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Éric Ciotti : “Il faut redresser LR pour redresser la France”

Valeurs actuelles. Cela vous agace-t-il quand on dit que vous êtes le favori de cette élection ?
Éric Ciotti.
Je pense qu’il n’y a pas de favori. Je n’aborde pas cette campagne dans cet état d’esprit. Je fais, depuis fin août, un vaste tour de France qui m’a permis d’aller à la rencontre de toutes les fédérations. L’an dernier, lors du congrès, le fait que je sois arrivé en tête a constitué une forme de pied de nez au politiquement correct et à un scénario écrit d’avance. Ce résultat m’oblige à amplifier le message lancé aux militants. Je ne voulais pas trahir cette confiance. Le résultat du congrès m’a donné de la force et des devoirs. Le pays attend la droite ! Or, il y a un défaut de droite chez LR. Les militants sont en colère par rapport à la situation de la France.

Si vous aviez gagné ce congrès, pensez-vous que le score de LR à la présidentielle aurait été le même ?
Malheureusement, on ne refait jamais l’histoire à l’envers, donc je ne peux pas répondre à cette question. J’ai la prétention de penser que les idées d’une droite assumée répondent aujourd’hui le mieux aux attentes des Français. Les idées que j’ai portées sont plus que jamais d’actualité pour redresser la France. D’ailleurs, l’échec d’une ligne différente a donné de la force à la démarche que je portais.

Qu’est-ce qui a évolué, dans votre programme et dans votre équation personnelle, entre votre candidature au congrès et maintenant ?
La démarche d’un candidat à la présidence de la République est une démarche individuelle. Ici, c’est une approche plus collective pour présider un parti politique, défendre des idées fortes et définir une méthode de gouvernance. Les enjeux ne sont pas les mêmes. Nous devons faire en sorte que Les Républicains, qui sont, aujourd’hui, dans une zone de grand danger, puissent nous conduire à gagner la présidentielle de 2027. Bref, il faut redresser LR pour redresser la France.

Comment définiriez-vous votre campagne ? Au fond, c’est quoi le ciottisme ?
LR doit redevenir la plus grande formation politique de droite en France. La droite, c’est tout à la fois revendiquer la richesse de notre héritage, de notre culture, de notre histoire, vouloir préserver nos modes de vie, notre identité, c’est croire en l’autorité pour restaurer l’ordre républicain, promouvoir une liberté économique à l’intérieur et une souveraineté à l’extérieur. Ces mots – autorité, ordre, identité, liberté, souveraineté – structurent et balisent la ligne droite que je veux tracer pour nous ramener vers la victoire à la présidentielle de 2027.

Julien Aubert a rejoint l’équipe de Bruno Retailleau. Manque-t-il une jambe souverainiste à votre projet ?
Personne n’a le monopole de la souveraineté. J’ai vu, au fur et à mesure des années, la France s’affaiblir en Europe pour laisser place à une domination allemande. L’Europe n’est que le reflet de notre perte d’influence. Longtemps, la France a été le moteur de l’Europe, aujourd’hui elle est devenue un tout petit suiveur. Ce qu’attendent les Français, c’est du bon sens.

Quel est votre modèle économique ?
Un plan économique un peu original. Il nous faut plus de liberté pour casser la paralysie du Cerfa et des 437 agences de l’État qui conduisent à l’inertie. Je propose une alliance inédite entre souveraineté et liberté. LR doit être le parti de la baisse des impôts. La France est le champion des taxes et des charges. Nos dépenses publiques n’ont jamais été aussi élevées alors que nos services publics n’ont jamais été aussi impuissants. MM. Hollande et Macron sont les présidents de l’impôt. Je prône des mesures symboliques très fermes : la suppression des droits de succession, la diminution très importante de l’impôt sur le revenu, la diminution des impôts de production qui pèsent sur les entreprises. Nous devons revendiquer une véritable révolution fiscale.

Avec l’actualité de l’Ocean Viking, le thème de l’immigration reste-t-il un enjeu au-dessus de tous les autres pour la droite ?
L’immigration est l’un des problèmes majeurs de la France aujourd’hui. Il est à la source de beaucoup de maux. Il faut arriver à choisir qui nous décidons d’accueillir ou d’exclure de la communauté nationale. Sur cette question migratoire, il faut retrouver le cours de notre destin. Il y a des enjeux migratoires qui, devant nous, sont extrêmement préoccupants. D’ici à 2050, la population du continent africain atteindra sans doute les 2 milliards de personnes. Aujourd’hui, nous n’avons pas les outils juridiques et les armes sécuritaires pour y faire face. Le préalable pour retrouver le cours de notre destin est de recourir au référendum. Nous avons le devoir de pouvoir décider d’arrêter le regroupement familial. C’est la France qui doit décider et pas l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. Cela, les Français ne le supportent plus et ne peuvent plus le comprendre.

Que proposez-vous pour juguler l’immigration ?
Je ne crois pas à l’immigration zéro. Il faut limiter considérablement les flux. La France va délivrer encore cette année autour de 450 000 titres de séjour. Les demandes d’asile reprennent après la crise sanitaire. Là-dedans, vous avez l’immigration familiale, l’asile et les étudiants. On doit être plus sélectif dans l’attribution des visas. Il faut diviser par trois l’immigration familiale, par deux l’immigration étudiante. L’asile doit être traité à l’extérieur de nos frontières. Quand les demandeurs d’asile arrivent en France, il est déjà trop tard. J’ai toujours prôné la présence des hot spots sur l’immigration. La partie se joue au-delà de nos frontières. Ce qu’il faut, c’est éviter les arrivées en France et en Europe. D’où l’enjeu de repousser les bateaux passeurs vers les côtes africaines. Sur les objectifs : pour réduire l’immigration, il faut considérablement augmenter les expulsions et ne plus accorder aucun droit aux clandestins, ni logement, ni allocation, ni école et bien sûr jamais de régularisation.

Vous souhaitez augmenter le nombre de places dans les centres de rétention administrative. Votre concurrent Aurélien Pradié affirme que cela est impossible…
Je ne suis pas certain qu’Aurélien Pradié soit un vrai spécialiste de ces questions. Si nous voulons vraiment avoir une véritable politique d’expulsion, le seul moyen est le placement des clandestins dans les centres de rétention administrative, les taux de reconduite y sont presque dix fois supérieurs à la moyenne. Je souhaite aussi que l’on rétablisse le délit de séjour illégal. C’est M. Hollande qui l’a abrogé. On nous dit maintenant que c’est impossible en raison des règles européennes. Il faut renégocier ces règles. Ce délit de séjour illégal permettrait d’interpeller, de placer en garde à vue et de mettre dans des centres de rétention ceux qui se trouvent en situation irrégulière.

Vous avez condamné les propos d’une « extrême gravité » de Grégoire de Fournas quand Bruno Retailleau a défendu le député RN. Lequel de vous deux a fait preuve d’imprudence sur cette affaire ?
J’ai vécu en direct cette séquence. Il n’y a pas que moi qui les ai condamnés. Marine Le Pen aussi, à sa façon.

Marine Le Pen parle d’une « maladresse », mais n’a pas condamné le député Fournas…
C’est une forme de condamnation. M. de Fournas n’est plus porte-parole et plus membre du conseil national. Ça veut bien dire qu’il y a un problème. Je n’ai pas voté les sanctions contre M. de Fournas, mais j’ai condamné des propos qui traduisent le chaos dans l’hémicycle. Pour avoir été présent au moment où ça s’est passé, je peux dire que cette interrogation était aussi présente sur les bancs du Rassemblement national. Je tiens à rappeler trois choses : je n’ai pas soutenu M. Bilongo, je n’ai pas cité le Rassemblement national et je n’ai pas parlé de racisme. En tant que questeur de l’Assemblée nationale, je me suis battu contre les tenues débraillées des députés Nupes et pour le port obligatoire de la veste dans l’hémicycle. Le désordre, peu importe sa forme, n’a pas sa place dans notre Assemblée.

Les militants vous ont-ils parlé de l’affaire Fournas ?
Il y a une interrogation sur la nature de ces propos. Les militants refusent, comme moi, le politiquement correct et tout ce qui peut être assimilé à une forme de racisme.

Ont-ils aussi évoqué Nicolas Sarkozy, qui souhaite un accord entre LR et Emmanuel Macron ?
Cela fait plusieurs années que cette question vise à déstabiliser la droite républicaine. J’ai toujours, de façon constante, refusé toute forme d’alliance avec le macronisme, et ce, dès 2017. Je n’ai jamais voté pour M. Macron, ni en 2017 ni en 2022. Cette ligne a été tranchée pour les députés LR avec le départ de Damien Abad. Personne ou quasi personne ne l’a suivi. Je suis donc en totale opposition avec ce que prône Nicolas Sarkozy. J’ai eu l’occasion de le lui dire : monter dans le Titanic quand il coule nous conduirait à disparaître.​

Nicolas Sarkozy est allé jusqu’à soutenir l’une de vos adversaires sur votre territoire lors des législatives…
C’est une blessure personnelle. Le sens de ma candidature à la présidence des Républicains se trouve dans le refus de toute forme d’alliance avec un pouvoir qui a dégradé la France. Cette ligne directrice a été tranchée au moment des législatives, mais elle méritera d’être installée de manière intangible avec l’élection du président du parti. La clarté sur ce sujet, c’est également ne pas oublier que Nicolas Sarkozy est le dernier à avoir réussi à nous amener à la victoire. On ne peut pas l’effacer. Au plan local, je combats tous les jours la clique Muselier-Estrosi, ces petites marionnettes du macronisme.

Votre groupe à l’Assemblée est attaqué comme étant la “béquille” de la majorité. Seriez-vous prêt à déposer une motion de censure contre le gouvernement ?
C’est une arme institutionnelle dont nous disposons. Maintenant, il faut faire attention à ne pas tomber dans tous les pièges. Je ne souhaite pas être la béquille d’Emmanuel Macron, mais je ne souhaite pas non plus faire la courte échelle à Jean-Luc Mélenchon.

Vous mettez Mélenchon et Le Pen sur un pied d’égalité ?
Non. Le danger majeur se situe dans la vision terrifiante de la société prônée par la Nupes. Sandrine Rousseau incarne une réhabilitation de la Terreur et de la punition. Marine Le Pen incarne autre chose.

Vous avez annoncé votre intention de soutenir la candidature de Laurent Wauquiez pour 2027 en cas de victoire au congrès. Êtes-vous convaincu qu’il existe chez les sympathisants un consensus autour de ce choix ?
Cherchez l’unanimité, vous trouverez l’immobilisme. La droite manque d’un chef. Dans notre situation, il est urgent de faire des choix forts. C’est simple : si nous ne remportons pas la prochaine élection présidentielle, nous disparaîtrons. Et pour cela, nous devons retrouver une incarnation essentielle à un retour de la cohésion interne. Il faut en finir avec le processus des primaires. Il nous a conduits par deux fois à la défaite. Il nourrit les divisions et aboutit à la désignation bien trop tardive d’un candidat. Désigner celui qui doit incarner notre projet trois mois seulement avant le lancement de la campagne officielle, c’est irresponsable et perdu d’avance.

Le désigner dès 2023, n’est-ce pas l’exposer et lui mettre une cible dans le dos ?
C’est l’argument de ceux qui ne sont pas clairs dans leur démarche et qui ont sans doute un agenda caché. Toutes les ambitions sont légitimes, mais on doit aux militants de les exprimer maintenant.

Vous faites donc compagne pour lui, mais Laurent Wauquiez fait-il campagne pour vous ?
Il m’a apporté un soutien total et très prononcé. Pour le reste, je n’a i pas de conseils à lui donner. Une stratégie présidentielle reste quelque chose de très personnel. Il a son propre calendrier. Je le respecte.

Quelle est votre position sur la constitutionnalisation de l’IVG ?
J’y suis favorable sur la base de la loi Veil. Cela fait partie de l’héritage de notre famille politique.

Existe-t-il un risque que la GPA arrive en France ?
Évidemment. Le gouvernement entretient d’ailleurs une certaine ambiguïté sur la question…

N’êtes-vous pas ambigu quand vous vous abstenez lors du vote sur la PMA, en juin 2021 ?
Il faut savoir prendre en compte les évolutions de la société.

Vous êtes un conservateur ?
Si être conservateur signifie préserver les modes de vie, la culture, l’histoire que nous avons reçus en héritage, oui. Je veux, oui, conserver ce que nous sommes. Je veux que la France reste la France. J’ai été le premier aux primaires à porter ce slogan. En revanche, si cela signifie refuser le progrès et être en permanence tourné vers le passé, pas totalement.

Éric Zemmour a-t-il abîmé la droite en préemptant certains de ses thèmes dans une grande hostilité politique et médiatique ?
Je ne renie en rien ce que j’ai dit à l’époque sur Éric Zemmour. Il a dressé des constats sur les menaces qui pèsent sur notre société. Ensuite, il a totalement échoué à recueillir une adhésion des Français. Sa tentative a échoué.

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Author: Valeurs Actuelles