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On a lu le livre du Prince Harry pour vous… et on n’est pas déçus !

En 1997, la princesse Diana meurt dans un accident de voiture Pont de l’Alma, laissant derrière elle deux enfants éplorés : William et Harry. Le monde entier se rappelle l’image de Harry, ce petit garçon de 12 ans, marchant avec son frère, derrière le cercueil de sa mère. Le lecteur découvre dans Le Suppléant (Fayard, 2023) à quel point Harry est traumatisé d’avoir perdu sa mère si jeune et à quel point l’impossibilité d’en parler l’a marqué. Dix ans après son enterrement, Harry s’imagine toujours qu’elle a orchestré sa fausse mort pour disparaître loin des paparazzis, et qu’elle allait bientôt « sortir de sa cachette ».

Alors que les dissensions qui l’opposent au reste de la famille royale font la Une des journaux depuis maintenant plusieurs années, ce livre semble avoir un unique objectif : convertir le lecteur à la “team Harry” en jouant à fond la carte de l’empathie. Aussi, cette mère aimante, adorée par le monde entier, puis disparue de manière tragique offre un ton dramatique au récit sans que l’écrivain ait trop d’efforts à fournir. 

Le livre se poursuit comme une longue série de plaintes et d’atermoiements.

Harry parvient-il à provoquer la compassion du lecteur ? Ce n’est même pas certain. Personne ne resterait de marbre face à un jeune garçon pleurant la mort de sa mère ; seulement, le livre se poursuit comme une longue série de plaintes et d’atermoiements et donne, in fine, l’impression que Harry se plaint de tout et de rien : de la mort de sa mère, de son père peu démonstratif, de la rivalité avec son frère, jusqu’à ses “problèmes financiers”, sur lesquels il s’épanche sur des pages, semblant oublier qu’il n’a jamais vécu que dans des palais et des villas de luxe.

Une attaque contre la Couronne

Même si Harry se défend d’attaquer l’institution monarchique, c’est pourtant exactement ce qu’il fait à travers de nombreuses accusations, notamment contre William et Kate. Tous deux sont décrits comme rigides et méfiants à l’égard de sa femme. Harry expose une dispute entre les deux belles-sœurs tout en sachant que ça portera préjudice à Kate, la future reine. William, lui, passe pour quelqu’un de jaloux, d’insensible et de violent, notamment à cause de cette anecdote où Harry raconte que son frère l’a pris par le col pour le jeter en arrière sur la gamelle du chien. Autant d’accusations auxquelles le couple ne pourra pas répondre, étant donné leur statut d’héritiers au trône d’Angleterre.

Voyeurisme et vulgarité

Dans sa volonté de “se mettre le lecteur dans la poche”, Harry nous fait voir l’intérieur du Palais du Balmoral, les relations de la famille royale en privé, ses doutes, ses peurs et ses regrets. Tout au long du récit, il semble prendre un malin plaisir à exposer des détails de son intimité, saupoudrés ça et là. Tout y passe, de sa première expérience sexuelle, à ses prises de drogues répétées : il semble presque fier d’affirmer lui-même que « oui, [il] prenai[t] bel et bien de la cocaïne à cette époque ». Pas un seul de ses scandales passés n’est éludé. De cette soirée où il s’est déguisé en nazi, à ses beuvries récurrentes, il semble penser que c’est tout à son honneur de prendre la parole afin de s’expliquer sur ces épisodes malheureux.

« C’était de la bêtise, pas de la débauche. »

Il tente de minimiser ses sorties de route en racontant qu’il a bien cru « mourir de honte » face à l’ampleur médiatique de ces histoires. Cependant, ses remords perdent toute signification à mesure que les scandales se répètent, sans qu’Harry ne semble jamais apprendre de ses erreurs. Il a beau nous jurer qu’il regrette, assurer avoir craint que « la honte ne s’effaçerait jamais », il récidive quelques pages plus tard, lorsque, ivre lors d’une soirée à Las Vegas en compagnie d’inconnues, il propose un « strip billard » et finit nu en Une des tabloïds. Il semble alors traiter la chose avec légèreté : « J’étais à poil devant le monde entier », et ne trouve pas de meilleure défense que de dire que « c’était de la bêtise, pas de la débauche ». 

Les anecdotes gênantes s’enchaînent. Comme cette fois où il a souffert d’engelures au pénis après un séjour au pôle Nord, ou le fait qu’il soit circoncis. Des détails dont on se serait volontiers passé. Il va jusqu’à livrer le contenu de certaines de ses séances chez le psy. A tel point que c’est tout le livre qui se transforme progressivement en psychanalyse dans laquelle Harry interprète a posteriori les différents épisodes de sa vie. Tout le récit prend une tournure très narcissique. Le monde est réduit au ressenti et aux projections de ce prince meurtri. Par exemple, il explique qu’il n’a jamais été aussi heureux que lorsqu’il était soldat en Afghanistan en mission contre les Talibans. Une situation dans laquelle il trouvait enfin un sens à sa vie, mais regrettait de ne pas avoir pu abattre plus de ces « assassins à motos », dont le véhicule lui rappelait les paparazzis qu’il déteste tant…

Meghan, une victime ?

S’il est une chose que ce livre rend de manière fidèle c’est l’amour fou que Harry porte à Meghan, depuis l’instant où il pose les yeux sur elle. Encore une fois, le lecteur, pour peu qu’il ne suive pas rigoureusement l’actualité de la famille royale, se laissera aisément transporter par le récit de cette histoire d’amour. Elle y est décrite comme une femme simple, éprise de liberté, et sincère. Harry va jusqu’à croire qu’elle ignore réellement tout des Windsor. Alors quand des tensions apparaissent au sujet de Meghan, ce n’est jamais de la faute de celle-ci. Harry prend la défense de sa femme en toute circonstance, abondant dans le sens de ceux qui vont jusqu’à traiter la famille royale de « raciste ». Meghan est dépeinte comme une victime, souvent en pleurs, comme cette fois, où Harry la trouve effondrée : « Que ça fait mal, lui dit-elle, d’être haïe comme ça – et pour quoi ? ». C’est à ce même moment qu’elle menace alors de se tuer, elle et l’enfant qu’elle porte. Il n’est alors pas surprenant qu’Harry ait cédé à sa demande de quitter le Royaume-Uni pour aller s’installer aux Etats-Unis. 

Harry et Meghan ont signé un contrat pour quatre livres au total auprès de la maison d’édition britannique Penguin…

Le portrait qu’il fait de sa femme passe sous silence des épisodes moins flatteurs, comme, la série de démissions de membres du personnel de Meghan en 2018 après que ceux-ci se sont plaints d’avoir été harcelés par la nouvelle venue américaine, ou encore, la fois où elle aurait exigé de porter un certain diadème appartenant à la Couronne pour son mariage. Ce sont donc autant d’éléments à prendre avec des pincettes puisque le livre de Harry ne fait entendre aucune voix dissidente.

En fin de compte, un livre assez pauvre en termes d’anecdotes royales, mais riche en étalage d’histoires familiales et personnelles qui laissent à penser que la rupture entre Harry et la Couronne d’Angleterre est désormais définitive. Le lecteur, lui, n’est malheureusement pas au bout de ses peines : Harry et Meghan ont signé un contrat pour quatre livres au total auprès de la maison d’édition britannique Penguin…

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Author: Valeurs Actuelles