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La santé en hypertension

Non, je ne peux pas vous donner plus de deux boîtes si vous n’avez pas d’ordonnance. Cette petite ritournelle, on l’entend désormais quotidiennement dans les pharmacies : il devient difficile de trouver, aujourd’hui, plusieurs marques de paracétamol, de l’amoxicilline et certains médicaments pour traiter le diabète ou le cancer.

Il y a toujours eu, dans le passé, des pénuries mais elles étaient ponctuelles : en 2016, on en avait dénombré 405. Le problème, c’est que depuis le début de l’année, elles se multiplient, comme l’indique le site de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qui référence tous les médicaments en rupture de stock ou ceux sur lesquels il y a des tensions de distribution. Cette agence explique que la chaîne de fabrication, très mondialisée, est extrêmement complexe à gérer, que ce soit pour la fourniture de principes actifs, des excipients ou des emballages (plastique ou conditionnement en verre).

Le groupement d’intérêt économique Groupement pour l’élaboration et la réalisation de statistiques, créé par les entreprises de l’industrie pharmaceutique, a chiffré les pénuries à 1 177 médicaments début novembre. Cela a conduit l’ANSM à limiter l’exportation de certains produits ou à demander aux grossistes de fournir aux pharmaciens la moitié des stocks habituels. D’où les tensions dans les officines.

Le taux de tension (impossibilité de fournir les pharmacies pendant une semaine ou plus) a doublé en neuf mois.

Nous sommes toujours loin du pic d’avril 2020, quand 2 000 médicaments étaient en rupture en raison de la crise sanitaire : le grand public s’était alors rendu compte que beaucoup de composants provenaient de Chine, de la région de Wuhan, l’épicentre de la pandémie de Covid-19. Olivier Véran, ministre de la Santé, et Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, avaient alors présenté un plan d’action pour la relocalisation en France de projets de recherche et de sites de production de produits de santé. Mais cela ne se fait pas d’un claquement de doigts – et la crise énergétique et ses conséquences en Europe ne vont pas faciliter les choses. Pour preuve : le taux de tension (impossibilité de fournir les pharmacies pendant une semaine ou plus) a doublé en neuf mois.

Les effets concrets de la fin du numerus clausus ne se verront pas immédiatement, eux non plus. D’où la hausse des délais d’attente pour prendre des rendez-vous médicaux et des tensions observées un peu partout dans la chaîne de santé, notamment à l’hôpital. En 2018, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) a calculé que le délai moyen pour avoir un rendez-vous variait de 6 jours pour un généraliste, à 50 chez un cardiologue, 61 chez un dermatologue et 80 chez un ophtalmologiste.

« De nombreux dermatologues se tournent vers l’esthétique. Malheureusement, ces dermatologues esthétiques ne reçoivent plus de patients pour les consultations habituelles. »

Plusieurs raisons expliquent cette situation. Il y a les déserts médicaux, qui, de fait, rallongent les temps d’attente pour obtenir un rendez-vous (il y aurait un peu moins d’attente dans le nord que dans le sud de la France). Il y a aussi, comme le spécialiste de la téléconsultation Tessan l’observe, une moindre disponibilité de certains médecins : « De nombreux dermatologues se tournent vers l’esthétique. Malheureusement, ces dermatologues esthétiques ne reçoivent plus de patients pour les consultations habituelles. » Autre explication, le vieillissement de la population et le traitement de maladies chroniques. Cela entraîne davantage de rendez-vous chez les médecins qui, en conséquence, ne reçoivent plus de nouveaux patients.

Il y a enfin, ou surtout, les effets néfastes du numerus clausus que les gouvernements successifs connaissaient parfaitement. Il suffisait de regarder la pyramide des âges des soignants pour savoir qu’un jour ou l’autre, il y aurait des problèmes. Entre-temps, les gouvernements n’ont fait, au mieux, qu’appliquer des cautères sur une jambe de bois et, au pire, caché la poussière sous le tapis. Le numerus clausus a disparu en 2021, mais on n’en verra pas les effets avant au moins dix ans.

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Author: Valeurs Actuelles