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Menacés d’expulsion, les moines de la Laure de Kiev résistent 

Coup de tonnerre dans l’orthodoxie. Les 200 moines et 300 séminaristes installés à la Laure des Grottes de Kiev ont été sommés par le ministre ukrainien de la Culture de faire place nette d’ici au mercredi 29 mars. Haut lieu de l’orthodoxie depuis le XIe siècle et classé au patrimoine de l’Humanité par l’Unesco, cet ensemble architectural coiffé de bulbes dorés est depuis 1988 le siège de L’Eglise orthodoxe ukrainienne, affiliée jusqu’à récemment au patriarcat de Moscou.

Une Eglise visée pour ses liens avec Moscou

Bien que cette entité religieuse ait condamné l’agression russe dès les premiers jours du conflit, et rompu, en mai 2022, ses liens avec l’Eglise russe, elle n’en demeure pas moins dans le viseur du président Zelenski, qui a érigé « l’indépendance spirituelle de l’Ukraine » en priorité d’Etat. Depuis le début de la guerre, le gouvernement ukrainien a en effet sanctionné plusieurs de ses évêques, accusés d’entretenir des relations avec le clergé russe, voire de « collaborer » avec Moscou.

Après que le métropolite Pavel, père abbé de la Laure des Grottes de Kiev, a été accusé de « semer la discorde » parmi les croyants, une proposition de la loi (actuellement à l’étude) a été introduite au Parlement ukrainien, exigeant l’interdiction totale de l’Eglise orthodoxe ukrainienne, en tant qu’institution « dirigée depuis l’étranger par le pays agresseur ».

Ces accusations profitent à l’Eglise orthodoxe d’Ukraine, affiliée au patriarcat de Constantinople et ouvertement soutenue par le gouvernement ukrainien.

Des allégations que l’Eglise orthodoxe ukrainienne rejette fermement : « Notre Église a été la première de toutes les organisations religieuses du pays à condamner la guerre de Poutine contre l’Ukraine. Elle a béni l’armée ukrainienne pour qu’elle défende la patrie », plaide l’archevêque Kliment, un des porte-paroles de cette ancienne branche de Moscou.

Ces accusations profitent à sa principale concurrente, l’Eglise orthodoxe d’Ukraine, affiliée au patriarcat de Constantinople et ouvertement soutenue par le gouvernement ukrainien. C’est cette branche, encore largement minoritaire dans le pays, qui convoite aujourd’hui la Laure des Grottes de Kiev et ambitionne de s’ériger en nouveau centre spirituel d’une Ukraine affranchie de tout liens avec son grand frère ennemi.

Résistance des moines et des fidèles 

L’ultimatum est tombé mi-mars, lorsque le ministre Oleksandre Tkatchenko annonce la résiliation du bail pour l’utilisation de la Laure des Grottes de Kiev, au motif de « violations dans l’utilisation de biens d’Etat ». Une décision prise « sans aucun fondement légal », estime le métropolite Pavel, père abbé du monastère, qui dénonce des « persécutions contre l’Eglise du Christ ». 

La menace d’expulsion, qui concerne au total près de 1 000 personnes – moines, étudiants, personnel aidant, professeurs, réfugiés – a suscité un véritable émoi parmi les croyants du pays. « Nos fidèles viennent massivement prier avec nous, ils se tiennent par milliers, dehors et dans le froid, en soutien de leur monastère », témoigne le père Philarète, vice-recteur de l’Académie de théologie, sise à la Laure. « Le peuple fréquente nos églises car il vient pour recevoir de l’amour, et non pour faire de la politique », conclut-il. 

Nos fidèles viennent massivement prier avec nous, ils se tiennent par milliers, dehors et dans le froid, en soutien de leur monastère.

Aujourd’hui, les frères sont déterminés à défendre leurs droits. « Nous resterons à la Laure aussi longtemps que cela sera physiquement possible », affirmait ces derniers jours le métropolite Kliment, malgré la menace « d’expulsions forcée et de coupure de courant, d’eau et d’internet ». Le métropolite Pavel, père abbé de la Laure, qui a réitéré son refus catégorique de quitter un « monastère que nous avons restauré pendant de longues années », en appelle aux fidèles à « défendre ce lieux saint ». 

« Peut-on parler de démocratie en Ukraine ? »

Déjà en novembre dernier, les services de sécurité d’Ukraine avaient perquisitionné le monastère de la Laure des Grottes de Kiev, « à la recherche d’éléments pour nous incriminer », raconte le père Philarète : “En inspectant la bibliothèque, ils ont trouvé des livres du XIXe siècle comme l’Histoire de l’Eglise russe du métropolite Macaire, ancien professeur de notre Académie. On nous a alors accusés d’héberger de la littérature pro-russe – c’est totalement absurde ! ».

Nous n’avons pas connu de telles persécutions depuis l’époque soviétique. Un tel précédent ouvre la porte à d’autres abus contre la religion.

Le 20 mars, une délégation de l’Eglise orthodoxe ukrainienne s’est rendue à l’administration présidentielle pour demander des explications au président Zelenski. Qui leur a opposé une fin de non-recevoir. « Dans ces conditions, peut-on parler de démocratie en Ukraine ? », s’interroge le père Philarète. « Nous n’avons pas connu de telles persécutions depuis l’époque soviétique. Un tel précédent ouvre la porte à d’autres abus contre la religion », est-il persuadé.

Un avis partagé jusqu’à Rome, où le pape François s’est dit préoccupé par le sort des moines de la Laure. « Je demande aux belligérants de respecter les lieux de culte », a-t-il déclaré le 16 mars, rappelant que « les religieux consacrés, les personnes de toutes confessions qui se consacrent à la prière sont un soutien pour le peuple de Dieu ». 

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Author: Valeurs Actuelles