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Itinéraire d’une immigrée désenchantée

Une femme joviale, au regard franc, habillée d’une robe fleurie. Le rendez-vous est donné dans une brasserie chic, située dans un joli domaine forestier près de Bruxelles, en Flandre. L’ambiance y est feutrée. Après de rapides échanges en néerlandais avec les serveurs, nous voilà dans une pièce paisible, disposés à entamer l’entretien. Étoile montante du parti autonomiste flamand N-VA (Nouvelle Alliance flamande), son profil atypique en désarçonne plus d’un. Femme noire, mère de famille, elle se dit pour une immigration choisie et foncièrement anti-islamiste. « Comme beaucoup de Bruxellois, j’ai quitté la ville en raison de l’insécurité et du communautarisme, qui sont entretenus par un assistanat généralisé de la gauche », confesse-t-elle. Le ton est donné.

Née au Burkina Faso en 1980 dans une famille musulmane, elle obtient la nationalité belge en 2008. Elle se souviendra toujours de ce jour où elle reçut sa carte d’identité : « Je me suis sentie abandonnée. Personne n’est venu me rappeler mes devoirs envers la Belgique, sa Constitution. » Contraste saisissant avec le Burkina où, le matin, « on montait les couleurs et chantait l’hymne national » … Aujourd’hui, elle se dit « fière de[s] on identité flamande » et de sa patrie, la Belgique. « Je suis une musulmane laïque. Je le dis, l’Europe a des racines judéo-chrétiennes. Personne n’a forcé personne à venir ici. À Rome, fais comme les Romains. Si cela ne leur plaît pas, il y a des vols pour l’Arabie saoudite ou l’Iran », assène-t-elle.

Déjà enfant, une volonté de fer

Avant d’arriver au pays du roi Baudouin, Assita Kanko a eu un parcours atypique. Excisée à l’âge de 5 ans, confrontée à la polygamie de son père à 16, Assita comprend très jeune que la place de la femme est secondaire au Burkina. Elle écrira deux livres sur le sujet. Enfant, dans sa petite école, elle forge sa volonté et s’inspire des textes de Simone de Beauvoir et Simone Veil. Son désir d’apprendre et de comprendre est sans limite : « Je voulais des réponses à tout. » Puis, elle décide de partir en 2001 aux Pays-Bas. En 2004, elle s’installe, avec son mari belge, à Bruxelles.

Pour elle, l’Europe représente le « continent des Lumières », de « la liberté d’expression, des droits des femmes ». Elle déchante très vite : « Pensant être Alice au pays des merveilles et de la liberté, je me suis en fait retrouvée telle Alice au pays du communautarisme, de l’islamisme, où la violence que j’ai fuie ne cesse de croître. »

En 2010, à la faveur d’une promenade dans la campagne liégeoise, elle tombe sur l’université d’été du parti de centre droit, le Mouvement réformateur (MR), dont elle prendra la carte dans la foulée. La suite promet une belle carrière politique. En 2019, elle est élue députée européenne sur la liste N-VA. Au Parlement de Strasbourg, elle défend les droits des femmes, des LGBTQIA+, soutient l’indépendantiste catalan Carles Puigdemont, promeut l’écologie.

Son combat contre le “relativisme culturel”

Iconoclaste ? Elle dénonce avec force : « Nos institutions et nos sociétés ont été infiltrées par l’islam politique dont la normalisation du voile est un cheval de Troie. » Assita Kanko déplore que la gauche francophone, contrairement à la gauche flamande, ne se remette pas en question et refuse le principe de l’intégration au nom du multiculturalisme. Lors d’une émission politique très prisée en Belgique début mai 2022, la députée se paye l’islamo-gauchiste Catherine Moureaux, bourgmestre socialiste de Molenbeek depuis 2018 et issue d’une famille investie en politique. Assita Kanko l’accuse de défendre « le port du voile » et « le communautarisme », qui sont pour la famille Moureaux « un business familial » leur permettant de « survivre politiquement ». Ce schéma, elle l’applique à la gauche. Pour elle, la haine de soi des antiracistes équivaut à du « narcissisme ». « Ils se trouvent tellement formidables qu’ils souhaitent que les autres Blancs se haïssent », raille-t-elle.

« Si la France est si mauvaise à tes yeux, pourquoi y restes-tu ? »

Sa vision de l’intégration équivaut à l’assimilation à la française. La députée a en horreur les injonctions de la gauche, qui l’assigne à résidence identitaire et ethnique : « Elle prend soin de moi, me maintient sous perfusion car je suis noire. En faisant cela, elle ôte ma faculté de penser et de faire. Jamais je ne laisserai la gauche dicter ma conduite. » Pour elle, « le relativisme culturel est un racisme comme le communautarisme ».

Grande optimiste, la quadragénaire voit malgré tout de plus en plus de personnes qui se retournent contre « l’assistanat de la gauche, appellent à la méritocratie et plébiscitent l’assimilation au travers de la mixité sociale » . À la fin de notre entrevue, elle tient à s’exprimer sur Rokhaya Diallo, quintessence de cette gauche qu’elle exècre : « Son fonds de commerce, c’est le racialisme et la position victimaire. Je la défie d’arrêter de parler de racisme et de gagner sa vie. » Feignant d’attendre une réponse de l’éditorialiste du Washington Post , elle lance : « Si la France est si mauvaise à tes yeux, pourquoi y restes-tu ? » Une question à poser, en Belgique, aux supporters marocains.

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Author: Valeurs Actuelles