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Elon Musk, porte-étendard de la croisade anti-woke

Qui aurait pu croire qu’un ingénieur d’origine sud-africaine, devenu l’homme le plus riche du monde, au faîte de sa gloire, risquerait, pour mener la guerre culturelle, son empire, sa réputation et sa place dans l’histoire ? Elon Musk a beau être une icône populaire, un démocrate fan de Bernie Sanders et le fondateur visionnaire de Tesla et SpaceX, le voici désigné ennemi numéro un par l’establishment progressiste aux États-Unis. « Le virus du wokisme est sans doute l’une des plus grandes menaces pour la civilisation moderne, résumait le titan rebelle, il y a un an à peine. En son cœur, l’idéologie woke est source de division, d’exclusion et de haine. » Depuis, l’entrepreneur fantasque a éreinté les pronoms LGBT ( « un cauchemar esthétique »), Netflix ( « inregardable »), la série d’Amazon Prime Video le Seigneur des anneaux ( « Tolkien se retourne dans sa tombe »), l’université Yale ( « médaille d’or aux JO des activistes délirants »), et même les « néomarxistes » qui l’ont séparé de sa fille !

Et puis, il y a Twitter. En mars, le compte satirique chrétien The Babylon Bee est suspendu pour une blague : décerner le titre d’ « homme de l’année » à un officiel transgenre de l’administration Biden relèverait d’un « comportement haineux ». Effaré, Elon Musk contacte le propriétaire et sonde ses abonnés : pensez-vous que Twitter adhère rigoureusement à la liberté d’expression ? Sur deux millions de votants, 70,4 % répondent “non”. Une de ses ex-femmes l’inonde aussi de textos : « Peux-tu acheter Twitter et le supprimer, s’il te plaît ? L’Amérique devient DINGUE », « Ou peux-tu acheter Twitter et le rendre radicalement libre ? », « Cette merde infecte le monde. S’il te plaît, fais quelque chose pour combattre le wokisme ». Un mois plus tard, le magnat a pris 9,2 % des parts, puis conclu un accord de rachat à 44 milliards de dollars. « La liberté d’expression est le socle d’une démocratie qui fonctionne, déclare Elon Musk, et Twitter est la place publique numérique où les sujets vitaux pour le futur de l’humanité sont débattus. » Il vient de mettre le feu aux poudres.

Chez les employés woke, c’est le psychodrame. « Un éminent transphobe prenant une participation importante dans Twitter, ça n’est pas drôle du tout », lâche en public un expert en données, « un peu terrifié », qui se définit comme « femme trans genderqueer demisexuelle féministe » (sic !) . « Je suis radicalisé », prévient aussi un manager pro-Black Lives Matter. Heureusement, tous leurs collègues “super stressés” peuvent profiter d’une “journée de repos”. En privé, des salariés paniqués se déchaînent plus encore : « Je ne veux pas de lui comme PDG, il n’a aucune compassion » , « un oligarque dangereusement fou », « un connard », « je sens que je vais vomir », « je le déteste », « on dirait un petit garçon irascible qui fait ça pour troller », « on imagine tous les pires scénarios (le retour de Trump ! Plus de modération !) », « une des plus grandes menaces pour les élections de 2022 et 2024. Si ça arrive, on est baisés ». Chez Twitter, 99 % des contributions politiques arrosent les démocrates.

“L’élite médiatique” en pleine hystérie collective

Plusieurs cadres, filmés en caméra cachée par le média conservateur Project Veritas, lui aussi banni du réseau, donnent pourtant raison à Elon Musk. « L’idéologie entraîne l’absence de rentabilité, admet un responsable clientèle. Nous croyons au bien pour la planète et pas seulement à donner aux gens la liberté d’expression. » Il refuse d’ailleurs de prendre « au sérieux » son futur patron : « Il est timbré, il aAsperger, il est spécial. » Bref, handicapé. Un ingénieur a, lui, le mérite de la franchise : « Il est capitaliste et nous fonctionnions plutôt comme des socialistes. Comme si nous étions tous des putains de communistes. » Et passe aux aveux : les employés de Twitter ne croient pas à la liberté d’expression, censurent la droite et pas la gauche, et se révoltent contre ce rachat.

En vain. « L’oiseau est libéré », gazouille Elon Musk, le 28 octobre, officialisant son acquisition après six mois de négociations. Dans l’establishment progressiste, en revanche, c’est l’hystérie collective. « C’est le début de la fi n de Twitter », prédit un présentateur sur MSNBC. « C’est comme si les portes de l’enfer s’étaient ouvertes sur ce site, ce soir », délire aussi un chroniqueur du Washington Post . D’autres confrères craignent, sans rire, la ruine de l’Amérique, une prise de pouvoir par les fascistes et même « une Troisième Guerre mondiale et la destruction de la planète ». Plus prévisible, un reporter noir vilipende « la nouvelle plate-forme des suprémacistes blancs » . Quant aux célébrités fragiles, comme le chanteur Moby, elles préfèrent déguerpir : « Twitter est devenu un cloaque de racisme, d’antisémitisme, de désinformation et de haine stupide de l’ alt-right , il est temps de partir. »

Les Gafam résistent, les activistes contre-attaquent

Participer à la déconfiture de « l’élite médiatique » n’est pas pour lui déplaire, bien au contraire. « Que les médias américains argumentent ‘contre’ la liberté d’expression en Amérique – dans les limites de la loi – est une parodie totale. Honte à eux ! », dénonce le tycoon de 51 ans, qui torpille CNN et le New York Times, « une firme de lobbying non enregistrée pour politiciens d’extrême gauche ». En mai, le quotidien de la cause woke publiait un portrait tout en nuances, intitulé : « Elon Musk a quitté une Afrique du Sud où régnaient la désinformation et le privilège blanc. » La “désinformation”, voilà l’ultime reproche fait au patron de Twitter, accusé de vouloir rouvrir les vannes aux fake news par la presse mainstream, qui s’est pourtant compromise dans la propagande du faux scandale Russiagate visant Donald Trump, la dissimulation des origines du Covid-19 ou la censure des vraies révélations de l’affaire Hunter Biden. « Ceux qui veulent le monopole de la parole et de la pensée haïssent Elon Musk parce qu’ils ne peuvent pas le contrôler », se réjouit la star conservatrice de Fox News, Tucker Carlson.

L’entrepreneur révolutionnaire avait prévenu. « Les attaques politiques àmon encontre vont s’intensifier de manière spectaculaire dans les mois à venir, écrivait-il en mai sur Twitter, mais rien ne me dissuadera de me battre pour un avenir meilleur et le droit à la liberté d’expression. » Une coalition de 26 ONG de gauche, liées à George Soros et Bill Gates, aux administrations Clinton et Obama, à des syndicats, des fondations et des gouvernements européens lance une campagne de boycott contre le réseau social. « Qui finance ces organisations qui veulent contrôler votre accès à l’information ? », réplique aussitôt Musk. Résultat : un tiers des annonceurs suspendent leurs publicités, dont Meta, Ford et Coca-Cola. Les deux géants des Gafam, Apple et Amazon, ne cèdent pas. Le rachat de Twitter « est un pari qui pourrait briser la culture de conformisme progressiste de la Silicon Valley », analyse le Wall Street Journal. Aujourd’hui menacé, Elon Musk estime « assez important » le risque d’être assassiné.

DeSantis contre Biden et “le parti de la haine”

Eux rêvent de sa mort symbolique, ce sont les élus de gauche à Washington. Déjà effrayés par la réactivation du compte de Donald Trump sur Twitter – « Le peuple a parlé », a conclu à l’issue d’un sondage en ligne Elon Musk, qui avait qualifié de « grave erreur » sa suspension à vie après l’assaut du Capitole -, ils redoutent l’influence du milliardaire sur la prochaine présidentielle. « Cet accord est dangereux pour notre démocratie », a alerté la sénatrice Elizabeth Warren. « Un tremblement de terre », a même reconnu un stratège. « Dans le passé, je votais démocrate parce qu’ils étaient (pour la plupart) le parti de la gentillesse. Mais ils sont devenus le parti de la division et de la haine, je ne peux donc plus les soutenir et je voterai républicain », a indiqué Musk, qui mise sur le gouverneur anti- woke de Floride Ron DeSantis pour battre en 2024 Joe Biden, cette « marionnette chaussette humide sous forme humaine » qui « traite les Américains comme des imbéciles » . Visés par une enquête fédérale, Twitter et son patron sont désormais « surveillés » par la Maison-Blanche.

En attendant, Elon Musk a fait le ménage et licencié la moitié des 7 000 salariés, dont un émeutier antifa. Le directeur général, Parag Agrawal, le directeur financier et la responsable des affaires juridiques ont été aussi virés sur-le-champ, les deux premiers ayant même été escortés hors du siège de San Francisco. Quant à la troisième, Vijaya Gadde, elle avait pleuré à l’annonce du rachat. Considérée comme une “autorité morale” en interne, c’est elle qui avait validé les pires décisions arbitraires, aujourd’hui épinglées dans les “Twitter files” . Son exécutant, Yoel Roth, chef de la sécurité et modérateur militant, pour qui Trump est une « mandarine raciste » et un « nazi » , s’en est allé depuis. Derrière eux, tous ont laissé une pile de T-shirts portant la mention “Restez woke ”, découverte par Elon Musk, au fond d’un placard. Enfin libéré de la tyrannie, le réseau social n’a jamais compté autant d’utilisateurs actifs dans son histoire.

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Author: Valeurs Actuelles