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[NAY] En France, le désert avance…

J’ai trois épidémies sur le dos : la bronchiolite des enfants, la grippe qui arrive, le Covid qui est là et les généralistes qui sont en grève , s’exaspérait, devant un tiers, Élisabeth Borne, assortissant son propos d’un de ces petits jurons dont elle est familière. De mémoire de généralistes – les plus anciens -, fermer son cabinet pendant deux jours, c’est du jamais-vu. Pour certains, presque une trahison de leur serment d’Hippocrate : « Je considérerai la santé et le bien-être de mon patient comme ma priorité. » Est-ce grave, docteur ? Leur colère révèle un immense ras-le-bol.

Côté hôpital public, on en parle chaque jour : manque de personnel, urgences qui débordent, les internes qui travaillent entre cinquante et soixante heures par semaine. Cette fois, c’est le secteur libéral qui n’en peut plus. Neuf ans d’études pour 25 euros la consultation. « C’est la médecine qu’on assassine. »

Un tarif humiliant, moins cher qu’une coupe de cheveux. Les visites à domicile, c’est 35 euros. Avec le coût de l’essence, elle est passée à 35,04 euros ! Qui fait des calculs pareils ? Quatre centimes…

Ridicule quand il faut faire des kilomètres pour se rendre chez des patients et en ville braver les embouteillages, se garer, risquer des amendes malgré le caducée. La plupart des généralistes y ont renoncé.

Les généralistes voudraient être alignés sur leurs homologues européens : autour de 45 euros. Mais cela coûterait 7 milliards à la Sécu ! En vérité, tous ces praticiens perçoivent 35 euros en moyenne. Leurs gains varient en fonction du nombre de leurs patients. Au-delà de 30 par jour, ils gagnent 5 euros de plus. Si leur patient a plus de 70 ans ou souffre d’une pathologie lourde, c’est 40 euros de plus par an.

Il n’empêche, ces 25 euros ne passent plus. Le prix de la consultation est le même depuis 2017, quand il était passé de 22 à 25 euros, et ils avaient dû se battre.

Les anciens s’en souviennent : en 2002, Martine Aubry avait ponctionné la Sécu de 11 milliards d’euros pour financer les 35 heures à l’hôpital, avec les conséquences catastrophiques que l’on sait. Lionel Jospin avait alors refusé 300 millions aux généralistes qui demandaient une augmentation de 18,53 à 20 euros. Depuis, ils se sentent les mal-aimés du système.

Certains observateurs font remarquer qu’ils gagnent tout de même plus que 95 % des Français. C’est oublier que pour s’installer il leur faut payer un loyer pour le cabinet (en plus de celui de leur logement), un prix souvent exorbitant dans les grandes villes, rémunérer une secrétaire. Beaucoup n’y arrivent plus. Le métier de généraliste n’est plus attractif. À la fin de leurs études, ils choisissent de ne pas s’installer pour faire des remplacements ou bien se former dans l’esthétique, la nutrition, l’échographie. La profession se féminisant, celles qui ont des enfants aspirent à un autre rythme de vie. Ajoutez, et c’est un phénomène qui va croissant, la violence des patients, leurs incivilités, les rendez-vous non honorés sans prévenir.

Le système de santé en France est décidément en mauvaise santé.

Alors, ceux qui s’en vont ne sont pas remplacés. Les jeunes ne veulent pas mener la même vie que leurs aînés, qui ont souvent payé leur dévouement au prix de leur propre santé : un infarctus ou alors un divorce. Et puis, recevoir entre 30 et 40 patients par jour, voire au-delà, c’est de l’abattage. Ça ne peut plus être une médecine de qualité. L’exercice solitaire en cabinet devient obsolète. Pour tenir, il faut s’associer, avoir un secrétariat commun, créer des permanences. Ce qui n’est pas possible partout.

D’où les déserts médicaux. La France profonde est inquiète. Mais le plus grand désert médical est l’Île-de-France, avec en tête la Seine-Saint-Denis et la Seine-et-Marne. À Paris intra-muros, trois arrondissements sont classés en zone d’intervention prioritaire : les XIIIe, XIXe et XXe. Parce que le quotidien du généraliste y est devenu trop difficile. Même à 50 euros la consultation, beaucoup ne croient pas que les choses puissent s’arranger.

Le système de santé en France est décidément en mauvaise santé.

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Author: Valeurs Actuelles