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Réforme du chômage : les seniors vont-ils trinquer ?

Lors de son premier quinquennat, Emmanuel Macron avait montré le peu d’intérêt qu’il portait aux seniors qui l’ont, pourtant amené à l’Élysée. Rappelons-nous : le 1er janvier 2018, le gouvernement avait augmenté la CSG sur les retraites de 1,7 %, en faisant passer le taux de cotisation de 6,6 à 8,3 % pour ceux dont la retraite mensuelle était supérieure à 1.200 euros. Face au mécontentement, Emmanuel Macron avait enclenché, en décembre 2018, une (petite) marche arrière, annulant la hausse pour ceux qui percevaient une retraite mensuelle inférieure à 2.000 euros. C’était sans compter également sur les non-revalorisation ou revalorisation insuffisante face à l’inflation : « avec une annonce au 1er juillet de 4 % d’augmentation uniquement sur les retraites du régime général, 0 % pour les retraites complémentaires, le gouvernement se moque de nous ! Le compte n’y est pas ! », dénonçait, en juillet dernier, l’Union confédérale des retraités CGT. Si en octobre, le conseil d’administration de l’Argirc-Arrco a décidé de revaloriser de 5,12 % les pensions de retraites complémentaires, la hausse de la pension servie reste toutefois inférieure à une inflation de plus de 6 % en France.

Les seniors incarnent-ils, aux yeux d’Emmanuel Macron, un poids mort pour la start-up nation ?

Avec le nouveau projet de réforme de l’assurance chômage, Emmanuel Macron démontre que ses sentiments envers les séniors ne se sont guère améliorés. Sans-doute juge-t-il qu’ils sont un poids lourd dans la start-up nation ? Démonstration… Jusqu’alors, Pôle emploi prévoyait la possibilité, pour les demandeurs d’emploi de plus de 59 ans, de percevoir jusqu’à 36 mois d’allocations. Un mois avant leurs 62 ans, ils recevaient un questionnaire de Pôle emploi concernant un possible maintien des droits. S’ils étaient capables de justifier de 100 trimestres validés par l’assurance-vieillesse ou de 15 années d’activité mais qu’ils ne pouvaient liquider leur retraite à taux plein, Pôle emploi leur versait alors des allocations pour leur permettre d’atteindre le nombre de trimestres suffisant ou jusqu’à l’âge de 67 ans.

Lors de la présentation du projet de réforme de l’assurance chômage, Olivier Dussopt a expliqué qu’il y aurait, à compter du 1er février 2023, une période verte (le taux de chômage devra rester sous les 9 % durant trois trimestres de suite) qui se traduira par une diminution de 25 % de la durée d’indemnisation. Avec la réforme de l’assurance-chômage, celle des seniors de plus de 55 ans passera donc de 36 à 27 mois.

Quand lé réforme du chômage se télescope avec celle des retraites

Revenons au cas du demandeur d’emploi de 59 ans, inscrit à pôle emploi à compter du 1er février 2023. Il aura droit à deux ans et demi d’allocations chômage ; il les percevra jusqu’à ses 61,5 ans. Or problème, c’est un mois avant ses 62 ans que Pôle emploi lui enverra son fameux questionnaire. Que se passera-t -il entre 61,5 ans et 62 ans ? En fait, dans les conditions actuelles, les demandeurs d’emploi, qui auront 59 ans entre juillet 2022 et février 2023, ne devraient plus être éligibles à grand-chose puisque Pôle emploi aura cessé de leur verser des allocations au bout de 27 mois (entre juin 2025 et janvier 2026) et qu’il leur faudra attendre quelques mois pour qu’ils aient 62 ans. Interrogé à de multiples reprises sur ce sujet précis, ce « petit trou dans la raquette », le ministère du Travail est resté muet… Autant dire que le gouvernement pourrait plonger dans la précarité de nombreux seniors qui n’auront plus droit qu’au RSA. Certes, s’il constate une remontée du taux d’emploi des seniors, il sait aussi très bien qu’au-delà de 60 ans, il devient très difficile pour un demandeur d’emploi de retrouver un emploi. Aujourd’hui, il assure que les chômeurs en fin de droit, si la période est rouge, pourront percevoir un complément d’indemnités. D’accord, de combien et pendant combien de temps ?

Là où cela se complique, c’est que cette réforme de l’assurance-chômage va se télescoper avec la mère des réformes du candidat Macron 2017, celle des retraites qui revient sur le tapis, version 2022. Le 29 novembre, RTL faisait part d’une rumeur selon laquelle Elisabeth Borne pourrait présenter un texte à ce sujet aux Français, aux alentours du 15 décembre. Elle annoncerait un report de l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 65 ans, puis détaillerait le texte devant le Parlement au début de 2023 ; à cette occasion, la Première ministre pourrait, une nouvelle fois, actionner l’article 49.3 de la Constitution. RTL rappelle que le report de 62 à 65 ans était une des promesses présidentielles du candidat Macron 2022. Autant dire, que les négociations avec les partenaires sociaux seraient alors considérées comme un écran de fumée, histoire de gagner quelques jours de tranquillité. Avec, comme risque, celui de mettre dans la rue une partie de la population française, déjà sérieusement échauffée par la hausse des prix et les sacrifices que le gouvernement lui demande de faire en termes de sobriété énergétique.

Une sacrée économie sur le dos des seniors

Reprenons le cas du demandeur d’emploi de 59 ans qui se retrouve au chômage après le 1er février 2023. Il ne percevra que 27 mois d’indemnité, ce qui l’amène, au maximum, en avril 2025, selon son mois de naissance. Or dans l’état actuel des choses, Pôle emploi lui enverra la lettre de maintien de droit, selon sa date de naissance, entre septembre 2027 et août 2028. Donc bien après la fin de ses perceptions de droits. Ce n’est alors plus un petit trou dans la raquette, mais une raquette non cordée ! Autrement dit, si rien ne change au ministère du Travail et chez Pôle emploi, le gouvernement va, en mixant les effets de la réforme de l’assurance chômage et ceux de la réforme des retraites, faire une sacrée économie sur le dos des seniors de 59 ans licenciés à partir du 1er février 2023. Cela s’appelle un coup de billard à plusieurs bandes, ou plus dit de manière plus concise, du cynisme.

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Author: Valeurs Actuelles