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Louis Aliot : « Emmanuel Macron ne sait pas comment la France est faite »

Valeurs actuelles. La loi Climat et Résilience impose la création d’une ZFE (zone à faibles émissions) au 1er janvier 2025 dans les agglomérations de plus de 150 000 habitants. Quel va être l’impact d’un tel dispositif à Perpignan ?
Louis Aliot. Si on l’applique de manière brutale sans discernement et sans dérogations, c’est environ la moitié des véhicules du département se rendant tous les jours à Perpignan qui sont impactés. Notre ville-centre a 120 000 habitants. La deuxième ville du département la plus peuplée a environ 12 000 habitants. Tous les équipements de centralité sont à Perpignan. Si vous voulez aller à l’hôpital, dans une clinique, au théâtre, c’est à Perpignan. Treize communes ont été ciblées par la ZFE autour de Perpignan et son application va être une catastrophe pour beaucoup de nos concitoyens qui n’ont pas les moyens de changer leur voiture.

Avec la ZFE, les véhicules vont être classés via des vignettes Crit’Air selon leur énergie et leur année de mise en circulation…
Oui, et celle qui pose le plus de problèmes pour nous, c’est la vignette Crit’Air 3. Car, si elle est concernée par les restrictions de circulation, on touche la moitié des véhicules. Ici, la voiture est un mode de déplacement privilégié et un outil de travail indispensable. Il faudrait adapter la loi à l’aménagement urbain, or ces décisions sont prises au nom des grandes métropoles comme Paris, Lyon, Marseille. Nous n’avons pas le même nombre d’habitants, ni la même situation sociale et territoriale que dans ces grandes métropoles. 

Comment réagit la population avec l’arrivée de cette ZFE ?
Sur Perpignan, très peu de gens sont au courant de ce qui les attend. Par exemple, cette loi s’applique déjà à Toulouse. Personne ne sait que si demain des automobilistes veulent se rendre à Toulouse pour un simple rendez-vous, ils seront concernés par le sujet !

En tant que maire, pouvez-vous vous opposer à cette loi ?
Si l’agglomération décide de l’appliquer en l’état, non. Mais, à ce moment-là, je prendrai d’autres dispositions et je contesterai cela devant les tribunaux. Il faudra monter un collectif avec les habitants et les maires concernés par cette ZFE.

Selon Santé Publique France, 40 000 décès par an sont attribuables à une exposition aux particules fines. Peut-on voir un intérêt sanitaire à la mise en place de ces ZFE ?
Dans ce cas, il faut interdire tout de suite le tabac et l’alcool… Il faut tout interdire en fait ! Bien sûr qu’il faut limiter la pollution dans les centres-villes, mais il ne faut pas le faire de manière brutale et irréfléchie. Il faut tenir compte des territoires, qui n’ont pas tous les mêmes réseaux de transports en commun. L’autoroute qui traverse Perpignan voit passer le plus grand nombre de camions en Europe. Que fait le gouvernement contre ça ? Pourquoi le gouvernement ne met-il pas en place le ferroutage ? Pourquoi n’y a-t-il pas une taxe pour ces camions étrangers à l’entrée de la France qui permettrait de financer des infrastructures ? Non, il faut encore taper sur le contribuable, et souvent sur celui qui a peu de moyens… Parce que ceux qui ont les moyens ont déjà des voitures électriques ! Or, j’aimerais bien connaître le réel impact écologique de ces batteries. Il n’y a pas une voiture électrique qui permette de faire un aller-retour de Perpignan à Toulouse, à part peut-être les Tesla… Que va-t-on faire avec ces voitures ?

Emmanuel Macron vient d’annoncer la création de RER dans plusieurs métropoles. Qu’en pensez-vous ?
Le Président ne sait pas comment la France est faite. Il ferait mieux de mailler le territoire. En matière de train à grande vitesse, nous sommes très en retard en Europe. Quand vous regardez l’Espagne, le maillage des trains à grande vitesse est complet. Ce n’est pas le cas chez nous, il manque un Bordeaux-Toulouse et un Toulouse-Narbonne. Le Montpellier-Perpignan devrait être prioritaire pour relier la ligne à grande vitesse qui va jusqu’à Madrid. Aujourd’hui, nous sommes à 3h15 de Madrid et à 5h15 de Paris ! Le Montpellier-Perpignan est prévu pour seulement 2050. Quand on connaît l’avancée des recherches sur les trains à frottement magnétique par exemple, on se dit que lorsqu’on aura enfin fini le TGV sur Perpignan, on commencera à construire des lignes beaucoup plus modernes.  

Sommes-nous en retard en France en termes de projets novateurs ?
Absolument, je dirais même complètement à la ramasse… En ce qui nous concerne, c’est une affaire de 5 à 6 milliards d’euros, mais monsieur Macron préfère donner 1 milliard à l’Afrique du sud pour sa transition écologique. Cet argent aurait pu nous aider pour notre transition des transports que nous attendons depuis 30 ans dans les Pyrénées-Orientales.

En tant qu’ancien député européen, comment expliquez-vous cette volonté des instances européennes de vouloir supprimer les moteurs thermiques qui ne seront plus en vente dès 2035 ?
C’est le boboïsme ambiant, lié aux Verts… Ce sont les mêmes qui veulent que l’on ne mange plus de viande. Pendant 30 ans, ils nous ont expliqué que le nucléaire était abominable et les gouvernements ont cédé devant la pression des minorités écologistes. Aujourd’hui, les prix ont doublé et nous allons avoir des coupures d’électricité cet hiver. La voiture électrique est un non-sens. Nous allons être les seuls au monde à le faire. Nous allons juste détruire notre industrie automobile pour quelque chose de totalement utopique. En 2035, on va se rendre compte que ça ne marche pas. Nous n’aurons pas assez de centrales, pas les matières pour faire les batteries nous-mêmes, et nous dépendrons encore un fois des pays étrangers.

Cette décision peut-elle encore être modifiée ?
Oui, si aux prochaines élections européennes nous arrivons à avoir un grand groupe patriote et souverainiste à l’échelle de l’Europe, nous arriverons à revenir en arrière sur un certain nombre de choses.

Les communes et les agglomérations ont-elles les moyens d’investir dans des bornes à recharge rapide qui deviendront indispensables ?
À Perpignan, nous allons en avoir une centaine. Mais il n’y en aura jamais assez. Dans une région touristique comme la nôtre, plus ceux qui partent en Espagne, quand vous avez tout l’été entre 10 et 20 kilomètres de bouchons, comment va-t-on régler les problèmes d’approvisionnement avec ces millions de voitures ?

Y a-t-il une rivalité aujourd’hui entre les maires et les agglomérations ?
Bien sûr. Je suis la ville-centre, mais je n’ai pas la présidence de l’agglomération, c’est donc la bagarre pratiquement tous les jours sur tous les dossiers. C’est ce qui est arrivé à Robert Ménard à Béziers qui a passé son temps à se battre contre l’agglo. Ce n’est pas un climat sain. On devrait redonner de la liberté aux communes. Les maires estiment qu’ils n’ont plus les pouvoirs, mais ils ont les mêmes ennuis que quand ils les avaient… À Perpignan, j’ai des services, je suis aidé, je ne suis pas seul, mais ce n’est pas le cas dans une commune de 2000 habitants. En revanche, la responsabilité pénale est la même ! Je connais beaucoup de maires qui veulent arrêter.  

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Author: Valeurs Actuelles