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[Stainville] Immigration : et si l’on écoutait Pierre Brochand plutôt qu’Elisabeth Borne, Gérald Darmanin et tous les autres…

Elle a ouvert le débat. Pour mieux le refermer. « Humanité et fermeté ». Elisabeth Borne ne pouvait mieux résumer l’incapacité de la France à reprendre en main sa politique migratoire qu’en fondant sa prochaine loi immigration sur ces deux piliers que tout oppose. Dans cette recherche d’équilibre improbable, on sait à l’avance que l’humanité l’emportera sur la fermeté. Voilà quarante ans que les politiques se succèdent et reprennent ce même refrain sans que les lois qui s’empilent – ce sera la 19e depuis 1980- ne changent rien à l’affaire, sinon à la marge, sinon en aggravant la situation.

Déjà, certains avancent, Michel Onfray en tête, qu’« une guerre civile à bas bruit » est à l’œuvre en France. Notre maison brûle et nous regardons ailleurs : un jour, c’est l’Ukraine et la menace nucléaire. Un autre, la forêt amazonienne. A chaque fois, le débat sur l’immigration est comme escamoté au profit d’autres inquiétudes : le pouvoir d’achat, l’environnement, le dérèglement climatique, la crise du gaz et de l’électricité…

La Première ministre et notre ministre de l’Intérieur, plutôt que de faire accroire qu’ils agissent quand ils ne font qu’essayer de composer une majorité, seraient bien inspirés d’écouter la voix puissante de Pierre Brochand. L’ancien patron de la DGSE ne brigue aucun poste. Il n’entend pas davantage se faire élire. Son expression publique est rare. Elle n’en est que plus forte. Que nous dit-il ? D’abord que l’immigration ne saurait être une question mineure au motif que sur l’échelle des préoccupations des Français, elle n’apparaitrait pas au sommet des inquiétudes. « L’immigration est l’enjeu central de notre vie publique », « principal », ajoute-t-il même, parce que de tous les défis que doit affronter notre pays, « l’immigration est le seul qui menace la paix civile ».

« Il n’y a aucune raison que les désastres observés ailleurs ne se reproduisent pas chez nous, pour peu que les mêmes ingrédients y soient réunis : ne nous prétendons pas plus intelligents que les Libanais ou les Yougoslaves. »

Ce grand serviteur de l’Etat, qui aura passé le plus clair de sa vie, d’ambassades à la direction générale de la sécurité extérieure, a regardé la France depuis l’extérieur, n’en est que plus légitime pour tirer les leçons du dehors, dès lors, nous dit-il, « que par le jeu de l’immigration, ce “dehors” est devenu notre “dedans” ». Aussi aurions nous tort de ne pas le prendre au sérieux lorsqu’il sonne le tocsin, comme il le fait lors d’un discours au Sénat devant l’Amicale gaulliste, le 15 novembre dernier. Déjà, dans le Figaro en mars 2022, il avertissait : « Si la coopération entre les civilisations est désirable, elle reste moins probable que leur rivalité, proportionnelle à leurs disparités culturelles, imbrications territoriales et conflits antérieurs. » Il ajoutait : « Il n’y a aucune raison que les désastres observés ailleurs ne se reproduisent pas chez nous, pour peu que les mêmes ingrédients y soient réunis : ne nous prétendons pas plus intelligents que les Libanais ou les Yougoslaves. »

S’il tord le cou à l’idée défendue par Emmanuel Macron que « la France a toujours été une terre d’immigration », Pierre Brochand rappelle surtout des vérités implacables : « Les immigrés entrent comme des individus, mais ils s’implantent comme des peuples. » Avec toutes les conséquences que cela implique : « L’intrusion incongrue de mœurs communautaires », « l’alter nationalisme des arrivants, qui à la différence de leurs prédécesseurs, entendent conserver la nationalité juridique et affective de la patrie d’origine, très largement mythifiée ». L’importation, enfin, de conflits qui n’ont rien à voir avec les contentieux que ces nouveaux arrivants peuvent avoir avec la France, mais qui s’y ajoutent. C’est la querelle entre communautés : Maghrébins contre sub-sahariens ;  Algériens contre Marocains ; Turcs contre Kurdes et arméniens… « Ainsi, sorte de « cadeau bonus », nous assistons au spectacle peu commun d’un territoire, transformé en champ clos de toutes les querelles de la planète, qui ne nous concernent pas. » Avec cet art ciselé de la formule, Pierre Brochand résumé notre naïveté : « Nous avons été assez stupides pour imaginer, qu’en reconstituant, sous le même toit métropolitain, le face-à-face de gens qui venaient de divorcer outre-mer, on parviendrait à les rabibocher. »

Au mieux, vivre dans un pays où il ne fera plus bon vivre, au pire, survivre dans un pays devenu inhospitalier à lui-même.

Mais quand nombre de Cassandre se contentent de prophéties alarmistes, Pierre Brochand ne se contente pas de ce diagnostic glaçant. Il y va de ses propositions musclées et propose un virage « à 180° », loin des accommodements que proposent aujourd’hui Gérald Darmanin et Olivier Dussopt. Il faudrait, avance-t-il entre autres mesures, « atténuer l’attractivité sociale de la France, en supprimant toutes les prestations non contributives aux étrangers, HLM compris, et en limitant à 3 enfants, par famille française, des allocations familiales, revalorisées sans conditions de revenus. » La proposition ne manquera pas d’inquiéter les familles françaises. Et pourtant, cette question, au regard des urgences et de la fin programmée de la France si rien n’est fait, mérite d’être débattue. « La férocité n’est que la contrepartie du temps perdu », prévient Pierre Brochand.

Il est minuit moins le quart avant la fin de la France. Les Français le savent, qui à longueur d’enquêtes d’opinions, ne cessent de réclamer de la fermeté quand les politiques minaudent, louvoient, sacrifient toujours plus au politiquement correct, abdiquent toujours davantage devant les ONG et le droit des migrants à s’installer en France, avec le risque de condamner les Français à l’une de ces deux perspectives : « Au mieux, vivre dans un pays où il ne fera plus bon vivre, au pire, survivre dans un pays devenu inhospitalier à lui-même », comme le prédisait déjà Pierre Brochand en 2019.

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Author: Valeurs Actuelles