Valeurs Actuelles relais de brèves

Nice, morne plaine pour la “droite nationale”

Sur le papier, le Rassemblement national a tout ce qu’il faut pour se refaire une santé, dans la ville de Jacques Peyrat et Jacques Médecin, ses anciens maires, un temps compagnons de route du Front national. En juin dernier, lors des législatives, le parti a envoyé trois députés au Palais-Bourbon, dans un département où il n’était plus représenté. Parmi eux, Alexandra Masson, tête de liste dans les Alpes-Maritimes aux élections régionales de 2021, où elle avait devancé de peu Christian Estrosi.

Pourtant, le RN est à la peine. Depuis que Philippe Vardon a rejoint Reconquête!, sur fond de rivalité avec la nouvelle équipe locale et de rapprochement avec le parti d’Éric Zemmour, la fédération niçoise patine. Impossible d’en connaître le nombre d’adhérents, qui était encore de l’ordre du millier en 2020, quand Reconquête! en revendique aujourd’hui 1 500. « Le départ de Philippe Vardon a laissé un vide », concède Alexandra Masson qui, malgré du respect pour l’élu, se dit soulagée d’une séparation qui s’avérait inéluctable, depuis une campagne régionale menée dans la douleur derrière Thierry Mariani : « Beaucoup de gens ne venaient pas vers nous à cause de lui. Il a malheureusement atteint son plafond de verre. »

Les héritiers du RN niçois ont tiré un trait sur l’identitaire du mouvement Nissa Rebela, qui, malgré sa notoriété, assurent-ils, était devenu un repoussoir, dans leur quête de respectabilité. « Même seul dans une cabine téléphonique, il arriverait à se flinguer », raille l’un d’eux, dépeignant un personnage impulsif ne laissant que ruines dans son entourage personnel et politique. L’intéressé, qui a pris du champ, s’en moque : « Tout cela n’est que la continuation d’un méthodique travail de sape qui a contribué, au local comme au national, à ce que je m’éloigne du parti », persifle ce proche de Marion Maréchal et Nicolas Bay.

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, l’opposition à Estrosi, ici, c’est Reconquête !. Exit donc le RN qui, malgré sa percée électorale, peine à se réorganiser.

L’investiture refusée aux dernières législatives, le premier opposant à Christian Estrosi — il compte sept élus au conseil municipal et neuf au conseil métropolitain — a embarqué ses troupes avec lui. Son groupe Retrouver Nice, hier affilié au Rassemblement national, aujourd’hui indépendant, sera demain plus proche de Reconquête!. Le 9 mars, Philippe Vardon s’affichait avec Stanislas Rigault, jeune porte-parole du parti d’Éric Zemmour, venu donner une conférence à la faculté de droit de Nice, jusqu’à ce que celle-ci la déprogramme, sous la pression de l’extrême gauche. Jean Moucheboeuf, Geneviève Pozzo di Borgo… le chef de file de Retrouver Nice pousse devant lui les visages jusqu’ici discrets qui composent son entourage. Au conseil régional, où il siège également, c’est souvent lui qui se fait le plus sonore face à Renaud Muselier, l’alter ego du maire de Nice. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, l’opposition à Estrosi, ici, c’est Reconquête!. Exit donc le RN qui, malgré sa percée électorale, peine à se réorganiser.

Le conseiller régional Laurent Merengone, plus en odeur de sainteté à la direction du parti, a récemment été désavoué après avoir annoncé, un peu trop pressé, des changements à la tête de la fédération maralpine. En place depuis huit ans, l’élu de Vallauris et nouveau député Lionel Tivoli devrait rempiler. À Nice, l’ancien premier adjoint de Christian Estrosi, Benoît Kandel, devrait prendre le leadership. « Ici, c’est lui qui incarne le mieux le Rassemblement national et qui connaît le mieux la ville », confirme un cadre. L’ex-colonel de gendarmerie, depuis longtemps détaché de “l’Estrosie”, et après un passage éclair chez Reconquête!, avait recueilli 17,17 % des voix lors des dernières législatives. Quasiment 28 % pour la “droite nationale”, si l’on additionne les suffrages de Philippe Vardon, un score non négligeable dans une ville rongée petit à petit par le centre droit macronien. Pas question pour autant d’envisager un rapprochement pour l’identitaire, qui entend bien rester maître de son camp : « Kandel ? Celui qui s’est compromis avec les islamistes en votant une subvention à l’UOIF quand il était adjoint ? Soyons sérieux… » Benoît Kandel n’a pas répondu à nos sollicitations.

La mairie dans le viseur

En surplomb quasi aérien, Franck Allisio, le chef du Rassemblement national en Paca, balaie d’un revers : « Tout cela m’inquiète peu. La fédération des Alpes-Maritimes a souvent été en mutation dans son histoire. On a deux ans et demi pour trouver un bon candidat à Nice. Le défi, c’est de faire comprendre à l’électorat de droite qui vote Estrosi ou Ciotti en quoi il se trompe. » L’affaire n’est pas mince. Récemment, un sondage commandé par l’association Les amis du maire de Nice confi rmait le duel installé pour la bataille des municipales, en 2026 : 35 % pour l’actuel maire, contre 26 % pour son challenger. Le RN ne capitalisait que 6 % des intentions de vote, quand Philippe Vardon plafonnait à 5 %. Ce dernier fait la moue : « On me donnait des chances similaires, ce qui ne m’a pas empêché de faire 21 % aux dernières municipales, juste derrière Estrosi. »

Reste qu’au prochain round, son camp partira divisé. Quid de celui du maire, lui aussi cerné par les ambitions, à mesure qu’il se rapproche d’une majorité présidentielle de moins en moins crédible à droite ? C’est une constante souvent vérifiée sur cette portion de la Côte : quand ses adversaires patinent, la droite classique prospère. Et si, finalement, tout cela bénéficiait à Éric Ciotti ?

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Nice, morne plaine pour la “droite nationale”

Sur le papier, le Rassemblement national a tout ce qu’il faut pour se refaire une santé, dans la ville de Jacques Peyrat et Jacques Médecin, ses anciens maires, un temps compagnons de route du Front national. En juin dernier, lors des législatives, le parti a envoyé trois députés au Palais-Bourbon, dans un département où il n’était plus représenté. Parmi eux, Alexandra Masson, tête de liste dans les Alpes-Maritimes aux élections régionales de 2021, où elle avait devancé de peu Christian Estrosi.

Pourtant, le RN est à la peine. Depuis que Philippe Vardon a rejoint Reconquête!, sur fond de rivalité avec la nouvelle équipe locale et de rapprochement avec le parti d’Éric Zemmour, la fédération niçoise patine. Impossible d’en connaître le nombre d’adhérents, qui était encore de l’ordre du millier en 2020, quand Reconquête! en revendique aujourd’hui 1 500. « Le départ de Philippe Vardon a laissé un vide », concède Alexandra Masson qui, malgré du respect pour l’élu, se dit soulagée d’une séparation qui s’avérait inéluctable, depuis une campagne régionale menée dans la douleur derrière Thierry Mariani : « Beaucoup de gens ne venaient pas vers nous à cause de lui. Il a malheureusement atteint son plafond de verre. »

Les héritiers du RN niçois ont tiré un trait sur l’identitaire du mouvement Nissa Rebela, qui, malgré sa notoriété, assurent-ils, était devenu un repoussoir, dans leur quête de respectabilité. « Même seul dans une cabine téléphonique, il arriverait à se flinguer », raille l’un d’eux, dépeignant un personnage impulsif ne laissant que ruines dans son entourage personnel et politique. L’intéressé, qui a pris du champ, s’en moque : « Tout cela n’est que la continuation d’un méthodique travail de sape qui a contribué, au local comme au national, à ce que je m’éloigne du parti », persifle ce proche de Marion Maréchal et Nicolas Bay.

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, l’opposition à Estrosi, ici, c’est Reconquête !. Exit donc le RN qui, malgré sa percée électorale, peine à se réorganiser.

L’investiture refusée aux dernières législatives, le premier opposant à Christian Estrosi — il compte sept élus au conseil municipal et neuf au conseil métropolitain — a embarqué ses troupes avec lui. Son groupe Retrouver Nice, hier affilié au Rassemblement national, aujourd’hui indépendant, sera demain plus proche de Reconquête!. Le 9 mars, Philippe Vardon s’affichait avec Stanislas Rigault, jeune porte-parole du parti d’Éric Zemmour, venu donner une conférence à la faculté de droit de Nice, jusqu’à ce que celle-ci la déprogramme, sous la pression de l’extrême gauche. Jean Moucheboeuf, Geneviève Pozzo di Borgo… le chef de file de Retrouver Nice pousse devant lui les visages jusqu’ici discrets qui composent son entourage. Au conseil régional, où il siège également, c’est souvent lui qui se fait le plus sonore face à Renaud Muselier, l’alter ego du maire de Nice. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris, l’opposition à Estrosi, ici, c’est Reconquête!. Exit donc le RN qui, malgré sa percée électorale, peine à se réorganiser.

Le conseiller régional Laurent Merengone, plus en odeur de sainteté à la direction du parti, a récemment été désavoué après avoir annoncé, un peu trop pressé, des changements à la tête de la fédération maralpine. En place depuis huit ans, l’élu de Vallauris et nouveau député Lionel Tivoli devrait rempiler. À Nice, l’ancien premier adjoint de Christian Estrosi, Benoît Kandel, devrait prendre le leadership. « Ici, c’est lui qui incarne le mieux le Rassemblement national et qui connaît le mieux la ville », confirme un cadre. L’ex-colonel de gendarmerie, depuis longtemps détaché de “l’Estrosie”, et après un passage éclair chez Reconquête!, avait recueilli 17,17 % des voix lors des dernières législatives. Quasiment 28 % pour la “droite nationale”, si l’on additionne les suffrages de Philippe Vardon, un score non négligeable dans une ville rongée petit à petit par le centre droit macronien. Pas question pour autant d’envisager un rapprochement pour l’identitaire, qui entend bien rester maître de son camp : « Kandel ? Celui qui s’est compromis avec les islamistes en votant une subvention à l’UOIF quand il était adjoint ? Soyons sérieux… » Benoît Kandel n’a pas répondu à nos sollicitations.

La mairie dans le viseur

En surplomb quasi aérien, Franck Allisio, le chef du Rassemblement national en Paca, balaie d’un revers : « Tout cela m’inquiète peu. La fédération des Alpes-Maritimes a souvent été en mutation dans son histoire. On a deux ans et demi pour trouver un bon candidat à Nice. Le défi, c’est de faire comprendre à l’électorat de droite qui vote Estrosi ou Ciotti en quoi il se trompe. » L’affaire n’est pas mince. Récemment, un sondage commandé par l’association Les amis du maire de Nice confi rmait le duel installé pour la bataille des municipales, en 2026 : 35 % pour l’actuel maire, contre 26 % pour son challenger. Le RN ne capitalisait que 6 % des intentions de vote, quand Philippe Vardon plafonnait à 5 %. Ce dernier fait la moue : « On me donnait des chances similaires, ce qui ne m’a pas empêché de faire 21 % aux dernières municipales, juste derrière Estrosi. »

Reste qu’au prochain round, son camp partira divisé. Quid de celui du maire, lui aussi cerné par les ambitions, à mesure qu’il se rapproche d’une majorité présidentielle de moins en moins crédible à droite ? C’est une constante souvent vérifiée sur cette portion de la Côte : quand ses adversaires patinent, la droite classique prospère. Et si, finalement, tout cela bénéficiait à Éric Ciotti ?

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