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Le magazine pour enfants Youpi fait la part belle aux migrants

Une polémique sans fondements pour les uns, un exemple de propagande immigrationniste pour les autres, la couverture de décembre du magazine pour enfants Youpi a fait beaucoup réagir. Sur celle-ci, le dessin d’une famille noire lestée de bagages. Le titre : « Enfin un France ! ». Au bas de la couverture, ce sous-titre : «  L’histoire vraie d’une famille de réfugiés. »

Un choix éditorial qui interroge quand on sait que le magazine édité par Bayard s’adresse à un public de 5 à 8 ans. Au surplus, l’histoire rapportée dans cette dernière livraison apparaît pour le moins étonnante, nous le verrons. Contacté, l’éditeur assure que celle-ci est authentique.

C’est la petite fille représentée sur le dessin de Une, Elizabeth, neuf ans, qui narre le parcours de sa famille : « Réfugiée, cela veut dire que j’ai dû fuir mon pays et que j’ai trouvé refuge en France. Je vais te raconter mon histoire ! », commence-t-elle.

Mes parents étaient tristes de quitter l’Afrique. Mais il était trop dangereux de rester là-bas.

Son histoire débute en Afrique du Sud, où ses parents, originaires respectivement d’Angola et de République démocratique du Congo, se sont établis pour fuir les violences dans leur pays. Las, la situation de la petite famille ne s’améliore pas dans la nation arc-en-ciel : « Ils étaient étrangers, alors certains Sud-Africains ne les aimaient pas », poursuit la fillette. Aussi, les parents se résignent à quitter le continent africain : « Mes parents étaient tristes de quitter l’Afrique. Mais il était trop dangereux de rester là-bas. » On notera l’emploi tout sauf innocent de la locution « là-bas », comprenez l’Afrique. Youpi suggère ainsi que tout ou partie du continent est inhabitable en raison de la violence et de la xénophobie qui s’y déploient. À toutes fins utiles, rappelons que le territoire africain s’étend sur plus de 30 millions de km² et qu’il compte 54 États.

Une famille aidée par une sorte de Cédric Herrou transalpin

Mais revenons-en au récit d’Elizabeth. Sa famille, explique-t-elle, finit par s’envoler pour l’Italie. Rapidement, toutefois, les moyens de subsistance diminuent. Heureusement, un homme dont on ne sait rien – sans doute une sorte de Cédric Herrou transalpin – les aide à traverser la frontière franco-italienne en voiture pour les déposer au sein de l’agglomération de Rennes (Ille-et-Vilaine). Environ 1000 km, tout de même.

Là encore, les ennuis s’abattent sur la famille : « Pendant cinq mois, nous avons dormi dans un ancien hôtel. Mais une nuit, nous avons dû nous enfuir, car nous n’avions pas le droit d’être en France. Les gendarmes voulaient nous renvoyer en Italie !  », se remémore la fillette. Mais tout est bien qui finit bien : des personnes leur ont permis d’obtenir des papiers et le maire de la ville de Bruz, située près de Rennes, leur a trouvé une maison. A présent, Elizabeth peut vivre heureuse en France.

Selon Julien Aubert, soutien de Bruno Retailleau à la présidence de LR, le choix éditorial n’est pas anodin : « Le message est clair : il faut changer la politique migratoire pour accueillir les gens et donner plus de moyens aux communes pour le faire ! » Et de questionner : « Est-il normal qu’un magazine pour enfants fasse de la politique ? » 

Du côté du groupe Bayard, on assure « défendre des valeurs humanistes et chrétiennes ». Ce qui implique le « devoir d’aider les personnes qui sont menacées de mort ». Contacté par Valeurs actuelles, Jean-Paul Gourévitch, spécialiste de la littérature de jeunesse, juge que la maison d’édition « impose une idéologie sous forme de récit imagé » comme on pouvait le voir dès l’entre-deux-guerres « avec des magazines pour enfants catholiques comme Cœurs vaillants ou communistes avec Mon Camarade ».

Un délit « passé sous les radars »

Quid de l’homme qui a aidé cette famille à franchir illégalement la frontière française depuis l’Italie ? Selon l’article 823-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), « est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende le fait, pour toute personne, de faciliter ou de tenter de faciliter, par aide directe ou indirecte, l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d’un étranger en France. » 

Interrogé sur ce point, le cadre de Bayard dissimule mal sa gêne  : « Vous avez raison. Cela est passé sous les radars », avant de se retrancher derrière les valeurs de solidarité de la publication. Pour Julien Aubert, la maison d’édition fait passer « la solidarité avant la légalité ». 

Mais la polémique ne semble pas effrayer la rédaction de Youpi : « Depuis le début du mois, nous n’avons eu qu’un seul désabonnement », nous confie l’un de ses membres. « Pourquoi parler de propagande ? Dans nos enquêtes, ce sont les parents qui lisent cette histoire à leurs enfants », affirme l’un de ses collègues.

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Author: Valeurs Actuelles