Valeurs Actuelles relais de brèves

[Enquête] Mon quartier aux mains des dealers

Des gouttelettes de sueur perlent sur le front d’Adam*. Tout autour de nous, des tours défraîchies s’étirent le long des rues. Le jeune homme de 23 ans jette des regards furtifs en direction des nombreuses fenêtres qui percent les façades de ces monstres de béton. Ces murs ont des yeux. Il désigne un porche en pierre où des ombres errent. « On fait vite et pas de bêtise, avertit-il. Faut pas qu’ils s’habituent à ta tête. »

​Des silhouettes sombres se dessinent derrière les grilles de l’une des tours que nous longeons. Trois dealers scrutent les passants. Ils sont équipés de masques chirurgicaux et de cache-cous pour dissimuler leurs visages, ainsi que de longues parkas noires qui tombent jusqu’aux genoux. De leurs sacoches en cuir dépassent à peine des sachets plastique. Les trafiquants tiennent l’accès du hall de l’immeuble. Ils adressent des sifflements provocateurs au passage des résidents.

​Nous baissons la tête. Adam détourne leur attention en parlant de la liste des commissions pour le repas du soir. « Ton sac de courses, c’est bien que tu l’aies avec toi. Ils ont l’habitude de cette marque, tout le monde y va ici », explique-t-il. La loge du gardien est condamnée. Sur le comptoir en bois accolé, les bouteilles d’alcool s’empilent. Les dealers ont jeté leurs chaises au milieu du passage. Des restes de canettes, de boîtes de kebab et de paquets de chips s’amoncellent dans les coins. Adam habite dans le haut de la tour. Pas question pour autant de prendre l’ascenseur, aux mains des trafiquants. Va donc pour l’escalier en colimaçon ! Entre les étages, Adam parle fort afin de signaler sa présence, pour ne pas risquer de tomber sur les dealers. À plusieurs reprises, il s’est retrouvé nez à nez avec eux en train de préparer les paquets et compter les billets. « Je ne veux pas me mêler de leurs histoires, prévient-il. On fait tout pour vivre notre vie sans problème. »

​Adam pousse la lourde porte battante de son palier. Une odeur pestilentielle imprègne les murs de l’étage. Les effluves d’urine se mêlent aux émanations de cannabis. Sa voisine Babette* sort au même moment, un mouchoir devant son nez. « Cette odeur de shitse sent dans tout mon appartement, mes vêtements et mes draps sentent le shit », témoigne-t-elle. Mieux vaut faire comme si de rien n’était : « Ils ont cassé mes vitres parce que j’avais osé m’en plaindre. »

​Adam nous presse de gagner son appartement. Caché derrière un rideau, il explique le fonctionnement du point de deal, le ballet incessant de voitures, les “choufs” qui guettent les mouvements et préviennent, quand la police arrive, les vendeurs devant l’immeuble. Il montre sa porte. Les dealers ont pris l’habitude de se réfugier dans les appartements, lors des descentes de police : « Ils tapent pour montrer leur présence et font comprendre qu’on doit ouvrir. »

​Nous regagnons alors discrètement la sortie. Sur le palier, le local technique est vandalisé. Sa porte a été démontée, la poignée a disparu et les barreaux de l’une des grilles d’aération ont été forcés. C’est ici que les paquets de cannabis étaient dissimulés. Le compteur électrique est saboté. Un père de famille peste contre « ces jeunes qui y branchent leurs téléphones et rechargent les batteries de leurs trottinettes » : « À cause d’eux, ma facture augmente tous les mois. »

​“J’ai peur pour mes enfants”

​Des graffitis au feutre noir jalonnent les cloisons de l’escalier. « Fuck le 17 », peut-on lire à destination des policiers. Dans le hall, nous croisons de nouveau le regard suspicieux des dealers aux aguets. « Je te le redis, sois prudent, murmure Adam. Il faut pas que tu prêtes attention à ces gars. Ils reconnaissent les comportements des habitants et ceux de la police. » Non loin, Fatiha*, sa petite fille dans les bras, témoigne : « Regardez, on n’a plus librement accès aux escaliers et aux parkings. Ils brûlent même nos poubelles. J’ai peur pour mes enfants. »

​Ce ras-le-bol général, c’était la raison d’être de la réunion organisée fin novembre par la Mairie de Neuilly-sur-Marne, en présence du bailleur social et des forces de l’ordre. Insalubrité, insécurité, aménagement urbain… Pendant deux heures, les habitants des Fauvettes déversent leur détresse. « Que comprenez-vous dans le mot“propriété privée” ? interroge Anna*, retraitée exaspérée. Comment pouvez-vous m’expliquer, alors que j’ai les clés de mon appartement, que ces “ nuisibles” m’ont déjà interdit de rentrer chez moi ? » Silence à la table des officiels. La salle applaudit, les langues se délient. Isabelle* pointe du doigt « les débordements commis par certains jeunes » et leur fâcheuse tendance à « foutre la m***e ». Abdoulaye* se lève à son tour, mains tendues vers le ciel. « Pourquoi vous ne les arrêtez pas ? On voit les sacs de billets, on voit la drogue passer », s’insurge le quinquagénaire. Joëlle*, résidente du quartier depuis vingt-deux ans, crie à l’injustice : « Ils cassent et dégueulassent tout, on paye tout. J’en ai assez de me lever le matin en voyant la porte de mon immeuble défoncée… » L’é motion l’étreint. Les larmes lui montent aux yeux. « Ma voisine est partie, sanglote- t-elle. Vous attendez quoi ? »

​Face à cette colère, le maire divers droite de la commune, Zartoshte Bakhtiari, se veut en première ligne. La victoire de ce jeune avocat de 32 ans, en 2020, avait mis fin à quarante-trois années de socialisme à Neuilly-sur-Marne. L’édile nous reçoit dans son bureau. Au portemanteau, sa robe d’avocat rappelle la cadence infernale des élus de terrain, qui doivent constamment jongler entre carrière professionnelle et responsabilités politiques. Derrière son fauteuil, une carte de la commune. Son discours se veut offensif. « Aujourd’hui, toutes les villes en France sont concernées par le trafic de drogue, explique-t-il. La seule solution est de harceler les dealers et de ne jamais être dans la politique de l’excuse. » L’équipe municipale de Bakhtiari avait hérité d’une situation dégradée que la précédente municipalité n’avait jamais traitée. « Lorsque vous avez un vide sécuritaire, les dealers en profitent, expose-t-il. Dans notre commune, vous avez des personnes qui viennent de l’extérieur, notamment d’autres villes du nord de la Seine-Saint-Denis. »

​Sa riposte, outre une ambitieuse politique d’embellissement urbain : déloger les dealers de l’avenue centrale du quartier. Dès son élection, la Ville a procédé à plusieurs opérations de voirie, obtenant les retraits des canapés, des transats et des bivouacs sauvages où campaient les trafiquants ; fait abattre un ancien transformateur électrique, qui servait de cache pour la drogue ; accéléré la démolition de passerelles et d’esplanades entre les immeubles, d’où les “choufs” tendaient leurs guets-apens. Côté protection : 2 millions d’euros investis dans des caméras de vidéosurveillance.

Pistolet, LBD et Taser contre les dealers

​Rendez-vous, maintenant, derrière une palissade métallique faisant face à la mairie : les locaux de la police municipale (PM) de Neuilly-sur-Marne. Le brouhaha des téléphones se mêle au grésillement des radios. Thomas*, le visage viril, une barbe brune bien taillée, s’agrippe à son gilet pare-balles. Il porte sur lui 20 kilos d’équipement : pistolet Sig Sauer, matraque télescopique, bonbonne de gaz lacrymogène, Taser. La police municipale de Neuilly-sur-Marne a été créée en 2021. Depuis octobre dernier, elle dispose d’un peloton motorisé. Le budget annuel – hommes, matériel et logistique -est de 2 millions d’euros.

​Thomas*, agent expérimenté, avec ses dix années à la “mumu” (police municipale) en Essonne, est chef d’équipage du groupement Bravo. Chaque jour, deux équipes se relaient vingt-deux heures sur vingt-quatre pour mener les opérations de terrain. À ses côtés, Ludo*, ex-pompier, et Tony*, ancien de la Police nationale. L’un est secouriste opérationnel, l’autre est équipé d’un lanceur de balles de défense (LBD). « Nous sommes animés par la volonté commune de servir les habitants », assure Thomas. « C’est une valeur importante pour nous », renchérit Ludo.

​Direction, la salle d’armes. Au mur s’alignent les armoires blindées où est entreposé le matériel. Sur plusieurs étagères, les Taser côtoient les armes de poing et les recharges de LBD. Mais c’est autre chose que veut montrer Thomas. L’agent pose devant nous un bac en plastique rempli de pierres de chantier. Un “souvenir” de la soirée du 13 juillet, veille de fête nationale, cadre des traditionnelles éruptions de violence.

​Ce soir-là, les feux d’artifice illuminent le ciel de la ville. Thomas patrouille avec son groupe dans les rues des Fauvettes. Leur voiture est ralentie par des poubelles sur la route. Des étincelles se reflètent dans le rétroviseur. « On a commencé à recevoir des tirs de mortier et des jets de pavé », raconte-t-il.

200 opérations pour 100 dealers arrêtés

​Il décrit le bruit sourd des pierres s’abattant sur la carrosserie. L’équipage enfile casques et boucliers. À la radio, Thomas demande des renforts. « C’est un jeu du chat et de la souris, dit-il. On monte dans la résidence avec la Police nationale. Ils fuient. Puis, ils tirent depuis l’esplanade et on les déloge de nouveau. S’ils avaient la possibilité de nous toucher en pleine tête, ils ne se priveraient pas de fêter ça. »

​Ces face-à-face sont devenus le quotidien de ces policiers. Les dealers les préparent en réaction aux patrouilles quotidiennes de la “PM” aux Fauvettes. « Si on doit faire 50 patrouilles par jour devant le même immeuble, on le fera, assène Tony. Notre rôle, c’est de taper les dealers sur des infractions liées à la petite délinquance. L’amende est plus efficace que le rappel à la loi. »

​Depuis la création de la police municipale, les atteintes aux biens et aux personnes ont diminué de 20 %. En 2021, la Police nationale a mené 200 interventions pour près de 100 dealers arrêtés. Neuilly-sur-Marne est remontée au classement des villes les plus sûres du département (17e place sur 40). « Nos policiers sont des gens courageux, les habitants sont pleins de résilience », assure le maire. Adam, notre guide, demeure sceptique : « Tant qu’il y aura une demande des drogués, dit-il, il y aura toujours une offre des dealers. »

​* Les prénoms ont été changés.

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Author: Valeurs Actuelles
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[Enquête] Mon quartier aux mains des dealers

Des gouttelettes de sueur perlent sur le front d’Adam*. Tout autour de nous, des tours défraîchies s’étirent le long des rues. Le jeune homme de 23 ans jette des regards furtifs en direction des nombreuses fenêtres qui percent les façades de ces monstres de béton. Ces murs ont des yeux. Il désigne un porche en pierre où des ombres errent. « On fait vite et pas de bêtise, avertit-il. Faut pas qu’ils s’habituent à ta tête. »

​Des silhouettes sombres se dessinent derrière les grilles de l’une des tours que nous longeons. Trois dealers scrutent les passants. Ils sont équipés de masques chirurgicaux et de cache-cous pour dissimuler leurs visages, ainsi que de longues parkas noires qui tombent jusqu’aux genoux. De leurs sacoches en cuir dépassent à peine des sachets plastique. Les trafiquants tiennent l’accès du hall de l’immeuble. Ils adressent des sifflements provocateurs au passage des résidents.

​Nous baissons la tête. Adam détourne leur attention en parlant de la liste des commissions pour le repas du soir. « Ton sac de courses, c’est bien que tu l’aies avec toi. Ils ont l’habitude de cette marque, tout le monde y va ici », explique-t-il. La loge du gardien est condamnée. Sur le comptoir en bois accolé, les bouteilles d’alcool s’empilent. Les dealers ont jeté leurs chaises au milieu du passage. Des restes de canettes, de boîtes de kebab et de paquets de chips s’amoncellent dans les coins. Adam habite dans le haut de la tour. Pas question pour autant de prendre l’ascenseur, aux mains des trafiquants. Va donc pour l’escalier en colimaçon ! Entre les étages, Adam parle fort afin de signaler sa présence, pour ne pas risquer de tomber sur les dealers. À plusieurs reprises, il s’est retrouvé nez à nez avec eux en train de préparer les paquets et compter les billets. « Je ne veux pas me mêler de leurs histoires, prévient-il. On fait tout pour vivre notre vie sans problème. »

​Adam pousse la lourde porte battante de son palier. Une odeur pestilentielle imprègne les murs de l’étage. Les effluves d’urine se mêlent aux émanations de cannabis. Sa voisine Babette* sort au même moment, un mouchoir devant son nez. « Cette odeur de shitse sent dans tout mon appartement, mes vêtements et mes draps sentent le shit », témoigne-t-elle. Mieux vaut faire comme si de rien n’était : « Ils ont cassé mes vitres parce que j’avais osé m’en plaindre. »

​Adam nous presse de gagner son appartement. Caché derrière un rideau, il explique le fonctionnement du point de deal, le ballet incessant de voitures, les “choufs” qui guettent les mouvements et préviennent, quand la police arrive, les vendeurs devant l’immeuble. Il montre sa porte. Les dealers ont pris l’habitude de se réfugier dans les appartements, lors des descentes de police : « Ils tapent pour montrer leur présence et font comprendre qu’on doit ouvrir. »

​Nous regagnons alors discrètement la sortie. Sur le palier, le local technique est vandalisé. Sa porte a été démontée, la poignée a disparu et les barreaux de l’une des grilles d’aération ont été forcés. C’est ici que les paquets de cannabis étaient dissimulés. Le compteur électrique est saboté. Un père de famille peste contre « ces jeunes qui y branchent leurs téléphones et rechargent les batteries de leurs trottinettes » : « À cause d’eux, ma facture augmente tous les mois. »

​“J’ai peur pour mes enfants”

​Des graffitis au feutre noir jalonnent les cloisons de l’escalier. « Fuck le 17 », peut-on lire à destination des policiers. Dans le hall, nous croisons de nouveau le regard suspicieux des dealers aux aguets. « Je te le redis, sois prudent, murmure Adam. Il faut pas que tu prêtes attention à ces gars. Ils reconnaissent les comportements des habitants et ceux de la police. » Non loin, Fatiha*, sa petite fille dans les bras, témoigne : « Regardez, on n’a plus librement accès aux escaliers et aux parkings. Ils brûlent même nos poubelles. J’ai peur pour mes enfants. »

​Ce ras-le-bol général, c’était la raison d’être de la réunion organisée fin novembre par la Mairie de Neuilly-sur-Marne, en présence du bailleur social et des forces de l’ordre. Insalubrité, insécurité, aménagement urbain… Pendant deux heures, les habitants des Fauvettes déversent leur détresse. « Que comprenez-vous dans le mot“propriété privée” ? interroge Anna*, retraitée exaspérée. Comment pouvez-vous m’expliquer, alors que j’ai les clés de mon appartement, que ces “ nuisibles” m’ont déjà interdit de rentrer chez moi ? » Silence à la table des officiels. La salle applaudit, les langues se délient. Isabelle* pointe du doigt « les débordements commis par certains jeunes » et leur fâcheuse tendance à « foutre la m***e ». Abdoulaye* se lève à son tour, mains tendues vers le ciel. « Pourquoi vous ne les arrêtez pas ? On voit les sacs de billets, on voit la drogue passer », s’insurge le quinquagénaire. Joëlle*, résidente du quartier depuis vingt-deux ans, crie à l’injustice : « Ils cassent et dégueulassent tout, on paye tout. J’en ai assez de me lever le matin en voyant la porte de mon immeuble défoncée… » L’é motion l’étreint. Les larmes lui montent aux yeux. « Ma voisine est partie, sanglote- t-elle. Vous attendez quoi ? »

​Face à cette colère, le maire divers droite de la commune, Zartoshte Bakhtiari, se veut en première ligne. La victoire de ce jeune avocat de 32 ans, en 2020, avait mis fin à quarante-trois années de socialisme à Neuilly-sur-Marne. L’édile nous reçoit dans son bureau. Au portemanteau, sa robe d’avocat rappelle la cadence infernale des élus de terrain, qui doivent constamment jongler entre carrière professionnelle et responsabilités politiques. Derrière son fauteuil, une carte de la commune. Son discours se veut offensif. « Aujourd’hui, toutes les villes en France sont concernées par le trafic de drogue, explique-t-il. La seule solution est de harceler les dealers et de ne jamais être dans la politique de l’excuse. » L’équipe municipale de Bakhtiari avait hérité d’une situation dégradée que la précédente municipalité n’avait jamais traitée. « Lorsque vous avez un vide sécuritaire, les dealers en profitent, expose-t-il. Dans notre commune, vous avez des personnes qui viennent de l’extérieur, notamment d’autres villes du nord de la Seine-Saint-Denis. »

​Sa riposte, outre une ambitieuse politique d’embellissement urbain : déloger les dealers de l’avenue centrale du quartier. Dès son élection, la Ville a procédé à plusieurs opérations de voirie, obtenant les retraits des canapés, des transats et des bivouacs sauvages où campaient les trafiquants ; fait abattre un ancien transformateur électrique, qui servait de cache pour la drogue ; accéléré la démolition de passerelles et d’esplanades entre les immeubles, d’où les “choufs” tendaient leurs guets-apens. Côté protection : 2 millions d’euros investis dans des caméras de vidéosurveillance.

Pistolet, LBD et Taser contre les dealers

​Rendez-vous, maintenant, derrière une palissade métallique faisant face à la mairie : les locaux de la police municipale (PM) de Neuilly-sur-Marne. Le brouhaha des téléphones se mêle au grésillement des radios. Thomas*, le visage viril, une barbe brune bien taillée, s’agrippe à son gilet pare-balles. Il porte sur lui 20 kilos d’équipement : pistolet Sig Sauer, matraque télescopique, bonbonne de gaz lacrymogène, Taser. La police municipale de Neuilly-sur-Marne a été créée en 2021. Depuis octobre dernier, elle dispose d’un peloton motorisé. Le budget annuel – hommes, matériel et logistique -est de 2 millions d’euros.

​Thomas*, agent expérimenté, avec ses dix années à la “mumu” (police municipale) en Essonne, est chef d’équipage du groupement Bravo. Chaque jour, deux équipes se relaient vingt-deux heures sur vingt-quatre pour mener les opérations de terrain. À ses côtés, Ludo*, ex-pompier, et Tony*, ancien de la Police nationale. L’un est secouriste opérationnel, l’autre est équipé d’un lanceur de balles de défense (LBD). « Nous sommes animés par la volonté commune de servir les habitants », assure Thomas. « C’est une valeur importante pour nous », renchérit Ludo.

​Direction, la salle d’armes. Au mur s’alignent les armoires blindées où est entreposé le matériel. Sur plusieurs étagères, les Taser côtoient les armes de poing et les recharges de LBD. Mais c’est autre chose que veut montrer Thomas. L’agent pose devant nous un bac en plastique rempli de pierres de chantier. Un “souvenir” de la soirée du 13 juillet, veille de fête nationale, cadre des traditionnelles éruptions de violence.

​Ce soir-là, les feux d’artifice illuminent le ciel de la ville. Thomas patrouille avec son groupe dans les rues des Fauvettes. Leur voiture est ralentie par des poubelles sur la route. Des étincelles se reflètent dans le rétroviseur. « On a commencé à recevoir des tirs de mortier et des jets de pavé », raconte-t-il.

200 opérations pour 100 dealers arrêtés

​Il décrit le bruit sourd des pierres s’abattant sur la carrosserie. L’équipage enfile casques et boucliers. À la radio, Thomas demande des renforts. « C’est un jeu du chat et de la souris, dit-il. On monte dans la résidence avec la Police nationale. Ils fuient. Puis, ils tirent depuis l’esplanade et on les déloge de nouveau. S’ils avaient la possibilité de nous toucher en pleine tête, ils ne se priveraient pas de fêter ça. »

​Ces face-à-face sont devenus le quotidien de ces policiers. Les dealers les préparent en réaction aux patrouilles quotidiennes de la “PM” aux Fauvettes. « Si on doit faire 50 patrouilles par jour devant le même immeuble, on le fera, assène Tony. Notre rôle, c’est de taper les dealers sur des infractions liées à la petite délinquance. L’amende est plus efficace que le rappel à la loi. »

​Depuis la création de la police municipale, les atteintes aux biens et aux personnes ont diminué de 20 %. En 2021, la Police nationale a mené 200 interventions pour près de 100 dealers arrêtés. Neuilly-sur-Marne est remontée au classement des villes les plus sûres du département (17e place sur 40). « Nos policiers sont des gens courageux, les habitants sont pleins de résilience », assure le maire. Adam, notre guide, demeure sceptique : « Tant qu’il y aura une demande des drogués, dit-il, il y aura toujours une offre des dealers. »

​* Les prénoms ont été changés.

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Author: Valeurs Actuelles