvoir, si prompt à exprimer publiquement sa foi dans le « vivre-ensemblisme » quand il tenait des discours inverses en privé.

« Moi je ne ferai pas des journalistes mes confesseurs, je ne leur ferai pas visiter les coulisses ni les cuisines»

Emmanuel Macron ne connaît que trop les journalistes. Mais contrairement à son prédécesseur, combien de fois a-t-il juré qu’il les tiendrait à distance : « Moi je ne ferai pas des journalistes mes confesseurs, je ne leur ferai pas visiter les coulisses ni les cuisines », avançait-il entre les deux tours de la présidentielle de 2017. Une manière de signifier que le Palais leur serait moins accessible. Voilà pour la promesse jupitérienne.

Dans les faits ? À défaut de pouvoir compter sur le soutien de la presse sinon pour sauver la République de la « menace » Le Pen, Emmanuel Macron sait pouvoir compter sur une part non négligeable de la profession : ce sont les éditorialistes. Ils ne sont pas les plus nombreux, mais leur influence qui va de pair avec l’exposition médiatique dont ils disposent, suffit à laisser croire qu’ils font la pluie et le beau temps. Ce sont des gens pleins d’eux-mêmes et de la chance qu’ils ont de côtoyer, à l’occasion, le Président. Et s’ils ne sont plus depuis longtemps poudrés et perruqués, ils ont toutes les manières des courtisans.

Emmanuel Macron le sait bien. Aussi leur a-t-il fait don de sa personne le temps d’un déjeuner secret à l’Élysée, histoire qu’ils assurent le service après-vente d’une réforme des retraites sans que le président lui-même n’ait à s’exposer. Le pacte ? Des formules ciselées par le chef de l’État qu’ils pourraient reprendre à leur guise sous réserve qu’aucun ne révèle l’identité de son illustre auteur ni n’ébruite l’existence de ce déjeuner. Une instrumentalisation de la presse avec la connivence reconnaissante de ces éditocrates, ravis de pouvoir se compter parmi l’élite et de partager ses intrigues et ses secrets.

C’est qu’en déléguant notre cerveau à une machine intelligente, l’opinion n’en sera que plus soumise au politiquement et à l’informatiquement correct de ces concepteurs. L’algorithme, sous une apparence de neutralité, se fait fort d’empêcher les pensées dissidentes tout privilégiant le prêt-à-penser progressiste et wokiste.

C’était sans compter sur les révélations de Politico. Si les éditorialistes eux-mêmes en viennent à trahir le pacte élyséen, au point que ce rendez-vous secret alimente depuis les discussions dans les cafés et les manifestations, Emmanuel Macron peut encore compter sur l’intelligence artificielle pour fabriquer l’opinion.

Depuis quelques semaines, ChatGPT a fait son apparition en France. Une révolution dont on peine à entrevoir les vertigineuses promesses, mais dont on peut deviner l’usage que pourrait en faire le pouvoir qui ne pourrait même plus compter sur la bienveillance de ses éditocrates. C’est qu’en déléguant notre cerveau à une machine intelligente, l’opinion n’en sera que plus soumise au politiquement et à l’informatiquement correct de ses concepteurs. L’algorithme, sous une apparence de neutralité, se fait fort d’empêcher les pensées dissidentes tout privilégiant le prêt-à-penser progressiste et wokiste. Le monde rêvé d’Alain Minc : le cercle de la raison à portée de clics. On aurait tort de ne pas s’en inquiéter.

Lire la suite sur Valeurs Actuelles ...

Author: Valeurs Actuelles