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Mali : la démonstration de force de l’État islamique depuis le retrait des forces de Barkhane

Daesh est désormais en position de force au Sahel. Vendredi 9 décembre, l’Etat islamique au grand Sahara (EIGS), branche sahélienne de Daesh, a publié une vidéo d’allégeance au nouveau calife du groupe terroriste islamiste, Abou al-Hussein al-Husseini al-Qourachi, rapporte TV5 Monde. Dans un entretien accordé à la chaîne télévisée, le journaliste Seidik Abba, spécialiste de cette région africaine, est revenu sur l’émergence de l’EIGS, face aux autres acteurs : groupes armés terroristes adversaires de Daesh, armées locales, mercenaires du groupe russe Wagner, armée française. Seidik Abba a analysé ce que révélait la mobilisation devant des caméras de combattants islamistes de l’EIGS prêtant allégeance au nouveau calife du groupe via une cérémonie.

« Wagner ne peut pas combattre l’Etat islamique »

« Il y a une dimension de propagande », assure-t-il. « Le message est adressé à la fois aux adversaires de l’Etat islamique, qui sont l’Etat malien, les pays de la sous-région, Wagner et aussi le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, groupe terroriste rival). » Et d’ajouter : « Ces vidéos visent à montrer la puissance de l’État islamique, à lancer un avertissement pour dissuader tous ceux qui seraient tentés de venir les affronter », analyse encore le journaliste. Seidik Abba explique que les principaux ennemis de l’EIGS sont essentiellement ses rivaux islamistes du GSIM, des groupes touareg du nord-Mali, ainsi que l’armée française. L’EIGS compterait actuellement plusieurs milliers de combattants sur la zone dite des « Trois frontières », zone désertique à cheval sur le Mali, le Niger, et le Burkina Faso. Si l’armée française est toujours présente au Niger, elle a mis fin à son opération militaire « Barkhane » au Mali et au Burkina Faso, chassée par les juntes militaires putschistes, qui se sont empressées de la remplacer par des mercenaires du groupe russe Wagner.

Cependant, Seidik Abba note la faiblesse structurelle de Wagner au Sahel, incapable de repousser les djihadistes de Daesh : « Ils ne prennent pas beaucoup de risques. » Selon lui, « ils ont vu la supériorité en puissance de faits et numériquement de l’Etat islamique au grand Sahara. Ils n’osent pas aller à l’affrontement. S’ils étaient dans une dynamique offensive, ils auraient envoyé des hommes au combat dès la publication des deux vidéos de propagande. » Le journaliste juge sévèrement l’alliance entre l’armée malienne (FAMa) et Wagner : « Il y a une stratégie d’esquive de la part des forces armées maliennes et de leur allié Wagner. »

Enfin, Seidik Abba pointe du doigt l’incurie des juntes militaires au pouvoir au Burkina Faso et au Mali, taclant l’impossibilité pour ces régimes de fournir une réponse, selon lui nécessairement « globale, internationale » à la menace djihadiste incarnée par l’EIGS, qui « doit associer tous les pays de la sous-région. » « Mais aujourd’hui, telle qu’elle se présente, cette coopération n’est pas possible. […] Il y a une sorte de fuite en avant des Etats, consistant à contracter des services de Wagner. Mais ce n’est pas la solution. Wagner ne peut pas combattre l’Etat islamique. A partir du moment où Wagner s’installe au Burkina Faso, cela signifie qu’il n’y a plus de possibilité de coopération entre le Burkina Faso et le Niger, car ce dernier ne veut pas de Wagner. Il n’y a déjà plus de coopération entre le Mali et le Niger », explique-t-il.

Avant de conclure, pessimiste : « Les Américains ne voudront pas apporter de soutien à un pays qui a affaire à Wagner. Ni même Takuba (conglomérat tactique d’unités de forces spéciales européennes), ni même la France. Cette impossibilité va profiter aux groupes djihadistes qui continueront à avancer. […] La situation ne se présente pas de façon très optimiste. »

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Author: Valeurs Actuelles