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[Entretien] Henri Leroy : « La droite doit revenir aux valeurs du RPR »

Valeurs actuelles. Sur l’affaire Lola, rejoignez-vous la doxa qui accuse de récupération d’une part, ceux qui pointent le fait que l’Algérienne principale suspecte n’a pas été expulsée et, d’autre part, ceux qui avancent un “francocide” contre la jeune fille ?
Henri Leroy. Si les obligations de quitter le territoire français (OQTF) étaient véritablement exécutées, ce qui n’est hélas pas le cas pour plus de 90 % d’entre elles, la petite Lola serait évidemment en vie. Il y a bien sûr une relation de cause à effet et il est injuste d’accuser de récupération ceux qui l’ont pointée. Quant au terme “francocide”, il est employé par Éric Zemmour qui reste un commentateur. Ceux qui sont les plus légitimes à parler sont les élus de la République. Je ne pense pas néanmoins que l’on puisse qualifier ces commentaires de récupération.

La responsabilité du ministère de l’Intérieur étant criante, Gérald Darmanin aurait-il dû démissionner ?
Non. S’il y en a un qui devrait démissionner, c’est le président de la République. Le ministre de l’Intérieur ne fait qu’exécuter les instructions venant de son cabinet. Hormis sur ce sujet, je trouve au contraire que Gérald Darmanin s’est très bien débrouillé sur le Beauvau de la sécurité et sur le projet de loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur (Lopmi).

Le projet de loi, justement, prévoit un doublement de la présence des forces de l’ordre sur le terrain d’ici à 2030, une hausse de 15 milliards du budget de l’Intérieur et, sur cinq ans, 8 500 créations de poste… Sommes-nous enfin sur la bonne voie ?
La Lopmi est une bonne loi, résultant d’une longue période de consultations, de concertations et d’enquête, avec 400 auditions et une cinquantaine de tables rondes. Cela a commencé en 2018 avec la commission d’enquête du Sénat sur l’état des forces de sécurité intérieures qui a duré six mois et a abouti à un rapport de 400 pages, remis à Édouard Philippe et renvoyé dernièrement à Gérald Darmanin et Éric Dupond- Moretti. Nous y avions mis en évidence tous les problèmes sur les équipements, les salaires, les conditions de travail… Cette loi va loin, aucune loi n’a jamais été aussi loin dans ce domaine, mais ce n’est jamais assez, car la sécurité est la première des libertés.

Vous remerciez donc le gouvernement ?
Non, j’apprécie, comme je l’ai dit, d’avoir été écouté et entendu sur l’ensemble des demandes formulées. Je ne le remercie pas, c’est son boulot. Maintenant, j’émets deux réserves. Il faut tout d’abord que le décret d’application soit pris le plus rapidement possible par le président de la République. Puis il faut que la restructuration des forces de sécurité se fasse sur le terrain.

La Lopmi prévoit également un important volet consacré à la cybersécurité. Est-il à la hauteur ?
Près de 40 % des 15 milliards d’euros débloqués seront consacrés aux nouvelles technologies et à la lutte contre la cybercriminalité. Oui, il y a une prise de conscience. Mais je me méfie énormément des effets d’annonce de ce gouvernement, qui reste professionnel de la communication.

En revanche, vous n’avez pas été entendu sur le redéploiement des zones police et gendarmerie, question à laquelle Gérald Darmanin vous a répondu négativement en audition.
Gérald Darmanin a fait un premier pas sur l’organisation de la police. Car ce que l’on présente comme la réforme de la police judiciaire est en réalité la réforme départementale de la police. Aujourd’hui il y a six directions, demain il n’y en aura qu’une. Est-ce que la PJ fera le même boulot ? Bien sûr, mais il n’y aura qu’un chef, qui aura des moyens et des missions. Mettre les gens sur le terrain est une attente forte. Par ailleurs, j’avais effectivement proposé au gouvernement de recréer les 15 escadrons de gendarmerie supprimés sous Nicolas Sarkozy, mais il n’en recréera finalement que 7, avec 4 nouvelles compagnies de CRS. C’est quand même un effort important.

En relecture, le Sénat a renforcé la loi en alourdissant les sanctions prononcées contre les refus d’obtempérer et les auteurs de rodéos urbains ou de violences envers les élus. Mais le problème n’est-il pas davantage l’effectivité de la sanction que sa nature ?
Le gouvernement reconnaît le travail du Sénat, qui est saisi en première lecture. Cette loi a été votée à la quasi-unanimité, avec toutes les tendances politiques. Cela dépendra de la mise en application. Mais j’ose espérer que la justice appliquera la loi.

La députée LR des Alpes-Maritimes, Alexandra Martin, propose de son côté un amendement pour lutter contre la violence des mineurs, notamment en abaissant la majorité pénale.
C’est une très bonne chose car on n’y répond pas suffisamment aujourd’hui. Je l’ai constaté dans une enquête de terrain. Paris et Bordeaux, où je me suis rendu, sont très préoccupés par ces mineurs isolés étrangers, qui sont responsables de plus de la moitié des vols commis dans les transports. Notre politique n’est pas assez élaborée aujourd’hui, mais le président a promis une loi sur l’immigration l’année prochaine, qui, je l’espère, fera évoluer la situation…

Parlons maintenant de la Région. Votre famille politique est apparue dernièrement très soudée contre Renaud Muselier, le président du conseil régional, qu’elle accuse de clientélisme. Leur donnez-vous raison ?
La région Paca a-t-elle été attentive à une très grande partie des Alpes-Maritimes ? Jamais. Est-ce vrai ce que disent le président du conseil départemental, Charles-Ange Ginesy, son président de la commission des finances, Éric Ciotti, le maire de Cannes, David Lisnard, le maire de Mandelieu, Sébastien Leroy, et le maire de Saint-Raphaël, Frédéric Masquelier ? Oui. Sommes-nous défavorisés ? Oui. Nos dossiers sont-ils écartés ? Oui. Ont-ils raison de porter cette affaire sur la place publique ? Oui, absolument. Monsieur le président de la Région maltraite le bassin cannois et les Alpes-Maritimes en général. Il était donc de leur devoir de monter au créneau pour dénoncer cette situation intolérable.

Vous étiez maire de Mandelieu-la-Napoule jusqu’en 2017. Avez-vous connu les mêmes démêlés avec Renaud Muselier durant votre mandat ?
À mon époque, Renaud Muselier n’existait pas. Il a toujours été dans les strapontins et n’a été propulsé sur le devant de la scène politique locale que parce que Christian Estrosi lui a laissé sa place pour reprendre les rênes de Nice, sentant que la ville lui échappait. Lorsque j’étais maire, je n’ai jamais été accompagné par la Région sous leurs présidences respectives. Mais je n’appartiens pas à cette classe politique clientéliste qui attend la main tendue de ceux qui veulent bien nous écouter alors que nos dossiers sont éligibles.

Le président de la Région réfute les accusations et riposte en dénonçant à son tour un « système Ciotti ». Que répondez-vous ?
J’ai été vice-président du conseil général et conseiller départemental des Alpes-Maritimes pendant dix-sept ans, et j’ai été aux côtés de cinq présidents. Je peux le dire car j’étais au secours des communes et des routes : quand un dossier arrive, du moment qu’il est motivé par les services techniques, la subvention est automatique. Chez nous, quelle que soit l’appartenance politique des communes, celles-ci sont servies en fonction de leurs besoins et de leurs demandes, du moment que cela correspond à la loi. Le département est la collectivité de la solidarité. C’est une parade inventée par M. Muselier, qui est intellectuellement malhonnête, pour se donner bonne conscience. Lorsque j’étais à la commission d’investiture des Républicains aux dernières élections régionales, je l’ai vu jurer sur tout ce qu’il a de plus cher au monde qu’il était LR et qu’il serait toujours fidèle à sa famille politique, qu’il s’est pourtant empressé de trahir le lendemain même de cet engagement. S’il y a quelqu’un qui ment, c’est bien Renaud Muselier.

Soutenez-vous Éric Ciotti pour la présidence des Républicains plus par loyauté locale que par conviction ?
Je suis entré en politique en 1995. J’ai été maire, conseiller général, vice-président du conseil général et je suis maintenant sénateur. J’ai toujours eu des relations extrêmement courtoises, détendues et constructives avec mes collègues. Est-ce que je soutiens Éric Ciotti car c’est un élu proche de moi ? Pas du tout. Je le soutiens car c’est un homme d’engagement qui dit ce qu’il fait et qui fait ce qu’il dit. Il a toujours été impartial et juste, et il a des convictions assumées. Il nous faut vraiment faire évoluer la droite pour la faire revenir aux valeurs du temps du RPR.

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Author: Valeurs Actuelles