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Euthanasie : l’ « Eldorado » belge qui inspire la France

Olympe, de son vrai prénom Lily, est suivie par environ 250 000 personnes sur Instagram et Youtube, et par plus de 600 000 personnes sur le réseau social TikTok. Sur ces plateformes, elle publie de nombreuses vidéos consacrées à son trouble dissociatif de l’identité. Autrefois appelé trouble de la personnalité multiple, il s’agit d’un trouble psychiatrique caractérisé par la cohabitation de plusieurs identités dans un même corps. Alors qu’elle n’a que 23 ans, Olympe a décidé de mettre fin à ses jours à la fin de l’année 2023, par le biais du suicide assisté, autorisé en Belgique. Sur ses réseaux sociaux, elle a tenu à justifier son choix : « Je suis très fatiguée. […] La vie, je la ressens comme je la subis. » La cause de cette décision ? Le harcèlement scolaire et la maltraitance qu’elle a vécu, les viols auxquels elle a fait face, l’abandon de sa famille, son cyberharcèlement, ses nombreuses hospitalisations et ses troubles psychiatriques. Une décision qui a rapidement suscité la polémique sur les réseaux sociaux.

La Belgique face à de nombreuses dérives

En Belgique, depuis la loi du 28 mai 2002, il est possible d’avoir recours à l’euthanasie. En 2021, 2700 euthanasies ont ainsi eu lieu dans le pays, ce qui représente 2,4% du total des décès enregistrés dans l’année. Pour cela, il suffit d’être majeur ou mineur émancipé et se trouver en pleine possession de sa capacité de discernement. Depuis 2014, les mineurs ont aussi la possibilité d’avoir recours à l’euthanasie s’ils font face à des souffrances insupportables. La demande doit être formulée de manière volontaire, réfléchie et répétée, à condition bien entendu que celui qui souhaite être euthanasié ne subisse pas de pression extérieure. Une telle demande peut être effectuée par une personne faisant face à une souffrance physique qui ne peut être apaisée, ou face à une souffrance psychique. C’est du fait de ce dernier point qu’Olympe pourrait donc avoir recours à cette pratique. C’est aussi en ce sens qu’était euthanasiée en mai dernier une jeune femme pourtant en parfaite santé phyisque. Shanti De Corte, 23 ans, avait survécu à l’attentat de l’aéroport de Bruxelles en mars 2016. Depuis cet événement, elle souffrait d’une dépression qui l’avait poussée à mettre fin à sa vie. La Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie s’était prononcée en faveur de son cas, justifiant son suicide assisté par sa « souffrance psychique ».

« L’euthanasie devient de plus en plus la norme de la bonne mort »

Timothy Davos, professeur de médecine en Belgique et auteur du livre Euthanasie, l’envers du décor, était présent à la Marche pour la vie organisé à Paris le 22 janvier pour « donner un signal aux français que la loi belge de l’euthanasie n’est vraiment pas un modèle ». Il dénonce le manque de contrôle des autorités, expliquant qu’« une euthanasie sur trois n’est pas déclarée ». Selon lui, dans son pays, « l’euthanasie devient de plus en plus la norme de la bonne mort », laissant totalement de côté les soins palliatifs. Surtout, il s’inquiète qu’il ne s’agisse plus d’une exception comme cela était initialement prévu.

Les risques de l’euthanasie en France

En France, la question de l’euthanasie fait rage dans le débat public depuis de nombreuses années, notamment depuis le cas de Vincent Lambert en 2008. Interviewé sur Arte en mars 2021, Jonathan Denis, président de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité, expliquait sa volonté de mettre en place le suicide assisté pour ceux qui le souhaitent : « Nous militons pour la liberté de choisir la fin de sa vie […] Il y a des personnes qui ne voient pas quel principe supérieur devrait les obliger à être en soin palliatifs ou à bénéficier d’une sédation profonde et continue ».

Mais cette position ne fait pas l’unanimité. Aliette Espieux, porte-parole du mouvement de la Marche pour la vie, parle d’ « incohérence médicale » à propos de l’euthanasie puisque « le serment d’Hyppocrate a été conçu pour soigner, pour guérir, pour soutenir, mais certainement pas pour éliminer ». Lucie Pacherie, juriste et en charge de la mobilisation contre l’euthanasie de la fondation Jérôme-Lejeune, explique les dangers que cette pratique pourrait engendrer : « La légalisation de l’euthanasie remettrait en cause l’interdit de tuer, qui est fondateur dans notre société. […] Et si l’on dit qu’il y a des exceptions à l’interdit de tuer, on en viendra à une société dans laquelle la vie n’aura plus sa valeur supérieure ». Et d’ajouter « L’euthanasie va inévitablement créer des hiérarchisations de la qualité des vies ». Elle craint ainsi que « les personnes les plus vulnérables, les personnes âgées, les personnes handicapées, qui se sentent déjà à la charge de la société » se retrouvent à faire face à un « complexe de vivre ».

Au Canada, de plus en plus de personnes isolées ou en situation précaire préfèrent choisir la mort.

Une idée déjà mise en pratique au Canada où, depuis la légalisation de l’euthanasie en 2016, de plus en plus de personnes isolées ou en situation précaire préfèrent choisir la mort. En décembre, le magazine américain The New Atlantis révélait ainsi que le phénomène, d’ampleur, était désormais parfaitement connu des autorités, et que les tentatives d’empêcher ces détournements s’avéraient inefficaces. « Des personnes qui se trouvent dans une situation désespérée, incapables d’obtenir de l’aide, et à qui l’on propose une issue facile : faire disparaître tout cela par une mort médicalement assistée », résumait l’article.

« Quand on crée un droit, on change la société »

Du côté de l’exécutif, la question de la fin de vie semble déjà scellé. En septembre 2022, Emmanuel Macron décorait Line Renaud de la Grand-Croix de la Légion d’honneur, expliquant que « [son] combat pour le droit à mourir dans la dignité [lui] ressemble et nous oblige, parce qu’il est dicté par la bonté, l’exigence, et cette intuition unique, que c’est le moment de faire. Alors nous ferons. » À la fin de l’année 2022 prenait place la Convention citoyenne sur la fin de vie, dont le but était de réunir des propositions en vue d’une éventuelle loi sur la question. Et début janvier commençait à l’Assemblée nationale la mission d’évaluation de la loi Claeys-Leonetti, dont la présidence était confiée au député MoDem Olivier Falorni. Une nomination qui pose problème, ce dernier étant un fervent militant de l’euthanasie et du suicide assisté. Le médecin et fondateur de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (Sfap) Jean-Marie Gomas avait fait part de ses inquiétudes au Figaro : « Cela revient à confier à un pyromane la tête d’une enquête sur un incendie ». Les conclusions de cette mission sont attendues pour mars prochain. Geoffroy Lejeune, directeur de la rédaction de Valeurs Actuelles, invité à débattre en octobre 2022 sur la chaîne Youtube Le Crayon, expliquait son désaccord à légiférer sur la question de l’euthanasie puisque selon lui, « quand on crée un droit, on change la société ».

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Author: Valeurs Actuelles