Valeurs Actuelles relais de brèves

[Entretien] « Le manque à gagner pour EDF devrait être d’au moins 20 milliards d’euros »

Valeurs actuelles. Quelles sont les propositions de la CRE ?
Nicolas Leclerc. Je rappelle, en préambule, que le gouvernement a bloqué le tarif réglementé du gaz en octobre 2021 et que depuis, il finance bien entendu l’écart entre le prix du marché et le prix bloqué. Sans cela, ENGIE aurait mis la clé sous la porte. Sur l’électricité, il a fait la même chose ce qui a permis, début 2022, de limiter à 4 % la hausse des tarifs réglementés pour les petits professionnels et les particuliers.

Selon une formule de détermination de prix définie par la loi, la Commission de régulation de l’énergie a proposé au gouvernement une hausse moyenne, dès le 1er février 2023, de 99,22 % des tarifs réglementés, plus précisément de + 99,36 % pour les tarifs bleus résidentiels et + 97,94 % pour les tarifs bleus professionnels. Au gouvernement, maintenant, de répondre, d’accepter ou de refuser. Or avant même que la Loi de finances pour 2023 soit votée, le gouvernement avait décidé de limiter la hausse des tarifs à 15 %. J’imagine donc qu’il va refuser la proposition de la CRE et imposer une nouvelle grille tarifaire correspondant à une hausse de 15 %.

Est-ce-que le gouvernement a beaucoup de marges de manœuvre pour limiter la hausse ?
Il avait déjà considérablement baissé les taxes payées par les consommateurs. Ainsi l’année dernière, il a ramené la Taxe interne sur la consommation finale d’électricité à 0,5 euro le mégawatt heure pour les professionnels et à 1 euro le mégawatt heure pour les particuliers. Par ailleurs, les consommateurs ont pu bénéficier de davantage l’électricité au titre de l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (ARENH), qui a contraint EDF à vendre de l’énergie à bas coût à ses concurrents. Cette augmentation ne pourra pas être pérennisé en 2023 car Bruxelles pourrait considérer cela comme une aide de l’État. Par ailleurs, aujourd’hui, il n’y a pas assez d’énergie nucléaire pour tout le monde : ce que les fournisseurs alternatifs n’arrivent pas à avoir d’EDF, ils doivent aller le chercher au prix fort ailleurs, c’est ce qui explique la hausse pour tous les clients hors tarifs réglementés.

Tout cela représente un manque à gagner considérable pour EDF et donc l’Etat ?
Oui. Compte tenu des chiffres de 2022, le manque à gagner pour EDF devrait être d’au moins 20 milliards d’euros en 2023. Il sera payé, d’une manière ou d’une autre, par le contribuable. En bloquant la hausse des prix à 15 %, le gouvernement va devoir financer EDF pour son manque à gagner. Or dans le même temps, il a dépassé la barre de 90 % de participation au capital de l’électricien qui sera donc bien nationalisé. Il se retrouve donc dans une situation que je qualifierai de poche droite poche gauche : soit l’État finance EDF en apportant du capital, soit EDF verse moins de dividendes à l’État.

Comprenez-vous la colère des boulangers liée à l’explosion des coûts énergétiques ?
Ce que l’on constate aujourd’hui, c’est que bon nombre de boulangers se sont retrouvés bloqués auprès de certains fournisseurs alternatifs d’énergie avec des grilles de prix sans engagement de durée et avec tacite reconduction, ce que nous déconseillons toujours à nos clients , car c’est bien là que se cachent les loups. Les boulangers ont donc subi des hausses de prix délirantes avec tacite reconduction. L’État a tout à fait raison de leur venir en aide pour éviter que le tissu local ne soit trop impacté.

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Author: Valeurs Actuelles