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[Entretien] Jordan Bardella : « Parfois, je ne réalise pas que je n’ai que 27 ans… »

Valeurs actuelles. En accordant votre premier grand entretien à Valeurs actuelles, ne craignez-vous pas de donner raison à ceux qui, parmi vos adversaires, voient en vous l’incarnation d’une ligne identitaire au Rassemblement national ?
Jordan Bardella. Il y a longtemps eu une incompréhension entre la droite conservatrice et le Rassemblement national, fondée sur des faux procès qui nous sont faits. J’ai toujours revendiqué une capacité de dialogue et d’ouverture. Quand je m’exprime devant vos lecteurs, en mars dernier [lors du Grand Débat des Valeurs au Palais des sports de Paris, NDLR], je le fais avec la conviction que ceux qui s’apprêtent à voter pour Éric Zemmour font une erreur. Mais en étant franc avec eux : je n’étais pas le plus conservateur parmi les orateurs. Le Rassemblement national n’est pas un parti conservateur. Il est attaché à des limites et à certaines valeurs, mais la France ne répond pas au clivage entre le conservatisme et le progressisme, ni à celui entre la gauche et la droite. L’ADN du marinisme a conquis les classes populaires. L’enjeu pour nous est désormais de parler aussi à une droite qui se sent orpheline de leader.

“Identitaire”, c’est une insulte ?
Dénoncer les conséquences de la politique d’immigration massive ne signifie pas être un identitaire. De fait, le terme est connoté, parfois à tort, par nos adversaires pour essayer de radicaliser une pensée. Face aux “pédagogues du renoncement”, pour paraphraser Charles Péguy, il faut faire preuve de fermeté sur la question migratoire.
Tout en me démarquant de l’étiquette réductrice d’identitaire, je pense en revanche que ma sensibilité particulière pour ces sujets tient à mon histoire. Mes parents se sont séparés quand j’avais un an. J’ai eu la chance de grandir dans deux milieux très différents. Avec mon père dans le Val-d’Oise, dans un territoire rural, protégé et préservé. Et avec ma mère en Seine-Saint-Denis, dans un territoire perdu de la République, rapidement devenu un territoire conquis par l’islamisme. J’ai ressenti la violence la plus douloureuse que peut connaître un citoyen : celle de se sentir étranger dans son propre pays au point de ne plus le reconnaître.
À l’origine de mon engagement politique, il y a à la fois cette crainte de voir ce que j’ai vécu dans mon quartier devenir une réalité pour le reste du pays, mais aussi l’inquiétude de ma mère, qui, passé le 5 du mois, était à découvert. Voilà pourquoi je considère l’étiquette d’identitaire qui m’est parfois accolée fausse et malhonnête.
Ma différence avec ceux qui préemptent ce terme tient dans le fait que je crois à l’assimilation. Je suis un Français de “sang-mêlé”. Ma famille n’est pas d’ici, mais elle l’est devenue par amour de la France. C’est l’histoire de millions de gens qui, arrivés en France, ont fait l’effort difficile d’abandonner une partie de leur culture d’origine pour se fondre dans la culture nationale. Aujourd’hui, cette politique d’assimilation est rendue impossible par la logique du nombre. On assimile des individus, pas des peuples.

​Ce n’est pas à moi de dire que l’islam est compatible avec la République, c’est aux musulmans de le prouver.

Quelles sont, selon vous, les conséquences de l’effacement progressif de l’empreinte du catholicisme en France pour notre société ?
André Malraux les décrit dans les Chênes qu’on abat… : une société qui ne croit plus en rien cesse d’exister. La civilisation chrétienne est à l’origine de notre histoire, de nos valeurs et de nos principes. Je suis agnostique, mais je respecte ceux qui ont la foi.

Selon la formule consacrée, l’islam est-il compatible avec la République ?
La spiritualité musulmane, je ne la connais pas et je n’ai même pas à la connaître, parce que j’aspire à des responsabilités à la tête d’un État laïc. Ce n’est pas à moi de dire que l’islam est compatible avec la République, c’est aux musulmans de le prouver : 57 % des jeunes musulmans considèrent que la charia est supérieure à la loi républicaine. Aujourd’hui, les radicaux ont gagné. Or, l’islam comme système politique prospère, avec ses lois et ses valeurs propres, justement parce qu’il n’y a plus d’horizon indépassable.

La laïcité est utilisée pour lutter contre les poussées islamistes, mais c’est également en s’en revendiquant que le tribunal administratif fait déboulonner une statue de saint Michel en Vendée. Comment combattre l’islam politique sans renier nos fondements religieux ?
J’ai du mal à distinguer le patrimoine chrétien du patrimoine français. Les deux sont indissociables et doivent être défendus. Il y a aujourd’hui deux grandes idéologies qui se battent, avec des armes différentes, pour le même objectif : l’islamisme et le “wokisme”. Elles visent la déconstruction de notre identité, de notre patrimoine, de nos frontières. Autant d’éléments que le RN souhaite préserver.

Il pèse encore sur nos épaules le reliquat de quarante années de diabolisation. Ce n’est pas rien.

En quoi Marine Le Pen était-elle une meilleure candidate que ne l’était François Fillon en 2017 ?
Il y a chez nous un gage de sincérité qu’il n’y a plus à droite. Quand vous avez vendu le Kärcher trois fois et qu’il est resté à la cave à chaque fois, les gens n’y croient plus. En 2017, il y avait peut-être encore l’illusion chez certains que François Fillon aurait pu battre Emmanuel Macron au second tour, ce que je ne crois pas. Notre socle social est une force. Et notre “ligne sociale” n’a rien d’une ligne socialisante : elle consiste à défendre les classes populaires, les classes moyennes, leur pouvoir d’achat et leur modèle de protection sociale. Cela ne relève pas du communisme ! Je refuse de laisser le pouvoir d’achat et la défense des retraites à la démagogie de l’extrême gauche. Précisément ce qu’avait réussi à faire Nicolas Sarkozy en 2007.

Nadine Morano et François-Xavier Bellamy sont régulièrement cités parmi les ralliements que vous envisagez en vue des élections européennes de 2024. Leur débauchage sera compliqué. Comment expliquez-vous que des profils comme les leurs rechignent à vous rejoindre ?
Beaucoup d’entre eux sont encore dans un combat philosophique. Je suis dans le combat politique.

Et ?
La prochaine élection est un scrutin européen où l’enjeu sera de défendre notre modèle social et la civilisation européenne. Des patriotes sincères comme Nadine Morano ou François-Xavier Bellamy partent-ils seuls sur une liste qui fera moins de 5 % ? ou décident-ils de rejoindre le seul mouvement qui puisse conduire les idées nationales à la tête de l’État ? Le Rassemblement national n’est plus un parti de contestation, mais une force politique amenée à gouverner dans les prochaines années. L’opposition entre la gauche et la droite est archaïque. On peut se sentir de droite ou de gauche, mais l’histoire de France montre qu’à chaque fois que le pays a été confronté à des périls majeurs, ce clivage est devenu secondaire. Le Rassemblement national est dans la situation dans laquelle s’est retrouvé de Gaulle en 1958, quand il récupère un pays usé par douze ans de gouvernance des partis. Aujourd’hui, nous nous posons en défenseur de la grande alternance attendue et du rétablissement de l’État souverain.

Néanmoins, quelles responsabilités portez-vous dans le fait que la droite patriote ne se soit pas unie ?
Il pèse encore sur nos épaules le reliquat de quarante années de diabolisation. Ce n’est pas rien. Cela a longtemps tenu à l’écart de notre mouvement un certain nombre de profils pour qui nous rejoindre signifiait la mort sociale. Mais aujourd’hui, les Républicains ne sont plus vraiment en position de négocier… Ils appartiennent à un parti qui relève de l’astre mort, en passe de devenir un syndicat d’élus locaux. Chez LR, il n’y a plus d’incarnation, plus de ligne, plus de projet. Beaucoup de leurs électeurs n’ont pas envie de rejoindre l’armée de Macron, car ils sont des patriotes attachés au retour de l’ordre et de l’autorité et à la valeur travail. C’est ce que nous leur proposons.

​Les positions d’Éric Zemmour depuis le second tour de l’élection présidentielle ne me laissent pas croire à une prise de conscience de sa part. Bien au contraire.

Bien que le RN se revendique du “ni droite ni gauche”, admettez-vous que le “camp national”, de fait, penche plutôt vers la droite ?
Je me sens évidemment mille fois plus proche idéologiquement de François-Xavier Bellamy que de Manuel Valls. Je dis simplement que certains défenseurs de ce clivage omettent le fait qu’un grand nombre de nos électeurs viennent de bastions historiques de Jean Jaurès ou de Léon Blum. Le clivage entre mondialistes et patriotes est plus qu’opérant sur la scène politique. Il est écrasant. Avec deux camps, Renaissance et le Rassemblement national, qui assument non pas un synthétisme entre la droite et la gauche, mais un dépassement du clivage.
Éric Zemmour pensait devenir le trait d’union entre LR et le RN en étant à notre droite. Il a raté son pari politique, devenant prisonnier de ses outrances caricaturales et de son caractère monothématique. Par aventure personnelle, il a pris le risque de faire qualifier Jean-Luc Mélenchon au second tour de l’élection présidentielle et donc d’être responsable de la défaite du camp national. Les deux ont d’ailleurs un point commun : ce sont des candidats hémiplégiques. Zemmour ne parle que d’insécurité culturelle et omet totalement l’insécurité sociale. Mélenchon, c’est l’inverse. Je pense que le Rassemblement national propose une solution plus globale, celle qui appelle au dépassement.

Le jugement que vous portez sur Éric Zemmour et de sa campagne est-il définitif ? L’urgence que vous décrivez ne dépasse-t-elle pas les erreurs politiques qu’il a pu commettre ?
Désolé, mais non. Je suis attaché à la loyauté vis-à-vis de nos électeurs. Les cadres de Reconquête ! sont des personnes qui ont quitté le Rassemblement national dans des conditions moralement condamnables. Je l’assume : j’aurais énormément de mal à retravailler avec des gens qui, à l’aube d’un assaut décisif, ont changé d’uniforme juste avant de sortir de la tranchée. Mon objectif n’est pas de lancer des bouées de sauvetage à tous ceux qui n’ont pas eu le nez fin, mais d’aller convaincre leurs électeurs que le RN demeure le meilleur avocat de leurs idées.
Les positions d’Éric Zemmour depuis le second tour de l’élection présidentielle ne me laissent pas croire à une prise de conscience de sa part. Bien au contraire. Ce qu’il fait aujourd’hui, c’est ce qu’on faisait il y a trente ans : la contestation, la recherche de la polémique, l’agit-prop… Tout ça ne sert plus à rien dans une France qui n’a jamais autant partagé nos idées.

Où se situent désormais les réserves de voix du Rassemblement national ?
La mobilisation des abstentionnistes me paraît essentielle. Il faut aller chercher ces Français qui sont sortis du système politique traditionnel. Christophe Guilluy l’explique dans Fractures françaises : la France périphérique représente 60 % du corps électoral. Celui qui emporte les classes populaires et les classes moyennes remporte l’élection présidentielle. Notre marge de progression se situe aussi auprès des retraités, qui ont en réalité exprimé un vote conservateur avec Emmanuel Macron. Le candidat de l’inertie et du statu quo, c’est lui.
Le fait de n’avoir jamais gouverné est à la fois notre meilleur atout et notre plus grande faiblesse. Un atout, parce qu’on porte une offre qui, sur le fond, n’a jamais été essayée depuis quarante ans. Une faiblesse, car, plus la société et l’opinion deviennent instables, moins les électeurs sont tentés par ce saut dans l’inconnu.

La politique m’est passée dessus comme un rouleau compresseur. Je n’ai pas eu le droit à l’insouciance de la jeunesse.

Parlons un peu de vous.
Je déteste ça…

Que ressent un jeune homme de 27 ans quand il monte sur la scène de la Mutualité après avoir été élu président du Rassemblement national ?
Il s’agissait d’un moment très difficile. Je l’avais déjà vécu à la Mutualité le 13 janvier 2019, au moment de lancer la campagne pour les européennes.

Pourquoi difficile ?
C’est dans ces moments-là que tu comprends que ta vie va changer et qu’il n’y a plus de retour en arrière. La politique m’est passée dessus comme un rouleau compresseur. Je n’ai pas eu le droit à l’insouciance de la jeunesse. En l’espace de dix ans, je suis passé de colleur d’affiches à président de parti. Parfois, je ne réalise pas que je n’ai “que” 27 ans.

Éprouvez-vous la peur de ne pas être à la hauteur ?
Les gens qui viennent vers nous ont généralement tout essayé. Ils ont été trahis par la droite et par la gauche. Ils placent en nous un espoir sans commune mesure. Je ne suis pas un idéaliste : j’ai toujours considéré qu’on arriverait au pouvoir le jour où le pays serait sur une ligne de crête ; là où le point de non-retour sera facile à percevoir.

Comment réagissez aux critiques qui vous décrivent comme un “cyborg” sans émotion, qui ne vit que pour la politique ?
Dans les couloirs, personne ne m’appelle “le cyborg”… Cela relève de la légende urbaine et de la création médiatique ! Mais j’ai l’habitude : pendant des années, on disait de moi que j’étais “la caution moderne”, “l’image du renouveau”, “la façade ripolinée du RN”. Vingt-quatre heures après mon élection, j’étais devenu “l’identitaire” et “l’extrémiste”. En dehors de ma vie politique, j’essaie de vivre comme un jeune de 27 ans : écouter de la musique, sortir avec des amis, boxer, regarder des séries, cuisiner. Mais faire des pâtes, je ne vais pas vous mentir, cela me fait moins vibrer que de faire de la politique.

​J’appartiens à une génération qui n’a pas connu la France “qui va bien”, qui est fière d’elle-même et qui protège son identité.

Hormis votre enfance à Drancy, dont vous parlez toujours, on ne sait finalement que peu de choses sur votre vie…
Vous ne savez rien parce que ma vie privée est mon dernier espace de liberté. Quand on fait de la politique, on ne s’appartient plus. C’est une forme de sacrifice. Tout ce qu’on fait, tout ce qu’on dit, se trouve analysé et interprété. J’essaye de me créer une bulle et de rester à l’écart des commentaires.
Si je parle souvent de mon enfance, c’est parce que mon expérience est aussi à la base de mon engagement. Traditionnellement, on vient à la politique par un milieu politisé, par l’éducation, par la lecture. Chez moi, c’est le réel qui est à l’origine de ma prise de conscience. C’est la politique qui, ensuite, m’a amené à la littérature et au monde des idées.

Comment définissez-vous la nouvelle génération de responsables politiques à laquelle vous appartenez ?
J’appartiens à une génération qui n’a pas connu la France “qui va bien”, qui est fière d’elle-même et qui protège son identité. Je suis né en 1995, mais c’est 2005 qui a accouché réellement de ma génération, avec le non à la Constitution européenne et les émeutes dans les banlieues. Intellectuellement, j’appartiens à cette génération qui a grandi avec Michéa, Onfray, Guilluy, Finkielkraut, Buisson…

Zemmour ?
Le Zemmour du Suicide français et du Destin français, oui. Même si j’ai toujours trouvé ses écrits extrêmement sombres et pessimistes, il a participé à l’éveil civique de mon époque.

Qu’est-ce que vous recherchez dans vos lectures ?
Quand je lis le Dictionnaire amoureux de l’histoire de France, de Max Gallo, ça me permet de sortir un peu des essais politiques et de mon quotidien. Je considère ce livre comme une forme de suite à l’ Histoire de France de Jacques Bainville. Je profite aussi de mon temps libre pour rattraper mon retard sur une culture à laquelle je n’ai pas eu accès plus jeune. Je n’ai pas fait les grandes écoles, mon seul diplôme étant le baccalauréat. Je ne suis pas allé au bout de mes études de géographie, m’étant arrêté en troisième année de licence. Cela m’a été souvent reproché, mais je ne suis absolument pas complexé. Je prends des cours particuliers d’anglais et d’économie.

Il se dit que vous discutez régulièrement avec Laurent Alexandre…
Ses livres m’ont initié à l’intelligence artificielle, un sujet que j’affectionne particulièrement. On aurait tort de réduire l’enjeu civilisationnel au seul péril identitaire. Notre incapacité à contrôler le transhumanisme représente une réelle menace pour notre civilisation. Je discute en effet régulièrement de cela avec lui, alors que nous ne sommes d’accord sur rien politiquement. J’aime séduire des personnes qui sont en totale opposition à mes idées.

Je suis agnostique, mais je finis par croire au sens de l’Histoire. Ce que nous incarnons est tellement puissant que cela brisera tous les plafonds de verre.

Comment définir le “bardellisme” ?
C’est une forme de bon sens et de pragmatisme. Selon moi, ma génération va être confrontée à trois grands défis. Le premier : le défi démographique. La population africaine va doubler d’ici à 2050. À la fin du siècle, nous serons 11 milliards sur la planète. Ensuite, le défi climatique. Notre famille politique commettrait une lourde erreur en se comportant de manière aussi aveugle à l’égard de la question environnementale que la gauche sur l’immigration depuis trente ans. On ne peut plus se permettre de nier. Je connais des 18-24 ans qui ont hésité entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, mais qui ont finalement voté à gauche en raison de l’écologie. Aborder les sujets climatiques, c’est aussi dénoncer le boom démographique et la mondialisation effrénée. Il y a une cohérence idéologique avec toutes les questions que nous portons depuis plusieurs décennies. Quand on parle de localisme, de patriotisme économique ou de nucléaire, ce sont des vraies réponses apportées à ces problèmes.
Le troisième grand défi réside dans le sujet de l’intelligence artificielle, que j’évoquais déjà plus haut. La thèse de Yuval Noah Harari dans Homo deus , c’est qu’au XXIe siècle, les hommes vont avoir les pouvoirs des dieux entre leurs mains : la création du vivant, la modification du génome, la colonisation spatiale… Tout l’enjeu sera de réussir à les dompter. L’intelligence artificielle va permettre d’avoir des puissances de calcul infiniment supérieures à ce dont l’esprit humain est capable. Il nous faudra adapter notre manière de concevoir l’économie. Dans une économie mondiale, l’Europe ne peut pas se contenter de réguler en permanence. Quand on voit la Chine investir dans la 6G et que, dans le même temps, Paris est l’une des seules capitales au monde à refuser les antennes 5G… La France prend un retard technologique considérable.
C’est dans cette logique que je souhaite lancer avec le parti un cycle de colloques sur des thèmes où l’on a moins de réflexion : l’écologie, le numérique, la souveraineté alimentaire, etc.

Que doit changer Marine Le Pen pour gagner en 2027 ?
Il n’y a pas de raison de changer de stratégie quand celle-ci nous amène à convaincre de plus en plus de Français d’élection en élection. Dans un paysage politique en ruine, Marine fait aujourd’hui figure de stabilité.

Vous ne croyez pas au plafond de verre et au déficit de crédibilité qui lui est reproché ?
Je suis agnostique, mais je finis par croire au sens de l’Histoire. Ce que nous incarnons est tellement puissant que cela brisera tous les plafonds de verre. Cette force populaire s’est exprimée au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Pologne, en Hongrie, en Italie… La France a souvent donné l’exemple des révolutions en Europe. Cette fois, nous serons ceux qui fermeront le ban.

​Pour Macron, l’immigration n’est pas un problème. C’est un projet.

Comment expliquez-vous l’émoi particulier provoqué par l’affaire de l’ Ocean Viking ?
Quand un président est élu, il y a toujours un effet d’emballement de quelques mois. Pas cette fois. On se dit qu’on est face à un président réélu par défaut. Il y a autour de Macron le sentiment d’une très grande confusion, l’impression d’être face à un État qui ne répond plus de rien. La preuve avec cette fuite ahurissante dans la nature de 26 mineurs isolés sur les 44 que comptait le bateau… C’est ce qui rend tous les sujets encore plus inflammables. Il y a la conscience chez beaucoup de Français que la décision d’accueillir l’ Ocean Viking crée un précédent. Plus que ce bateau, plus que ses 234 migrants à l’intérieur, ce sont les 450 000 entrées légales par an qui interpellent les Français. Parce que ce sont eux qui ont le sentiment qu’on est en train de multiplier les portes de la Chapelle et les Seine-Saint-Denis chez eux, qu’il n’y a plus un seul territoire dans ce pays où on est à l’abri de la violence ou de la répartition des migrants. L’immigration n’est plus un sujet qui divise les Français. Il les rassemble.

Pourquoi Emmanuel Macron ne mesurait-il pas l’impact de la décision d’accueillir ce navire ?
Il fait partie de cette classe dirigeante qui n’a pas côtoyé de près les dégâts de l’immigration. L’économie et les sciences sociales s’apprennent dans les livres. Le changement démographique, par contre, on doit y avoir été confronté pour comprendre que l’immigration n’est plus une chance. Au sommet de l’État, ils ont pourtant conscience d’un certain nombre de conséquences néfastes de notre politique migratoire sur notre pays. Quand François Hollande ou Gérard Collomb quittent le pouvoir, ils parlent de « partition » pour l’un et de « guerre civile » pour l’autre. Pour Macron, l’immigration n’est pas un problème. C’est un projet. Lui, pour le coup, il a un côté “cyborg”. Vous m’interrogiez sur ma propre doctrine ; je pourrais vous répondre, dans un clin d’œil : “connectée au réel”.

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Author: Valeurs Actuelles